Eiros et Charmion^ l, 228 ; Monos et Una, I
La soif de savoir va donc enfin s'apaiser. Non, pas encore; écoutez ce séraphique dialogue :
OiNOS. — Pardonne, Agathos, à la faiblesse d'un esprit fraîchement revêtu d'immortalité.
Agathos. — ïu n'as rien dit, mon cher Oinos, dont tu aies cà demander pardon. La connaissance n'est pas même ici une chose d'intuition...
Oinos. — J'avais rêvé qu'en cette existence j'arriverais d'un seul coup à la connaissance de toutes choses et du même coup au bonheur absolu de tout savoir.
Agathos. -— Ah ! ce n'est pas dans la science qu'est le bonheur, mais dans l'acquisition de la science. Eternellement apprendre, c'est être éternellement heureux; mais tout savoir, ce serait une damnation de démon.
Oinos. — Je perçois clairement que l'infini de la matière n'est pas un rêve.
Agathos. — Il n'y a pas de rêve dans l'Aidenn : mais il nous est dit que ïunique objet de cet infini de matière est de fournir des sources infinies où l'âme puisse soulager cette soif de connaître qui est en elle, inextinguible à jamais, puisque l'éteindre, ce serait pour l'àme l'anéantissement complet.
Or, cette inextinguible soif de savoir, Poe voulut un beau jour l'étancher ici-bas. Puisque les frontières qui séparent la Vie de la Mort sont si vagues, pourquoi, se dit-il, le sens magnétique, placé sur ces frontièresSne permettrait-il pas, par l'intermédiaire d'un bon sujet m articulo mortis, de « percevoir avec une perspicacité singulièrement subtile et par un canal mystérieux des objets situés au delà de la portée des organes physiques- .). Il y avait là en effet une merveilleuse expérience à tenter : il ne s'agissait de rien moins que d'interviewer l'àme d'un moribond; et, toujours aussi imperturbable, Poe sut, en cette belle circonstance, se faire médium translucide et reporter céleste. Pxoutezle compte-rendu de cette mémorable séance.
1. (( P. — Vous m"avez souvent dit que l'état magnéli{|ue ressemblait singulièrement à la mort. Gomment cela ? V. — Quand je dis (iu"il ressemble à la mort, j'entends qu'il ressemblée la vie ultérieure ; car, lorsque je suis magnétisé, les sens de ma vie rudimentaire sont en suspens, et je [)erçois les choses extérieures directement, sans organes, par un agent qui sera à mon service dans la vie ultérieure ou inorganique. » {Révélation mesmérique. II, 317).