‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 122 sur 150 · Voy. Le Christianisme et la Révolution française · texte numérisé non relu

Voy. Le Christianisme et la Révolution française

dame Quînet mère écrit, en avril 1845, à sa belle-fille :

Je comprends que la persécution, c ce charme des forts », comme il l'appelle dans VUltramontanismej ne lui manquera pas. Il y a longtemps qu'il court dans cette périlleuse arène. Que Dieu se tienne près de lui et tienne sa main près des vôtres pour vous conduire dans les rudes sentiers ! Je relis à toute heure du jour votre tout petit livre du pasteur Cuvier, pour me bien persuader que c'est Dieu qui veut que les choses soient ce qu'elles sont, et qu'Edgar soit martyr de sa foi.

Ces deux âmes pieuses recevaient un divin secours par leur foi dans une providence qui règle tous les événements et nous dispense de les prévoir et d'en souffrir d'avance. Elles voyaient toutes choses à la lumière de TEvangile; les premiers temps du christianisme semblaient revivre pour elles au Collège de France, et Edgar en était le saint Paul.

Quant à lui, sans autre appui que la religion du devoir, il s'est toujours immolé à la vérité, sachant très bien que les hommes lui réservaient des châtiments terrestres, et le plus amer de tous, c'est-à-dire l'oubli, le reniement.

Ce cours porta au comble l'enthousiasme de la jeunesse et la fureur des vieux partis. L'école ultramontaine redoubla ses attaques, et Edgar Qninet pouvait à bon droit écrire à sa mère : «Je suis au milieu d'un bon petit combat qui ne me déplaît pas. »

11 suivait imperturbable sa voie, ne se passionnant que pour la vérité seule, dédaignant les menaces, les agressions. Des accusations formelles furent portées à la

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Clianibrc dos p.airs conire Kdgar Quiucl et Alichelet. elil no manqua jms do journaux bienvoillants, entre autres les Débats, qui rappelèrent le professeur à la modération. Texhorlant par de sages avis à se renfermer dans l'étude des littcralures méridionales. Edgar Quinet répondit:

Pour (Hre conséquent, il faudrait dire à chaque professeur de littérature; c Ne parlez pas de morale, c'est TafTaire du prêtre; laissez l'histoire, elle appartient à rhistoriographe; les institutions, au jurisconsulte; les monuments, à l'architecte; la terre, au géologue; le ciel, à l'astronome. » Après ce travail une chaire de littérature ne serait en effet plus redoutable, elle n'aurait plus aucun sens*.

Pourquoi les Chambres sous la Restauration n'avaienlelles pas interdit à M. Villemain la politique anglaise dans son cours?ouà M. Ampère les questions théologiques dans son cours de littérature française? Lorsque M. de Salvandy assista h une leçon de Quinet à Lyon, on ne songea pas à l'interdire ; mais, h Paris, il passionnait depuis quatre ans la jeunesse des écoles pour les immortelles idées do patrie, de justice et de liberté ; l'opinion publique se réveillait; il était temps d'arrêter cet élan de la France.

Les conséquences éclatèrent l'année suivante; pour le moment. Edgar Quinet acheva triomphalement son cours. Chaque leçon est suivie d'une ovation. Après la dernière leçon, la jeunesse des écoles organise une grande nianircslalion : une déjmtation d'étudiants porte à Edgar Qiiinot la médaille otï'orto par Tauditoire aux trois pi'o-

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