‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 119 sur 150 · EUGÈNE SUE · texte numérisé non relu

EUGÈNE SUE

Revenant d'Ouilly où elle devait rencontrer M. de Lamartine, madame Quinet mère écrit :

La veille, M. de Lamartine était venu ; j'ai eu un vrai regret de ne l'avoir pas vu, quand on m'a dit dans quel ravissement il était du livre d'Edgar; il s'est prononcé avec un véritable enthousiasme sur l'énergie, le courage et la magnificence du style, etc. Il voudrait avoir l'occasion de se rapprocher d'Edgar Quinet. Léon Bruys me disait : « Je suis sur que, si ces messieurs passaient quelques jours ensemble, ils s'entendraient même sur les points où ils se croient divisés. » Les fils de M. de Lacretelle sont venus ; l'aîné m'a dit qu'il avait quitté son père le matin dans l'enthousiasme du livre ; lui-même l'a dérobé pour aller le lire dans l'avenue.

Un petit billet à la troisième personne, à roccasion de YUltramontanisme, est le seul autographe de M. Thiers que j'aie jamais découvert dans nos papiers :

M. Thiers s'empresse de remercier M. Edgar Quinet pour renvoi qu'il a bien voulu lui faire du volume qu'il vient de publier. Il lira ces nouvelles leçons avec un véritable intérêt, assuré d'avance de se rencontrer presque constamment en communauté de sentiments avec l'ituteur. En attendant qu'un peu de loisir permette à M. Thiers de se procurer ce plaisir, il renouvelle ses remerciements à M. Quinet et le prie d'agréer, etc.

Je trouve encore une foule d'aimables billets qui

prouvent la persistance de certaines relations pendant

3r>() EDGAR QUINET.

ces luttes au Collège de France. C'est le duc d'Elchingen écrivant î\ « son cher Edgar », et lui exprimant les plus chaleureux sentiments; il envie sa femme qui neman- (|uait pas une des leçons, « même quand elle avait des malades », disait-il.

A la même époque, la princesse Belgiojoso redouble d'aimables instances et rappelle sous les ombrages de Marly :

Jo suis malheureusement en train de poser pour un grand portrait auqut^l le peintre travaille ici môme. Cela fait que je suis constamment clouée sur une chaise, sans avoir la libre disposition de mes yeux. Je n'ai pu donc encore vous lire; mais, ne voulant pas passer à vos yeux pour indigne d'un souvenir (jne je n'aurais pas apprécié, je m'empresse de vous en remercier.

Pourquoi ne venez-vous pas me voir? Je prétends vous voir ici à Porl-Marly, le jour qu'il vous plaira. Vous trouverez une solitude très légèrement animée; vous serez rendu à vos [)énîites à dix heures du soir ; mais il faut, ne vous en éphiise, (jue vous veniez.

Mille amitiés.

CHKISTINE DE BELGIOJOSO.

Dans une autre lettre datée de Paris, de son hôtel de la rue d'Anjou-Sainl-Honoré, la princesse lui parle de ses projets littéraires :

Je passe l'hiver à Paris, chez moi et non pas ailleurs, c'est-à-dire que je ne sortirai pas du tout. Je passerai mes journées chez moi, à travailler (puisque maintenant je puis avouer sans affectation que je travaille), et mes soirées chez moi encore, avec le petit nombre d'amis qui viendront me

LE COLLÈGE DE FRANCE. :m

ehorchor. J'espère que vous serez de ceux-ci. J'y compte un peu et je ne consentirai pas à revenir d'une prévention à laquelle je tiens.

Mille amitiés.

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