‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 182 sur 429 · Woodberry, o'.V.i · texte numérisé non relu

Woodberry, o'.V.i

•J. (^ullcnv. Frontières de la folie, p. V.).

Ce sont, dit le D'' Toulouse, au lieu de délires nettement systématisés, des bouffées délirantes semblables à des feux de paille polymorphes. Le symptôme n'en est pas moins assez grave pour (|ue l'on puisse affirmer que ce malheurenx déséquilibré qui, depuis si longtemps, se démenait sur les confins de la folie, en avait cette fois nettement franchi les bornes.

Avec quelque argent complaisamment prêté, le malheureux Poe put toutefois achever son voyage et atteindre Richmond. Il passa d'abord quelques jours, dit-on, non sans se livrer à quelques excès, dans une méchante auberge de Broad Street, croit-on, où il se mit à expliquer emphatiquement aux habitués les mystérieuses beautés à' Eurêka^; puis, équipé de neuf par son ami Thompson du Southern Liierary Messenger, qui eut pitié de sa tenue souillée et râpée, il alla, pour la durée de son séjour, se (ixer dans un vieil hôtel, tlie Old Swan, jadis à la mode, désormais déchu, qui lui rappelait, disait-il, sa jeunesse et les anciennes coutumes virginiennes. Le changement de milieu et l'heureuse influence du pays natal produisirent d'abord, comme il arrive dordinaire, un effet salutaire : il y eut comme un réveil de tout son être qui fit illusion à tous comme à lui-même. Accueilli avec sympathie par ses compatriotes qui lapplaudirent et le fêtèrent à qui le mieux, il fut, durant tout cet été, chose apparemment prodigieuse pour quiconque ne connaît ces maladies, comme le lion de la saison, et il ne cessa lui-même de parler de ce séjour à Richmond comme de la plus heureuse période de sa vie.

Tl n'oublia pas du reste le but de son voyage : il fit à Rich-

1. « Durant les dernières années de sa malheureuse vie, dit Mrs Whitman, chaque fols qu'il cédait à la tentation, il se perdait toujours en de sublimes rapsodies sur l'évolution de l'univers, semblant s'adresser de quelque tribune imaginaire à de vastes auditoires plongés dans une admiration attentive. Pendant une de ces visites en cette ville, en l'automne de 1848, je le vis une fois après une de ses nuits de surexcitàlion insensée, avant que la raison n'eût pleinemant recouvré son trône. En ces heures délirantes où les portes du « palais hanté » de l'esprit n'avaient plus de gardes, ses paroles étaient celles dune intelligence princière surmenée, d'un cœur qui n'était que trop sensible et trop directement vibrant. » {Lettre de Mrs Whitman. août 1875 ; (iill, 228.)

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mond, à Norfolk et peut-être en d'autres villes de Virginie dv^ conférences sur ses sujets habituels et elles n'eurent pas moins de succès que dans la Xouvelle-Angleterre. Le caractère étrang-e de l'homme y était, il est vrai, pour beaucoup. Un de ses auditeurs, le professeur Valentine qui fut frappé de l'inquictanti^ pâleur de son visage accentuée par le sombre éclat de ses yeux et de ses cheveux noirs et par l'expression de mécontentcmeni et de mépris de sa bouche nerveusement contractée, ajoute :

« Il y avait peu de variété et beaucoup de tristesse dans l'intonation de sa voix; mais cette tristesse même était en une harmonie si parfaite avec l'histoire de sa vie qu'elle excitait dans l'assemblée lui profond intérêt pour la personne du conférencier ^ » «Je n'ai jamais. été reçu, disait-il en septembre, avec autant d'enthousiasme. Les joui-iiaux n'ont fait que me louer avant et après ma conférence... (Jii m'invite beaucoup en ville... Je ne reçois que des preuves de bi(Miveillance depuis mon arrivée ici-. »

Il ne semble pas avoir été moins heureux en ses réclames pour le Stylus. « Presque tous ses vieux amis de Virginie, dit-on, lui avaient promis de lui fournir les fonds nécessaires, et il avail confiance dans le succès. Et, parlant ainsi (de ce rêve chéri de sa vie), il redressait la tète et, les yeux brillants d'enthousiasm(\ s'écriait : « Je dois et je veux réussir^. »

