‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 275 sur 429 · Macaulay, VU · texte numérisé non relu

Macaulay, VU

2. Allusion au vers de Gray : Some mute inglorious Millons herc may rest. Elégie écr'iLe dans un cimetière.

LAUVRIÈRE. 30

drait point s'aviser de nier que tous nos romanciers sont de grands n'importe qui ou de grands n'importe quoi, et que quiconque écrit en quelque genre que ce soit est un admirable Grichtonou du moins le fantôme de l'admirable Grichton. G'est ainsi que nous sommes dans la situation la plus glorieuse, que nous y resterons jusqu'au jour où il nous foudra dépouiller ces honneurs olympiques. Il est à craindre que la jalousie du vieux monde n'intervienne alors, car il ne saurait longtemps subir ce monopole humiliant de « tous les mérites et de tous les talents» dont,, au dire intrépide de ces messieurs de la presse, nous nous sommes si alertement emparés. ^ »

Voilà comment Poe se moque du chauvinisme soi-disant progressiste de ses compatriotes. Il sent qu'il s'y cache une autre forme de l'esprit rétrograde ; il voit comment, incapable de se satisfaire dans l'appréciation des œuvres contemporaines, leur amour-propre national s'immobilise dans la contemplation des prétendus génies primitifs. Il montre le danger de cette perfide fascination, et sa rude franchise est autrement patriotique que les maladroites flagorneries des ultra-patriotes. Ne rend-elle pas, en effet, les mêmes services que celle d'Horace à Rome ou celle de Boileau à la France ? Ne débarrasse-t-elle pas l'horizon intellectuel de ces trompeuses gloires archaïques qui égarent la marche naturelle des littératures naissantes ? Aussi, maintenant que le temps lui semble écoulé oii « la réputation littéraire d'un Américain passait pour un phénomène- », il ose dire :

<f Parmi tous les pionniers de la littérature américaine, poètes ou prosateurs, il n'en est pas un seul dont les productions n'aient été fort surfaites par ses compatriotes. Ge fait se manifeste surtout k l'égard de ceux de ces pionniers qui ne sont plus vivants, et ce fait n'a rien de si transcendant qu'il ne puisse être expliqué que par les Emersons et les Alcotts. Nous n'avons, dabord, qu'à remarquer que la reconnaissance, la surprise et un sentiment de triomphe ultra-patriotique se sont unis et finalement confondus avec la simple admiration, la pure appréciation à l'égard des œuvres de nos premiers

1. VVilmer's Quacks of Uelicon, YII, 2.")6. La ville la plus intellectuelle d'Amérique à cette époque, Boston même, « manquait étonnamment de critique tant soit peu indépendante », nous dit Lovvell qui préférait pour sa part, être « éreinté » méthodiquement par Poe que misérablement flagorné par des critiques à deux sous qui n'ont que leur brevet d'imprimeur pour tout titre littéraire.» Lowell à Poe, 6 mars 4844 {Sdribner, aoilt 1894, p. 474).

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