‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 381 sur 429 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Des peurs intenses, des impulsions irrésistibles, une curiosité effrénée, une imagination outrée ne donnent pas, de par leur seule juxtaposition en une tête humaine, du génie, mais de la folie. Or, il y a, comme le disait Polonius d'IIamlet, de la méthode en cette folie. Il faut, pour organiser en œuvre harmonieuse un chaos d'éléments discordants, des qualités d'inhibition : sens critique, goût réfléchi, logique consciente, d'autant plus fortes que ce chaos est plus incohérent. Si Poe a donc su transformer en chefsd'œuvre artistiques des produits franchement vésaniques, c'est que sa vigueur émotionnelle, si extravagante qu'elle soit, le cède à sa rigueur intellectuelle ; sa raison lucide triomphe de sa sensibilité exaspérée ; son art dompte sa folie.

L'auteur des contes fantastiques n'aurait pas été le poète théoricien que nous connaissons s'il n'avait lui-môme donné du conte comme du poème sa théorie. « La plus haute forme de lintelligence Imaginative, dit-il, est toujours éminemment mathématique^ » et le meilleur des raisonneurs est à la fois poète et mathématicien-. Aussi, tout débordant d'inspi^:*ation et tout féru du calcul des prohabilités, Poe se plaint-il que « c'est la malédiction de certains esprits de ne {)ouvoir se contenter de la pensée qu'ils peuvent faire une chose, ni même du fait qu'ils l'ont accomplie, il leur faut encore et savoir et montrer coipment ils s'y sont

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