‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 180 sur 429 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

« Voilà dix jours qu'Eddie est parti, écrivait Mrs Glcmm le 9 juillet, et je n'ai pas reçu un seul mot de lui. Étes-vous surprise que j'en perde la tête. Je crains tout... Vous étonnez-vous qu'il ait si peu de confiance en qui que ce soit? N'avons-nous pas souffert de la plus noire trahison ?... Eddie a dû passer par Philadelphie et j'ai bien peur qu'il ne lui soit arrivé là quelque malheur : il m'avait tant promis de m'écrire de cette ville... Oh! s'il lui est arrivé du mal, qui est-ce qui pourra m'en consoler? Le lendemain de son départ, j'ai quitté Mrs Lewis pour rentrer. Je suis allée voir une riche amie qui avait fait bien des promesses sans jamais connaître notre situation. Je la lui dis franchement... Elle me proposa d'abandonner Eddie, me disant qu'il se tirerait très bien d'affaire lui-même... Me proposer, à moi, d'abandonner mon Eddie, quelle insulte cruelle ! Personne pour le consoler ni le ranimer autre que moi, personne pour le soigner et veiller sur lui quand il est malade et impuissant ! Puis-je donc oublier cette douce face chérie, si paisible, si pâle, ces chers yeux dont le regard était si triste quand elle disait : « Muddy, Muddy chérie, vous consolerez mon pauvre Eddie, vous veillerez sur lui ; jamais, au grand jamais vous ne l'abandonnerez. Promettez-le moi, ma chère Muddy, et je pourrai alors mourir en paix. » Et /ai bien promis. Et quand je la retrouverai aux cieux, je pourrai dire : « J'ai tenu ma promesse, ma chérie... » Si Eddy atteint Richmond sain et sauf et peut réussir en ce qu'il veut faire, nous serons en partie tirés d'embarras ; mais s'il revient malade et dans l'embarras, je ne sais pas ce qu'il adviendra de nous ^ »

Il était, en effet, arrivé malheur au pauvre Eddy : sous l'influence de narcotiques ou de stimulants, ou peut-être même spontanément, un véritable accès de folie s'était emparé de lui à Philadelphie.

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