1. Prof. Valentine, cité par Ingram. 4i:Jl. « J'ai gardé, dit le Prof. B. Gildersleeve, de Johns llopkins University, rinipression qu'il ne lisait pas très bien. Sa voix était assez agréable ; mais il accentuait trop fortement le rythme, — faute commune, je crois, chez les poètes qui sentent vivement la musique de leurs vers. « (Prof. Harrison, op. cit., p. 47.) C'était en effet, paraît-il. le défaut de Tennyson.

2. Poe à Mrs Glemm, septembre 1849 ; Century 865. « Dans le but de lui venir en aide d'une manière délicate, dit l'évêque 0. P. Fitzgerald qui le vit et l'entendit alors, et pour lui manifester la sympathie du public de Richmond, Poe fut invité à faire une conférence sur un sujet de son choix. Les billets se vendirent cinq dollars, et à ce prix trois cents personnes se pressèrent dans les salles de réunion de l'ancien hxchange Hôtel. La conférence portait sur le Principe poétique, et Poe la lut telle qu'elle se trouve maintenant dans ses œuvres. C'était un lecteur charmant, tout le contraire d'un déclamateur sensationnel : il était paisible, sobre de gestes, net en son éloculion, plein de nuances en sa diction ; il avait une grâce aisée et ce je ne sais quoi qui inspire à l'auditeur une bienveillance et un j)laisir croissants. Le bénéfice net de la conférence s'éleva à l.îiUO dollars. Il y eut une grâce toute virginienne dans la façon dont cela se passa. » (Prof. J. llarrison's New Glvmpses of Poe,JSc\\- York, 1901, p. 50.)

3. Mrs Talley-Weiss's Recollections; Scribiiei^'s, March. 1878. \). 710.

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Au début de son séjour, il fréquentait surtout, àDuncan's Lodge^, (•liez les Mackenzies qui avaient adopté Rosalie Poe. C'est ainsi ({u'il retrouva en ces derniers jours sa pauvre innocente de sœur : elle s'éprit follement de ce frère fameux, elle l'écoutait et l'admirait comme un prophète, tandis que lui, avec un enjouement qui n'était peut-être pas sans irritation, la taquinait sans cesse à proj)os de toutes ses manies de costume,, de ses étrangetés de manières et de cet air éternellement effaré que gardait, jusque dans^ les circonstances les plus joyeuses, sa personne mal éveillée. II n'était pas moins bien accueilli chez un de ses anciens camarades de classe, l'artiste Sully, qui se plut à retrouver en lui le fier et farouche héros de l'Académie de Richmond, celui qui lui venait si généreusement en aide en ses querelles comme en ses devoirs de collégien. Mais la famille oii il semblait se plaire le plus volontiers, surtout vers la fin de son séjour, c'était celle des ïalleys : là une nouvelle attraction sentimentale l'attirait, semble-t-il, vers une jeune fille. Miss Susar» Talley, qui nous a laissé, en même temps qu'un gracieux récit de ces heureuses journées, le plus précis et le plus sympathique portrait de Poe avant sa mort. Comme tant d'autres, elle fut aussi, dès l'abord, fascinée par « le charme indéfinissable », par « ce mystérieux magnétisme » que devait garder jusqu'au dernier jour de sa vie cet étonnant séducteur, tandis que lui, « en ses conversations avec moi, dit-elle, s'exprijnait avec une liberté et une franchise qui me permirent de pénétrer plus profondément dans l'histoire de sa vie et dans son caractère )).

« Je puis nettement me le rappeler, dit-elle, quand il venait nous voir. Il avait toujours sa canne de jonc à la main, et, en pénétrant dans l'ombre de l'avenue, il rejetait ses cheveux en arrière et s'avançait en flânant comme pour jouir de la fraîcheur de l'air, tenant d'ordinaire son chapeau derrière son dos. Il s'arrêtait parfois pour examiner quelque fleur rare, ou cueillir un raisin aux treilles surchargées. Il nous abordait toujours avec une expression de joie qui illuminait sa physionomie et animait ses beaux yeux.

