Scribner's, mars 1878, p
LAUVRIÉUE. 19
Il parait même qu'il s'inscrivit à une société de tempérance dont il aurait envoyé la feuille signée à ]Mrs Clemm.
Or Poe, qui le croirait ? était de nouveau sur le point de se marier. Il avait, dès son retour à Riclimond, repris avec Mrs Shelton le duo de jeunesse qu'avait si malencontreusement interrompu le poétique appel de Mrs Whitman.
« .rétais prête à me rendre à Téglise, dit Mrs Slieiton. quand une bonne entra et me dit qu'au salon un monsieur désirait me voir. Je descendis et fus surprise de voir M. Poe, mais je le reconnus tout de suite. Il vint à moi de la manière la plus enthousiaste et me dit : « Oh ! Elmire, est-ce vous?... » Je lui dis alors que je me rendais à léglise, et que rien ne pouvait me retenir ; il voulut bien revenir... Quant il revint, il renouvela ses déclarations. Je ris; il prit un air très sérieux, et me dit qu'il était de bonne foi, et n'avait cessé d"y penser depuis longtemps. Voyant qu'il était très sérieux, je le fus à mon tour, disant que, s'il ne voulait pas accepter un refus positif, il devait me donner le temps de réfléchir. (( Un amour qui hésite, me dit-il, n'est pas de l'amour... » Mais il resta longtemps, et fut très agréable et très gai. Il revint souvent me voir, et j'allai avec lui à l'Exchange Concert Room et l'entendis déclamer'. »
(( Il était, ajouta Mrs Shelton plus tard, l'un des hommes les plus séduisants que j'aie jamais vus... Je 1 admirais plus qu'aucun homme que j'aie connue » On ne saurait trop regretter que pour achever de convaincre une amante aussi crédule Poe ait dû recourir à un artifice assez ])eu délicat :
« Jai dit à Elmire, la première fois que je l'ai vue, écrit-il à Mrs Clemm, que j'avais encoieune des esquisses au crayon que je pris d'elle il y a longtemps à Richmond, et je lui ai promis de vous écrire à ce sujet. Ne manquez donc pas, en me répondant, d'écrire eri votre lettre les mots suivants : « J'ai encore cherché l'esquisse au crayon de Mrs S... et ne puis la trouver nulle part. J'ai tiré tous les livres et les ai secoués un à un et, si Eliza White ne l'a pas, je ne sais ce qu'elle est devenue. Elle la regardait la dernière fois que je la vis. Celle que vous avez tachée d'encie de Chine devrait être quelque part dans la maison. Je ferai de mon mieux pour la trouver'^. »
l.a pauvre Mrs Clemm dut se conformer à ces tristes prescrip-