Extraits analytiques
KDGAU QUINET.
contre la doclrine de morl qui immobilise l'esprit par rénulilioii.
La tribune politique n'était pas alors le véritable enseignement national; c'est au Collège de France qu'on entendait les paroles qui empêchent la décadence, la vieillesse prématurée d'un peuple :
Ah t si chacun de vous savait ce qu'il possède en lui-mêffle, ce qu'il a fallu de siècles, de sang versé dans les batailles, de courage, do lunii('re, de génie, de vérité pour former H tremper dans son sein son âme française!...
Il conviait les jeunes gens aux grandes actions, non à des succès éphémères. Il les mettait en garde contre les tactiques parlementaires en matière religieuse et philosophique. En 1815, on criait déjà aux novateurs : € Arrêtezvous ! Votre ligne est trop droite, vous n'usez d'aucune tactique, d'aucun stratagème. »
L'enseignement d'Edgar Quinet garde un caractère frappant d'actualité. Quand on relit ses livres, on les croirait inspirés par l'intérêt urgent de l'heure présente. Il prévoyait aussi le sort qui l'attendait, et les paroles mêmes dont on se servirait pour combattre son influence. Il était persuadé que le plus grand danger pour l'esprit de la France serait d'appliquer aux questions immortelles la tactique, les habiletés souterraines qui deviennent de plus en plus la règle des assemblées politiques :
Là, pour obtenir un triomphe d'une semaine, une vérité d'un jour, onfoinlde s'entendre, lorsqu'en secret on ne cherche qu'a s«» supplanter...; l'un renonce à une moitié de sa
croyance, l'autre l'abandonne tout entière... Cet art de lier les volontés, sans posséder les convictions, s'il était appliqué aux affaires de l'esprit, nous ferait tomber au-dessous du byzantinisme.
Il ne dissimulait pas les difficultés de la voie droite :
Nul ne peut faire un pas nouveau dans la vie morale sans rencontrer la résistance de la doctrine qui le précède. Nous n'avançons qu'à la condition de montrer que nous avons assez d'âme, de vie morale, pour franchir l'obstacle.
Il ne déplore pas seulement la défaite militaire, la puissance politique déchue. Il pressentait dans un avenir reculé les funestes conséquences de ce qu'il appelle la doctrine de la capitulation. La France serait libre ou esclave, selon qu'on rejetterait ou qu'on accepterait cet esprit de capitulation :
...Ne vivre jamais que de concessions, de calculs, même dans le fond de sa conscience ! Que nous parle-t-on de diplomatie dans la guerre sainte des principes I... A peine entrezvous dans la vie, dans votre mission, que l'esprit du passé, l'esprit qui craint l'avenir, murmure : « Que t'en coûte- t-il ? Abaisse un moment ton cœur... Transigeons, capitulons, une seule minute, à ce moment fatal, ot tu construis ton plan de vie... »
Eh bien, non, nous maintiendrons notre pensée haute et désintéressée... Avec cela, il est fort possible que vous ne deveniez jamais rien dans votre village, mais vous serez des hommes de vérité. C'est encore aujourd'hui la dignité la plus rare sur la terre...
Une âme à la recherche de la vérité n'est vivante, n'est puissante que si elle marche sans s'inquiéter de savoir si cela plaît oui ou non, à ceux qui régnent sur la terre, sur l'opinion, si elle est suivie par un petit ou par un grand nombre, si
elle a de son côté les complaisances ou rinimitié du mondée
Toute la vie d'Edgar Quinet est contenue dans ces fières paroles; elles ont tracé le dur chemin qu'il a parcouru.
Il montre que nul enseignement n'est fécond s'il ne contient un certain héroïsme : mens heroïca.
Élargissant toujours son sujet, il prend un à un tons les sophismes pour les réfuter. Qu'on relise son commentaire du fameux axiome : Il faut une religion ponr le peuple ' /
Philosophie de la Révolution française, voilà le vrai titre de ce cours de 1845, et c'est pourquoi il fut interdit l'année suivante. Il arrivait déjà à la conclusion que la Révolution, commencée en 1789, est loin d'être achevée. Selon qu'elle avance ou qu'elle recule, elle accélère ou arrête la marche de la civilisation.
Celte religion de la Révolution française, prêchée par Edgar Quinet au Collège de France, persécutée avec ses apôtres, a triomphé de nos jours, et sa pure lumière rayonnera de plus en plus.
Il avait donc raison d'espérer un immense avenir lorsqu'il s'écriait, dans une de ses leçons :
Quand même tant d'ennemis qui se concertent finiraient par nous briser avec cette chaire, ce serait aujourd'hui trop tard ! Cet esprit nouveau est désormais en vous 1
Dans une des rares lettres qui portent une date, ma-