‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 380 sur 429 · Landor s Cottage, II · texte numérisé non relu

Landor s Cottage, II

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la terre, les arbres aux mille formes et les fleurs aux mille couleurs, « manifestes efforts de la nature vers la beauté physique ». L'outrance de Poe pousse malheureusement cet art jusqu'à Tartitice, lartitice juscpià létrangeté, l'étrangeté jusqu'au fantastique. On arrive ^\\ Domaine c/Mr/z/iezm par une lente rivière qui, s'engageant par des vallées fertiles, puis par des vallons pastoraux et enfin par une sauvage gorge aux infmis méandres abrupts, fait successivement passer le voyageur par des sensations d'isolement, de solitude, d'étrangeté, de mélancolie, jusqu'à ce qu'il tombe comme des cieux en un bassin circulaire, dont les collines, (c revêtues de la base au sommet, sans une lacune visible, dune draperie des plus magniliqucîs fleurs », donnent « des impressions de richesse, de chaleur, de couleur, de quiétude, d'uniformité, de douceur, de délicatesse, d'élégance, de volupté et d'une miraculeuse extravagance de culture, faisant rêver d'une race nouvelle de fées laborieuses, douées d'un goût parfait, magnifiques et minutieuses. » De là un magique canot divoire, dont la forme de croissant irrégulier, prend des airs de cygne, emporte de lui-même avec une moelleuse vélocité le voyageur, tout émerveillé par une caressante mélodie surnaturelle apparemment sortie des eaux. Une gigantesque porte dor bruni, merveilleusement ouvragée et sculptée, intercepte la voie : « ses lourds battants s'ouvrent lentement et musicalement ».

« Tout le paradis d'Arnheim éclate à la vue. On entend sourdre une mélodie ravissante ; on est oppressé par une sensation d'étranges parfums exquis; on aperçoit dans la confusion d'un rêve de grands arbres sveltes d'Orient, des bosquets d'arbustes, des bandes d'oiseaux dorés et incarnats, des lacs frangés de lys, des prairies de violettes, de tulipes, de pavots, de jacinthes et de tubéreuses, de longs fdets d'eau qui entrelacent leurs rubans d'argent, et, surgissant confusément au milieu de tout cela, une masse d'architecture moitié gothique, moitié sarrasine qui semble comme par miracle se soutenir dans les airs, en faisant étinceler sous la rouge clarté du soleil, ses fenêtres en ogive, ses minarets et ses pinacles, apparemment œuvre fantastique des Sylphes, des Fées, des Génies et des Gnomes réunis ^ »

\. The Domain of Avnheim, i\,^i'i-i\'l.

Et voilà le chimérique empyrée où nous débarque notre esthé-\ ticien pâmé : nous étions partis de la réelle nature à laquelle il s'agissait d'imposer de logiques lois de beauté; mais, oublieuse de tout but et dédaigneuse de toute contrainte, l'imagination poesque nous a, en son irrésistible essor, emporté bien loin, par delà les horizons terrestres, vers un fantastique paradis dont les éblouissants décors et les idéales créatures n'expriment que trop bien les indomptables aspirations vers les plus hautes et les plus pures jouissances d'un pauvre être imaginatif, déprimé par les plus sordides laideurs de la réalité et par les plus tyranniques exigences de la vie humaine.

C'est donc ici comme ailleurs, c'est partout, à force d'intensité, la même outrance : le minutieux réalisme des contes logiques ' aboutit à la mystification laborieuse; le vague idéalisme des contes mystiques, aux visions hallucinatoires; la prétentieuse décoration des contes esthétiques, aux plus fantastiques extravagances. Pas plus que sa sensibilité exaspérée par la peur, pas plus que sa volonté affolée par l'impulsion, pas plus que sa raison égarée par l'intuition, l'imagination de Poe n'est capable d'équilibre : une trop puissante force intérieure surmène (ît fausse tous les rouages de cette trop délicate machine jusqu'à la détraquer follement.

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