Réponse à Varchevêque de Paris. Voy. Œuvres complètes
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la vérité. Selon le clergé, faire le procès au jésuitisme, c'était offenser la morale universelle.
Aussi qu'arriva-t-il? Jusque-là, Edgar Quinet avait séparé le clergé du jésuitisme; à dater de ce jour, il fui clair pour tout le monde qu'ils tenaient à être identiûés. Pas une voix ne s'éleva parmi les quarante mille prêtres pour repousser cette solidarité avec les fils de Loyola, sanctionnée par l'autorité du clergé de France,
Que les rôles étaient intervertis! C'était le Collège de France qui prêchait la religion d'amour et de paix, et c'était l'Église qui faisait éclater le tempérament fiévreux de la politique et répondait par la guerre, par des cris de haine, enfin ce qu'Edgar Quinet appelle « un Évangile de bruit et de tumulte ».
Edgar Quinet dénonce ceux qui veulent qu'il y ait plusieurs Frances inconciliables entre elles, se jetant l'interdit. Il déclare que, pour conjurer cet esprit, il faut exclure l'enseignement religieux de l'école. Les jeunes générations suivront hors de l'école leurs croyances. Un symbole commun d'éducation publique rapprochera les intelligences destinées à former une seule et môme société.
Dans ce débat mémorable, ce qu'il y avait de plus surprenant, c'est que l'archevêque appartenait à l'opinion de ceux qui déclarent la loi athée. Edgar Quinet, au contraire, soutenait qu'en formant de toutes les églises éparses une seule cité, l'Etat est plus conforme à l'idée de l'Église universelle. Ces principes appliqués au problème de l'éducation, objet principal de la controverse, viennent de ressortir avec une évidence éclatante dans
les débats de 1880. Mais, en août 1843, Edgar Quinet disait déjà :
Des écoles catholiques, des écoles luthériennes, des écoles calvinistes, des écoles philosophiques, sans nul lien entre elles, voilà, aux yeux de M. l'archevêque, Tidéal de la constitution publique de l'éducation. Chacun goûterait à récart une doctrine séparée, sans nulle crainte d'un contact mutuel. On formerait à côté les uns des autres autant de peuples isolés, qui, étant élevés dans la haine réciproque les uns (les autres, n'auraient entre eux de commun que le nom... Après un demi-siècle, que trouverez-vous pour résultat? Des esprits nourris dans des traditions qu'ils croiront inconciliables, des sectaires ardents qu'aucun point commun ne ralliera... le combat renaissant et acharné des prêtres et des philosophes; une société systématiquement divisée et morcelée ; les générations parquées dès le berceau dans des préjugés et des haines mutuelles...; des fanatiques et des sceptiques.
L'avenir n'a-t-il pas donné raison à ces craintes, à ces averlisseinenls? La solution qu'il indiquait et qu'il soutint quelques années après à la tribune : séparation de l'Eglise et de l'Etat, a rallié aujourd'hui tous les esprits de progrès. Edgar Quinet posait, en 1843 déjà, comme condition sine qua non^ l'enseignement laïque. Il voulait que les jeunes générations, après avoir reçu au foyer domeslique l'enseignement des croyances particulières, fussent unies par l'éducation publique dans un même esprit; elles apprendraient ainsi à se sentir membres de la même famille; c'était la vraie fusion des cœurs et des esprits d'un même pays. L'Université doit représenter l'unité morale de la société française et le principe d'al-
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liance de tous les enfants de la patrie française par l'enseignement laïque.
En toute occasion Ton retrou\e cette pensée fondamentale d'Edgar Quinet : assurer l'unité morale de la nation par l'enseignement.
L'audace du clergé était si redoutable, en 1843, qu'il osait réclamer l'institution de bureaux de charité catholiques et de municipalités catholiques. Quinet s'écriait dès lors : « Dans cette émulation de sectaires, où s'arrêtera-t-on? »
On est heureux de rencontrer des sentiments jeunes et ardents chez des savants qu'on aurait pu croire pétrifiés dans leurs inscriptions archéologiques. Edgar Quinet avait envoyé à Champollion-Figeac son Cours sur les Jésuites qui venait de paraître en volume. Voici la réponse qu'il reçut :
Paris, 28 juillet 1843.
Je suis bien heureux, Monsieur, de votre bon souvenir; j'ai lu tout votre livre; il y a de bien belles choses dites et prédites. Celles-ci seront le moins comprises, quoique les plus importantes, puisqu'il n'y a plus de possible en France que l'avenir. Vous lui aidez à se réaliser, et c'est un bien grand service public et national. Votre sincérité est exemplaire; plût à Dieu qu'elle fût contagieuse. La mollesse universelle s'arrange mieux du savoir-vivre, qui n'est qu'un égoïsme déguisé; on a horreur du bruit. Mais alors il ne faut pas vivre ; car le mouvement intellectuel est la vie de l'âme des peuples. J'espère qu'ils ne mourront pas de celle-ci.
Je n'ai pas oublié notre ami de Turin; le jour même de sa réception, votre présent a été expédié à son adresse ; il
lui fera sans nul doute autant de plaisir qu'à moi-même et que j'en ai à vous remercier bien vivement, en vous priant (le me croire votre tout dévoué d'affection.