‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 378 sur 429 · TJie Power of Words · texte numérisé non relu

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cence plus que royale. Dès l'enfance m'avait été inculqué legoùl de ces folies et voilà qu'elles me revenaient comme en un radotage de la douleur. Hélas ! je sens tout ce qu'il peut se révéler de folie latente en ces somptueuses et fantastiques draperies, en ces solennelles sculptures d'Egypte, en ces corniches et ces ameublements excentriques, en les grotesques motifs de ces tapis brodés d'or ! J'étais devenu un esclave soumis au joug de l'opium, et mes travaux comme mes projets avaient pris la teinte de mes rêves K »

Le bizarre Prospéro revient à la même idée à propos de son extravagant palais aux sept salles en cercle illuminées par des brasiers multicolores et de son délirant carnaval où les groti^sques masques prennent des airs de rêves symboliques.

« Les goûts du prince étaient singuliers. 11 avait un œil exercé à l'égard des couleurs et des effets. 11 dédaignait le vague décorum de la mode. Ses plans étaient hardis et extrêmes ; ses conceptions brillaientd'une splendeur barbare. Ily ades gens qui l'auraient jugé fou. Ses courtisans sentaient qu'il ne l'était pas. 11 fallait l'entendre, le voir ei le toucher pour être siîr qu'il ne l'était pas... Il y avait (dans les travestissements) des fantaisies délirantes telles qu'en produit la folie. Il y avait en abondance du beau, du capricieux, du bizarre, un peu de terrible, et du dégoûtant à profusion. Bref, dans les sept salons allaient et venaient, se pavanant, une multitude de rêves. »

Le sardoni([ue héros de VAssignation nous révèle, avant de mourir, la morbide source de toutes ces extravagances artistiqu(\s :

« Rêver, dit-il, rêver a été l'affaire de ma vie. Je me suis donc créé, €omme vous le voyez, un paradis de rêve. Aurais-je pu m'en donner un meilleur au cœur de Venise? Vous ne voyez autour de vous, il est vrai, qu'un pêle-mêle de décorations architecturales, La pureté de l'Ionie s'offense de ces motifs préhistoriques, et ces sphinx d'Egypte s'allongent sur des tapis d'or. L'effet général n'en choque pas moins que les timides. Les convenances de lieu et surtout de temps sont des épouvantails qui privent l'humanité de la contemplation du magnifique. Je me suis moi-même naguère adonné à l'art de la décoration ; mais mon âme s'est dégoûtée de cette exaltation de la folie. Tout ceci n'en convient que mieux à mon dessein. Comme la flamme tourmentée de ces encensoirs arabes, mon âme en feu se consume; et le délire de ce spectacle ne fait que m'adapter aux visions autre-

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