INCERTITUDE D' A VENIR. — PROPHÉTIE SUR LA PRUSSE
Je me suis attardée à ces soirées mondaines; elles n'entravaient pas les travaux d'Edgar Quinet. J'ai dit qu'à celle époque il passait toutes ses journées à la Bibliothèque royale ; il venait d'y faire une précieuse découverte, celle des Épopées inédites du xiV siècle^ poèmes nationaux tous fondés sur les traditions celtiques. Son Rapport au ministre, pour signaler l'existence de ces monuments littéraires qui, depuis dix siècles, restaient ignorés dans les manuscrits des bibliothèques, lui valut un déchaînement d'inimitiés étranges. Une polémique très vive scinda le groupe des savants endeuxcamps.
Edgar Quinet a toujours revendiqué l'honneur d'avoir été le premier à éveiller l'attention publique sur les mo-
numents les plus anciens, les plus féconds de notre littérature :
« Je me souviendrai toujours, disait-il, de Taimable colère du très respectable M. Raynouard, auquel M. Fauriel voulut me présenter, pour se divertir, je pense, de ce spectacle. M. Raynouard s'indignait de me voir soutenir qu'il y a des éléments celtiques dans les poèmes du cycle d'Arthus. Cette pensée le mettait hors de lui. Ce qui ne l'empêcha pas de me montrer beaucoup de cordialité sous cette colère d'érudit et m'a fait regretter de n'avoir pas cultivé davantage la société de ce savant homme...
» Si je fus attaqué à outrance, je fus défendu de même. Au premier rang, je retrouve là cemme toujours Michelet ; il fit paraître, dès le commencement de cette petite guerre une lettre concluante. M. Charles Magnin me prêta l'appui de sa critique si savante, si délicate. M. Jules Janin, dans le Journal des DébatSy m'aida de sa verve, de son bon sens, de son admirable tact littéraire. Armand Carrel m'ouvrit le National] M. de Lamennais, que je ne connaissais pas alors, publia spontanément mon Rapport dans l'Avenir» Ainsi nos paladins du moyen âge trouvèrent des champions dignes en tout de eur cause *. »
Tous les points soutenus par Edgar Quinet ont été depuis confirmés et acceptés : le fond celtique des poèmes d'Arthus, l'antériorité des poèmes sur les versions en prose, la différence des cycles marquée par la différence des mètres, l'importance des monuments épiques de