Poe à Lowell. 30 mars 1844; Woodben'y
duperies des éditeurs en formant une coalition... Supposez qu'une douzaine d'hommes de lettres parmi les plusactifs ouïes plus influents de ce pays s'unisse pour publier une revue d'un caractère supérieur. Leurs noms devraient rester secrets, afin que leur concours pût être plus efficace. Chaque membre prendrait une action de 100 dollars. Chacun devrait,, en cas de demande, fournir un article par mois, la revue ne devant être composée que d'articles des membres du comité ou fournis gratuitement par d'autres écrivains. Les membres seraient pris le plus possible parmi des écrivains déjà en relation avec la presse, il y aurait entente pour exclure quiconque déplairait afin de s'assurer l'unanimité. Ce ne sont là naturellement que des idées en l'air. Mais supposez que, le projet venant de vous et de moi, nous écrivions à d'autres ou que nous les voyions pour les associer à cette entreprise. Une fois le nombre nécessaire atteint, on se réunirait, et on établirait un règlement. Un des articles pourrait être l'élection périodique d'un éditeur choisi parmi les actionnaires.
« Il me semble que les avantages d'une telle coalition seraient très grands. La revue pourrait être lancée avec une certitude absolue de succès. Il n'y aurait pas de dépense pour les articles qui n'en seraient pas moins les meilleurs. On dédaignerait naturellement les gravures. Le but serait d'élever la littérature, de seconder la justice, de résister aux verdicts étrangers, et d'obtenir nous-mêmes (grâce au tirage et aux bénéfices de la revue), une rémunération pour tout ce que nous écrivons.
La revue serait imprimée de la meilleure façon et s'adresserait à l'aristocratie du talent. Nous pourrions sans risque donner pour o dollars, une brochure de 128 pages, et, grâce à l'influence variée de chacun de nous, nous pourrions facilement porter le tirage à 20.000, ce qui rapporterait 100.000 dollars. Les dépenses ne dépasseraient pas 40. OOOdollars, si même elles s'élèvent à20.000quand la revue fonctionnera. Il y aurait ainsi 60.000 dollars à partager entre 12, c'est-à-dire o.OOO dollars par an pour chacun.
« J'ai longtemps médité cette affaire dans le détail, et je suis persuadé qu'il y aurait peu de difficulté à faire plus même que je n'ose suggérer ^ »
Poe devançait son temps : il inventait le trust : car ce n'était là rien moins que le trust du talent au profit de la littérature périodique. Mais si l'on songe qu'au moment même oii il écrivait ces lettres à demi insensées, le malheureux était dans la plus profonde misère, las du passé, incertain du présent, inquiet de l'avenir, on s'accordera une fois de plus à constater avec la