«Les yeux de Poe étaient, en effet, le trait le plus frappant de sa personne, et c'est à eux que son visage devait son attraction toute particulière. Je n'ai jamais vu d'autres yeux qui lui ressemblassent

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le moins du monde. Ils étaient grands avecde longs cils noirs comme jais, l'iris d\in sombre gris dacier, avait une transparente limpidité de ciistal qui laissait voir la noire pupile se dilater et se contracter à chaque nuance de la pensée ou de l'émotion. J'observai que les paupières ne se contractaient jamais, comme il arrive à presque tout le monde surtout en parlant; son regard était, au contraire, plein, ouvert, immuable. L'expression habituelle était triste et rêveuse. Poe avait parfois une façon de lancer de côté son regard sur quelque personne qui ne l'observait pas comme si par un coup d'œil tranquille et ferme, il prenait, en son for intérieur, la mesure de cette personne qui ne s'en doutait guère. « Quels yeux effrayants a M. Poe, me dit une dame. J'ai le sang glacé de les voir se tournei' lentement et se fixer sur moi quand je parle. »

« A part l'étonnante beauté de ses yeux, je n'aurais pas appelé Poe un très bel homme. Il était à mon avis plutôt distingué que bien de sa personne. Ce qu'il avait été en sa jeunesse, on me l'a dit ; mais au temps où je l'ai connu, il avait un air blême et usé, — un peu hagard à la vérité, — très manifeste en dehors de ses heures danimation. Il avait une moustache noire qui, quoique très soignée, ne cachait pas entièrement l'expression légèrement contractée de sa bouche et de temps à autre un tressaillement de la lèvre supérieure^ qui ressemblait à un ricanement. Ce ricanement se produisait, à vrai dire, facilement, par un mouvement de la lèvre à peine perceptible, quoique extrêmement expressif. Il n'exprimait pas la méchanceté du reste, mais beaucoup de sarcasme ^ »

1. Mrs Talley-Weiss donne, en outre, une description de la tête de Poe qui, en dépit d'interprétations phrénologiques qui sont clans le goût de l'époque, fournit un signalement assez net de déformations crâniennes bien caractéristiques :

« La forme de sa tête me frappa, de prime abord, comme étrange. Son front large et ses tempes formaient une saillie massive rpontrant un développement très marqué des organes de causalité ; le haut de la tête était très plat, et le derrière, d'une plénitude inusitée. Je n'avais à cette é])oque aucune notion de phrénologie ; mais, en me rappelant cette forme singulière, je puis voir que chez Poe les i)rétendues portions intellectuelles et animales de la tête étaient remarquablement développées, tandis qu'il y avait dans les régions morales une insuffisance aussi notable. Il y avait, en particulier, au lieu d'uncontour plein unelégôredépression dans la partie où les phrénologues moralisent les organes de la fermeté et de la vénération. Cette déviation anormale nuisait tant aux proportions symétriques de sa tête qu'il tâchait d'y remédier en rejetant ses cheveux en arrière, comme pour simuler une hauteur plus grande du crâne. » Cette observation est d'autant plus intéressante qu'elle coïncide de tout point avec une autre. « Une vue de profil mettait nettement en lumière la déformation de sa tête ; il y avait une énorme masse de cerveau en avant et en arriére, avec peu ou rien entre ces deux masses et en haut... La région coronale était très insuffisante. » [Southern Lilerary Messenger, mars IS-'iO.)

Le D' Chivers dit de môme : « Son front était large, surtout dans la région d'intermédiaire aux deux lobes d'idéalité : il était haut et fuyait légèrement.

DERNIERI^: ETAPE 287

(( Tl produisit sur moi l'impression d'un homme très bien élevé, raffiné et chevaleresque... éminemment un « gentleman ». Cela se voyait en toute sa personne, jusque dans les moindresdetails.il était toujours vêtu de noir avec un goût et une simph'cité irréprochables. Une distiction indéfinissable sattachait à tout ce qu'il disait et faisait. Son attitude ordinaire en société, surtout à l'égard des étrangers, était calme, digne, un peu réservée, et même parfois, sans qu'il parût s'en douter, presque hautaine. Il souriait rarement et ne riait jamais ^..

