Longfellow, VI
affirme-t-il; il y a un bon et un mauvais goût. C'est parce que le génie a trop cru pouvoir se passer de toute méthode rationnelle qu'il s'est si souvent égaré : l'artiste doit, au contraire, savoir se gouverner, en gouvernant son inspiration. « Qu'il y a peu de gens à admettre la possibilité d'unir le génie à l'habileté artistique ! Et pourtant, cette union n'est pas seulement possible, mais d'une nécessité absolue. C'est un préjugé qui a jusqu'à ce jour empêché cette union, mais on n'écrira pas de grand poème, avant que ce préjugé ne soit détruite » Et, se mettant résolument à l'œuvre, Poe démontre par la fausseté môme de ses conclusions l'impuissance de la seule logique dans le domaine artistique.
La musique étant, selon lui, le plus puissant moyen d'expression au service de l'extase, Poe se trouva de bonne heure amené à étudier la nature de cette musique dans la prosodie anglaise. Or, rien de plus obscur que ce problème : il y a des siècles que les poètes de tous pays utilisent de mille façons plus ou moins heureuses les ressources musicales de leur propre langue sans s'être jamais avisés d'en pénétrer le mystère. En Angleterre oii Coleridge seul venait d'y apporter quelque lumière, cette étude était particulièrement arriérée. La solution définitive en échappe encore aux plus minutieuses investigations de notre temps. Poe ne s'en prétend pas moins capable par le seul bon sens de tout élucider. S'il y a quelque mérite à poser dès lors pareille question, il faut avouer qu'il y a folie à se croire tout seul, sans la moindre érudition, en état d'y répondre. De là les énormes erreurs de Poe. 11 commence, comme tant d'autres, par prendre la quantité des langues classiques pour l'accent des langues germaniques et fatalement en conclut que la valeur d'une syllabe anglaise ne varie pas seulement avec le sens, mais selon le nombre et la nature des consonnes qui suivent : absurdité qui ne mérite pas même de discussion. Au pied formé d'une seule syllabe longue (et quel pied?) il donne étourdiment le nom de césure. Plus heureux à propos du rythme, il est avec Coleridge l'un des premiers à entrevoir au fond de cette mobile régularité musicale des vers