Poelic Prlnciple; Works, Vf
que cette Vérité est tout ce que recherchent ses investigateurs et ses adorateurs ; ils oublient que ce n'est pas la vérité en soi qui est leur thèse, mais une argumentation souvent plaintive et pédante, toujours superficielle et insuffisante (tant ce mode d'expression est forcément inadéquat) qui, en de rares et insuffisants aperçus, réussit ou ne réussit pas à manifester cette vérité ^ »
L'irritation de Poe contre tous ces trafiquants de vérité plus ou moins poétiquement frelatée ne va pas, toutefois, jusqu'à l'aveugler totalement; à l'absolutisme de ses dogmes il sait parfois, lui aussi, apporter des tempéraments :
« Il ne s'ensuit nullement, dit-il, que la passion ou même la vérité ne puissent être introduites, et non sans avantage, en un poème; car ils peuvent servir à l'élucidation ou aider à l'effet général, comme les dissonances en musique, par le contraste; mais le véritable artiste réussira toujours, d'abord à les ramener à un rôle subordonné à l'effet principal et, en outre, à les dissimuler autant que possible, en cette Beauté qui est l'atmosphère et l'essence d'un poème.)) Bien plus, sur le tard, « il reconnaît qu'il y a de vraie poésie en toutes les nobles pensées, en tous les mobiles désintéressés, en toutes les saintes impulsions, en tous les actes chevaleresques, généreux, dévoués -. »
Mais cette vertu, cette passion, cette vérité ne sont pas à elles seules la poésie, dit-il, mais matière à poésie : il n'y a de poésie que là 011 il y a un art ; et si la plus sublime vertu, si la plus violente passion, si la plus ample vérité ont leur valeur poétique, de même une belle œuvre poétique, indépendamment de toute prétention utilitaire, a, de par sa propre beauté, une valeur morale : elle aussi sait élever et annoblir. C'est donc, on le voit, bien qu'avec la plus grande exagération, le principe de l'art pour l'art proclamé en plein camp utilitaire.
Bref, une poésie imprécise et chantante, née de la contemplation extatique du Beau et la reproduisant par la musique des mots, voilà l'idéal de Poe : idéal juste, en ce qu'il fait delà poésie un art au service de la Beauté ; idéal faux, en ce qu'il fait trop de cet art une dépendance de la musique; idéal étroit, en ce qu'il tarit les sources d'inspiration les plus fécondes ; idéal dangereux, en ce