« Je fus surprise, ajoute toutefois Mrs Weiss, de voir que le poète n'était pas cet être mélancolique que je m'étais inconsciemment représenté. 11 parut, invariablement, au contraire, sauf une fois, de bonne humeur et souvent même enjoué. Il semblait prendre plaisir au babillage folâtre des jeunes gens qui l'entouraient et y mêlait souvent une gaie repartie, quelquefois empreinte d'ironie badine. 11 préférait pourtant s'asseoir tranquillement, écouter et ohservei-... Aussi ne paraissait-il pas rechercher les réunions solennelles, auxquelles il déclarait préférer la compagnie de ses amis à la campagne. Quoique, en ses soirées chez nous ou à DuncansLodge, l'oe se joignit à la conversation légère ou aux amusements du moment, je remarquais qu'il ne pouvait s'y intére-ser longtemps : il préférait s'asseoir sous le porche ou flâner dans le jardin ou sur la pelouse en compagnie d'un ami. »

« La seule fois que j'aie vu Poe réellement triste et abattu, ce fut en une promenade à l'Ermitage, ce vieux château abandonné de la

ayant, par suite de la conformation particulière de la tête, l'air beaucoup phis large et beaucoup plus haut qu'il n'était en réalité. [Cenlury, jan\ier l'.)U3.)

Ajoutez à ces déformalions crâniennes une asymétrie faciale, très apparente dans la plupart des portraits, et un strabisme convergent, qui sont tous les deux au nombre des stigmates caractéristiques de la degénérascence.

1. Les portraits de Poe à cette époque abondent ; « Je l'ai vu mainte et mainte fois en cette rue (Broad Street), dit le Prof. Gildersleexe, alors adolescent ; il avait l'air poète si jamais on l'eut, tout vêtu de noir qu'il était selon la mode d'alors, mince, droit, les traits fins de son visage fixés dans la méditation. Je lui trouvai une élégance suprême, la bouche éîant le seul point faible. » (Prof, ilarrison, op. cit., p. 4G ) « Un homme bien pris, bien formé, d'environ cinq pieds six pouces, droit comme une flèche, au pas alerte, vêtu d'un pantalon et d'une veste de toile blanche avec gilet de velours noir et chapeau de Panama à larges bords, les traits tristes, quoique finement ciselés, la tête bien faite, les yeux pleins d'un étrange magnétisme, pour peu que votre regard y plongeât, voilà très nette en mon esprit, l'image d'Edgar Poe, tel que je le vis à Uichmond par une chaude journée de Ivi'J. Il y avait en lui quelque chose de fascinant que tout le monde ressentait. F^e rencontrant dans une foule, vous vous seriez arrêté pour le revoir et demander : o Qui donc est-ce? » Il était dislmgup (en français dans le texte) en un sens particulier : c'était un homme qui joignait à l'expression du génie ce charme de mélancolie qui engendre la sympathie. (Bishop Fitzgerald, cité par Prof. Harrison, op. cit., p. b2.)

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famille Mayo, où il était fréquemment venu en sa jeunesse. En atteignant cet endroit, la compagnie se sépara, et Poe s'en alla lentement ilàner avec moi en ces lieux. Je remarquai qu'il gardait un silence inusité et semblait tout préoccupé; attribuant cela à l'influence des souvenirs qu'évoquait cet endroit, j'évitai de l'importuner. Il passa lentement près du banc moussu, appelé le « siège des amoureux », sous deux arbres antiques et fit remarquer, quand nous prenions l'allée du jardin ': « Il y avait ici des violettes blanches autrefois. » Cherchant dans lenchevètrement des buissons, nous découvrîmes quelques fleurs tardives; il en prit quelques-unes et les mit soigneusement entre les feuillets d'un carnet. Pénétrant dans la maison déserte, il alla de pièce en pièce, l'air grave et songeur, et ôta son chapeau, d'un geste machinal, en entrant dans le salon, où s'assemblait jadis une nombreuse et brillante compagnie. Assis dans la profonde embrasure d'une des fenêtres, au-dessus de laquelle croissaient maintenant des masses de lierre, il dut être ramené par sa mémoire vers les événements passés, car il répéta les vers familiers de Moore :

Je me sens comme un homme

Qui est seul à errer

En quelque salle de festins délaissée.

