‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 52 sur 429 · Réminiscences of Poe bv John II. Latrobe · texte numérisé non relu

Réminiscences of Poe bv John II. Latrobe

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mine se présente à la porte de sa maison, et, sans donner son nom demande à M"'^ Allan (jui se trouvait là, sil peut voir M. Allan. <( Le docteur l"a défendu », lui dit-elle. Mais l'écartant, sans tenir compte de sa réponse, l'étranger monte rapidement à la chambre de M. Allan, suivi de M'"^ Allan. Dès qu'il y pénètre, M. Allan lève la canne (dont il se servait pour marcher) et, menaçant de le frapper s'il vient à portée, lui ordonne de sortir; sur quoi Poe (car c'était lui) se retira. Ce fut la dernière fois que ces deux hommes se virent K Le :27 mars 1834, M. Allan mourait, laissant trois enfants : le nom de Poe n'était pas même mentionné dans le testament. C'était donc bien la ruine définitive de ses dernières espérances de fils adoptif. La pension se trouvait, par le même fait, supprimée : Poe est irrémédiablement voué à la misère.

En voici les premiers effets. Six mois plus tard, il adresse à lun de ses juges du Saturday Visiler, John P. Kennedy, romancier populaire de l'époque et l'homme de lettres le plus influent de la région, la lettre que voici :

« Je viens vous demander par écrit une faveur que je n'ai vraiment pas le courage de solliciter de vive voix. Depuis le jour où vous m'avez vu pour la première fois, ma vie a matériellement changé. J'espérais alors hériter dune grande fortune, et je recevais, en attendant, une pension pour mon entretien... La personne vient de mourir sans me rien laisser. Je me trouve donc abandonné à mes seules ressources, sans profession, presque sans amis. Mieux que cela : je suis sans le sou. 11 faut vraiment des circonstances aussi

\. Lettre du eolouel Th. I<:ilis {liiclunond Standard, 22 avril 1881). Le colonel l<]llis étant, comme nous l'avons vu, le fils de l'associé de M. Allan et le cou- .sin de JNlrs Allan, l'odieux racontar que répète Griswold en son Memoir (p. XI) se trouve par ce témoignage réduit à néant. On voit que Mrs Allan ne semblait pas même bien connaître Poe. Poe eut beau faire, la légende ne s'en attacha pas moins à lui tonte sa vie ; d'autres tout aussi mensongères s'y joignirent en manière de preuve : ce qui permit à d'hypocrites biographes de s'en venir, en se voilant la face, parler en des revues comme on leurs livres, d'un prétendu crime aussi imaginaire qu'innommable. C'est ainsi qu'au lendemain de la mort de Poe, un courageux critique anonyme qui se prétendait l'ami de Poe (que serait-ce s'il eût été son ennemi?) abrita son honnête franchise derrière une longue citation de sir Thomas Hrown sur ces crimes monstrueux que l'histoire ne saurait enregistrer, mais dont elle lègue i\ l'enfer le châtiment mérité {SouiUern Lilerari/ Messenger, mars 1850). Aussi lAche que féroce, la calomnie ne mérite-t-elle donc pas, elle aussi, quelque châtiment insigne ?

pressantes que les miennes pour m'exposer à perdre votre amitié en vous ennuyant de ma détresse ^ »

Poe termine sa lettre en priant Kennedy de le recommander aux éditeurs de ses contes, afin d'obtenir une avance d'argent des plus urgentes. Kennedy intervient, et Poe reçoit quelques jours plus tard 15 dollars pour la publication d'un conte dans une revue annuelle de New-York -. Bientôt il tomba plus bas encore : Un dimanche de mars 1835 Kennedy reçoit de Poe cette lettre :.

« Cher Monsieur, dans le journal qui vous sera remis avec ce mot se trouve une annonce sur laquelle je désire vivement attirer votre attention. 11 s'agit d'un poste de professeur dans une grande •école... En ma situation présente, un tel poste me serait des plus avantageux; et, si vous pouviez me prêter votre appui, je me souviendrais toujours de votre bonté avec la plus grande reconnaissance. Puis-je avoir quelque espoir? Votre réponse me serait bien précieuse^... »

Kennedy invite Poe à dîner ce jour même, et en reçoit aussitôt cette lettre qui vaut à elle seule bien des commentaires :

« Votre invitation à dîner ma blessé au vif. Je ne puis venir pour des raisons du caractère le plus humiliant : mon costume. Vous pouvez vous imaginer quelle mortification j'éprouve à vous faire cet aveu ; mais il le faut '. »

C'est donc à cette" époque que s'applique vraisemblablement, en dépit de l'erreur de date qui s'y trouve contenue ^ la note suivante empruntée au journal de Kennedy :

« 11 y a bien des années, je crois, peut-être dès 1833 ou 34, je le trouvai (Poe) à Baltimore mourant de faim. Je lui donnai des vêtements, libre accès à ma table et la permission de monter un de mes chevaux quand bon lui semblerait; bref je le tirai presque de l'abime du désespoir^. »

i. Century, août 1894, p. 573.

2. Le Souvenir, de Miss Leslie, qui paya Poe un dollar la page.

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