Dreams, 1. 12o
assombrie », lui donnait ce « frisson de volupté troublante » qui prêtait au suicide même un charme fascinant ?
« La mort était en cette onde empoisonnée, et en ce gouffre une tombe digne de celui qui peut y puiser des consolations pour une imagination sombre, dont les pensées égarées sauraient faire unÉden de ce lac obscure »
C'est là, en effet, que se dessinait de plus en plus nettement le caractère, comme l'esprit, du jeune homme : l'élève réservé, susceptible, volontiers irascible de Richmond devenait l'étudiant sombre, taciturne, excentrique de Charlottesville, et son âpre désir de primer s'aggravait graduellement de la funeste manie de se singulariser.
Malheur, hélas ! à celui qui, de lui-même ou sous l'influence d'autrui, a fini par se croire un être à part et par s'en vanter : il se prépare de longues souffrances. Il s'expose à cultiver, en guise de qualités exceptionnelles, des défauts spécieux, des anomalies latentes, des tares en germe dont le développement ultérieur ne manquera pas de rompre tôt ou tard l'équilibre de ses facultés mentales et l'harmonie de tout son être. Absorbé en cette morbide culture du moi, il s'enfermera en un isolement fatal oii le retentissement exagéré des émotions personnelles ne laissera pas pénétrer les voix instructives ou consolatrices du dehors ; son moi, de plus en plus îaussé et outré en ce qu'il avait dès l'origine d'anormal, sera de plus en plus incapable de s'adapter aux inflexibles exigences du monde et de se former aux complexes conditions de la société humaine. Viennent alors les obstacles et les épreuves de la vie, et 1 egotiste, sans aucun sens des difficultés réelles, sans volonté assouplie, toujours prêt à sacrifier l'univers entier à son idée, aussi impuissant à subordonner sa personne aux événements que les événements à sa personne, s'en ira de choc en choc se briser sous les coups d'une adversité qui est en grande partie son œuvre. De là ces vibrantes extases que suit de près une morne mélancolie ; là ces aventu-