Et il s'arrêta, ayant la première expression de tristesse réelle que j'aie jamais vue sur son visage. Les rayons du soleil couchant luisaient à travers les branches de lierre pendantes et pénétraient dans cette demeure de spectres ; les tentures de papier déchirées et moisies, avec leurs dessins fanés de guirlandes de roses, flottaient capricieusement au gré de la brise d'automne. Je fus prise d'un inexprimable sentiment de désolation alarmée que je puis encore me rappeler et mon imagination retrouva, profondément imprimée en elle, tandis que je me tenais là debout, ma vieille conception enfantine de ce poète, génie de lumière et de ténèbres K »

On aimerait à voir la vie de l^oe se terminer ainsi par ce gracieux tableau symbolique, dans le poétique charme de tendresse et de mélancolie qu'une naïve jeune fille prête au héros d'un (le ses plus beaux étés. La réalité n'a malheureusement pas de ces tendresses, et la jeune fille elle-même en sut quelque chose. « Pour peu qu'il cédât (à sa tentation habituelle), dit-elle sur la foi de ses amis, il me semblait perdre tout empire sur lui-même ; et deux Ibis durant son séjour à Richmond, sa vie courut ainsi de

1 . Derniers jours iVEcjar Poe. par Sarah Tallcy-Weiss, dans Scrib7ier\t, mars 1«7S, p. 707 et suivantes.

DERNIÈRl<: ÉTAPE 289

sérieux dangers K » Nous en savons davantage de la bouclie d'un observateur moins partial, Daniel, du Southern Literary Messenger.

« En toutes ses visites sauf la dernière, dit-il, il était dans un état voisin de la manie. Chaque fois qu'il goûtait de l'alcool, il cessait rarement de boire tant qu'il en avait la force. C'était bien de la manière la plus barbare qu'il buvait. La plupart des buveurs, même les plus endurcis, font de leur mauvaise habitude une source de plaisir, de jouissance, de volupté, un moyen de s'exciter ou une satisfaction de leur palais. Il n'en était pas de même pour Poe. Son goût pour les boissons était pure maladie, et non une source de plaisir ou d'excitation. Une fois que le poison était passé entre ses lèvres, il allait de suite à un bar et buvait verre sur verre tant que le génie tutélaire de ces lieux pouvait verser, jusqu'à ce que ses facultés sombrassent totalement. Ces longs accès d'ivresse, ainsi que la mauvaise santé et l'apathie qui en résultaient ne manquèrent pas de nuire aux efforts intellectuels de Poe-. »

« Une fois, continue Mrs Talley-Weiss, un ami m'informa que M. Poe se portait trop mal pour venir nous voir ce soir-là. Deux ou trois jours après, il reparut parmi nous, mais si pâle, si tremblant, apparemment si contrit que nous ne doutâmes pas qu'il eût été sérieusement malade. Il resta cette foison sa chambre du <(01d Swan » où il reçut de la famille Mackenzie les meilleurs soins. Mais la seconde fois, la rechute étant plus sérieuse, il fut transporté par le D'" Mackenzie et le D'" Gibbon Carter à Uuncan's Lodge où, pendant quelques jours, sa vie fut en un danger imminent. Des soins assidus le sauvèrent, mais ce fut l'avis des médecins qu'un autre accès de cette nature serait sûrement fatal... Le D^ Carter raconte comment, en cette occasion, il eut avec lui un long entretien dans lequel Poe exprima le plus fervent désir de rompre le joug tyrannique de ce vice, et lui raconta toutes ses luttes impuissantes pour y réussir. Il fut ému jusqu'aux larmes et finit par déclarer de la manière la plus solennelle (\\i'\\ voulait désormais se contraindre, qu'il voulait résister à toute tentation. Il tint parole tant qu'ilresta à Richmond"^. »

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