Ingram, p
3. Wertenbacker, cité par Ingram, p. 41 et dans le Bookmcm de juillet 1901.
blait se livrer à ce qui était un amusement pour tous comme à une tâche bien plus qu'à un jeu K »
Aussi fuyait-il la compagnie des siens et se plaisait-il, seul ou accompagné d'un chien, en de longues promenades à travers les petites montagnes voisines (The Ragged Mountains) dont le caractère triste et sauvage s'accordait avec ses mornes rêveries. « Le paysage qui s'offrait de toutes parts, dit-il, bien que méritant à peine le titre de grandiose, avait un aspect indescriptible, mais pour moi délicieux, de désolation lugubre 2. )> N'est-ce pas là, en effet, que pouvait à plaisir, comme le disent ses vers d'alors, s'exalter et s'aigrir son orgueil enfin « délivré des sarcasmes et du mépris de ceux qui ont peine à concevoir qu'on peut devenir a grand » quand on est né dans leur sphère, qui ne veulent pas croire qu'ils devront en leur vie s'abaisser devant celui qu'ils avaient coutume de voir chaque jour familièrement^ »? N'est-ce pas là que, « plongé, alors que le soleil brillait au ciel d'été, en des rêves d'une lumière vivante, d'une radieuse beauté, il laissait errer son âme en des régions de son invention, loin de sa propre demeure, en compagnie d'êtres nés de sa propre fantaisie?* » N'est-ce pas là enfin qu'il connut ce « lac solitaire » dont la terrible beauté, loin d'effrayer (c son âme
1. Thomas BoUing, cité par J. Ingram, p. 38. « He was very mercurial in his disposition, » dit également son ami Tucker. {Boohnan, iuiWei 1901.) Cette morne expression du visage, souvent remarquée chez Poe, d'où résulte fréquemment une contradiction entre l'expression des traits et le sentiment passager, est considérée par Maudsley {Pathologie de l'esprit) comme un signe d'hérédité morbide.