Le Pulls ei le Pendule, I
courant de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent que la nuit. En leurs grises visions, ils jouissent d'aperçus sur l'éternité et frissonnent, en s'éveillant, à l'idée qu'ils ont été sur le bord du grand secret. Ils saisissent par lambeaux quelque chose de la connaissance du bien et plus encore de la science du mal. Sans gouvernail et sans boussole, ils pénétrent dans le vaste océan de la « lumière ineffable » et, comme les aventuriers du géographe nubien, agrcssi sunt mare tenebrarum, quid in eo easet exploraturi ^ »
Reste rémancipatrice suprême, reste la mort.
Or, « les frontières mêmes qui séparent la Vie de la Mort sont tout au plus vagues et obscures. Qui dira où l'une finit et où l'autre commence? Nous savons qu'il y a des maladies dans lesquelles se produisent des cessations complètes de toutes les fonctions apparentes de la vie, bien que ces cessations ne soient, à proprement parler, que des suspensions. Ce ne sont que des pauses temporaires de cet incompréhensible mécanisme. Il se passe un certain temps, et puis quelque mystérieux principe invisible remet en mouvement les magiques pignons et les rouages merveilleux. La corde d'argent n'était pas à jamais rompue, ni la coupe d'or irréparablement brisée. Mais où donc était l'âme, pendant ce temps-là'? »
Elle a deux aspects, cette Mort libératrice; c'est à la fois le retour du corps à la matière et le retour de l'âme vers Dieu. Nous ne suivrons pas en ses lentes dégradations la masse charnelle qui, sensible jusque dans la tombe, perçoit par les fonctions interverties des sens la présence des êtres chers et par un sixième sens les sensationss ultimes de l'Espace et du Temps ^; il y a là une intrépidité d'analyse par trop déconcertante. Nous nous contenterons d'accompagner l'âme affranchie en son essor vers les lueurs d'en haut.
« Les jours de stupeur sont passés, dit l'une d'elles... Le voile d'ombres s'est enfin déchiré... Il n'y a plus de rêves pour nous... Je suis tout confondu par la majestueuse nouveauté de la Vie Éternelle... Je suis accablé sous la majesté de toutes choses, de l'inconnu maintenant révélé, de l'avenir conjectural fondu dans le présent auguste et certain*. »