‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 274 sur 429 · Repbj lo omis, VI · texte numérisé non relu

Repbj lo omis, VI

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dire. Notre vive intelligence de ses arguments et de leur suite nous fait croire que nous participons à l'argumentation elle-même. Comme tout autre ornement que celui de la simplicité est écarté, comme nous sommes attaqués par la précision du langage, par la parfaite exactitude de l'expression, par l'ordonnance progressive dépensées présentées une à une dans toute leur force, et surtout par une logique de la rigueur la plus serrée et la plus absolue, il n'y a guère lieu de s'étonner que neuf ibis sur dix nous prenions ce plaisir pour celui de la vérité définitive ^ »

Voilà bien le jugement d'un homme qui n'est pas plus dupe de la logique que de la rhétorique : porté sur l'insidieuse persuasion d'un Macaulay, il est peut-être le plus sûr gage d'émancipation intellectuelle.

Un pareil homme ne pouvait évidemment pas plus être dupe des entraînements progressistes que des mouvements réactionnaires de ses contemporains. Il était aussi capable d'admirer, sans servilité coloniale, les grands écrivains anglais, fussent-ils critiques, que de mépriser, sans faux patriotisme, les médiocres œuvres américaines, fussent-elles poétiques. En matière d'art, il était, avant tout, avant môme d'être Américain, un homme ou plutôt un artiste, l'art se passant à ses yeux de toute patrie d'élection. Aussi se moque-t-il bien de ces fanatiques Yankees dont tout le chauvinisme consiste à mettre en quarantaine les chefs-d'œuvre étrangers comme pour mieux assurer à la production nationale le monopole de la médiocrité.

«Si les opinions généralement promulguées par notre presse, dit-il, étaient acceptées, en leur stupéfiant ensemble, comme une preuve de ce qu'est en réalité la littérature américaine (et c'est ainsi qu'on les prend communément), nous nous trouverions la plus enviable collection de gens sur la face de la terre. Nos grands écrivains sont légion. Notre atmosphère même estsaturée de génie, et notre nation est devenue un énorme caméléon, ravi de lui-môme, tout essoufflé de respirer pareil air. Nous sommes teretcs et rotuudi, tout imprégnés d'excellence. Tous nos poètes sontdes Miltons ni muets ni sans gloire-; toutes nos poétesses sont des « Ilemans américaines », et il ne fau-

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