Richmond Inquirer,29 novembre
3. Richmond Inr/uirer, 10 décembre 1811. i. William Gill, op. cil., p. 319-3:20.
(le combustible, et les vêlements avaient été mis en gage ou vendus. Deux petits enfants étaient avec leurs parents sous la garde d'une vieille Galloise venue d'Angleterre avec Mrs Poe et qui passait pour être sa mère. Les enfants étaient à demi nus, à demi morts de faim, et tout décharnés. Le plus Jeune (Rosalie) était dans un état de stupeur qui venait de ce qu'on le nourrissait de pain trempé dans du genièvre. La vieille femme avoua qu'elle avait l'habitude de les nourrir ainsi « pour les tenir tranquilles et les rendre forts ».
Telle fut la dernière scène de ce drame de la misère, oij cette pauvre et frôle actrice sympathique qui fut la mère de Poe exhala en un soupir de soulagement le souffle de vie qui avait parfois soulevé les applaudissements de salles entières, lamentable dénouement dune infortune sordide qui n'était que la première scène d'une autre vie non moins dramiitique destinée à une conclusion plus tragique encore.
Qu'allaient devenir les trois orphelins qui entouraient le pauvre grabat maternel ? L'aîné n'avait pas cinq ans ; Edgar n'avait pas trois ans, et la tillette n'avait que quelques mois. Peut-être les acteurs allaient-ils pourvpir à leurs premiers besoins quand le malheur, semblant s'acharner sur leurs petites têtes impuissantes, voulut qu'un incendie ménr^orable détruisit le théâtre de Charleston durant la nuit de Noël et en dispersât prématurément la troupe. Il semble bien que l'hôpital était le refuge inévitable de ces pauvres êtres abandonnés, quand l'excès même de leur infortune les sauva. L'attention publique, frappée par la grandeur du désastre, leur vint en aide. Tandis qfic des parents ou des amis de David Poe emmenaient son fils aine à Baltimore, il se trouva à Richmond une jeune femme de vingt-pinq ans et une de ses amies assez émues de pitié pour prendre chez elles les deux autres orphelins, Edgar et sa petite sœur Rosalie.
Si nombreux que soient tous ces renseignements relatifs aux origines de Poe, — et bien des poètes plus illustres ont des biographies moins documentées, — ils ne laissent pas dètre encore à notre gré insuffisants. 11 y a, dans le caractère comme dans l'œuvre
de cet écrivain, quelque chose de morbide dont nous sommes, en l'état actuel de la science, tenté d'aller chercher la cause, par delà même sa naissance, en ces influences héréditaires que personne ne méconnaît plus. « L'hérédité, a dit un maître autorisé \ est la base de toutes les formes les plus variées de la personnalité : c'est une trame sur laquelle les circonstances de la vie viennent jeter leur broderie ; dans le cerveau est inscrit, avec ses aptitudes actives et passives, le caractère individuel tout entier. » Puisque l'homme n'est pas dès sa naissance cette statue vierge d'impressions qu'avait imaginée Gondillac, notre devoir est donc d'examiner tous ces renseignements généalogiques, si imparfaits qu'ils soient, d'en analyser les éléments pathologiques et d'en faire jaillir, s'il est possible, toute la lumière qui s'y trouve cachée.
Remarquons tout d'abord que l'alcoolisme semble avoir été dès cette époque le fléau de la région natale de Poe. Dans le Maryland comme dans les États du Sud, la culture de la canne à sucre avait servi à la propagation des excès spiritueux : le rhum et en particulier le punch se trouvaient en permanence à portée de toutes les mains dans toutes les classes de la société.
« Le bol de punch, dit un écrivain américain^, ne semblait pas moins indispensable dans le vestibule que le plateau aux lettres, et l'on y puisait aussi librement la généreuse liqueur que de nos jours l'eau glacée... Dans le chaud climat du Midi, les funestes effets s'en firent bientôt sentir, mais ce ne fut point sans que mainte jeunesse bien intentionnée ne se trouvât inconsciemment compromise par un irrépressible penchant à boire. »
Ce fut bien là, scmble-t-il,lc vice des Poes% et il faudrait môme en faire remonter l'origine assez loin, si l'on en croit certain cousin du poète : « Il y a une chose contre laquelle je désire vivement vous mettre en garde, écrit William à Edgar, une chose qui a été le grand ennemi de notre famille, c'est l'usage immodéré de