Mémorial iVExUj inédit
artiste anglaise. Edgar Quinet admirait beaucoup le grand musicien, et sa ténacité indomptable dans la lutte. Le succès n'était pas encore venu pour lui; il passait par de dures épreuves, discuté, nié, longtemps refusé avant de franchir le seuil de la gloire. Que n'a-t-il souffert pour son œuvre laDidont Sa situation était vraiment cruelle, ses compositions très peu connues, rarement exécutées : grand sujet d'amertume pour lui ! Edgar Quinet ne pardonna jamais à M. Scudo sa manière injurieuse de parler de Berlioz. Voilà pourtant par quels procédés on retarde la popularité d'un homme de génie ! On ne peut empêcher le jour de la justice d'arriver, et Berlioz est bien vengé. Edgar Quinet le revit à Bruxelles, je raconterai cette entrevue plus tard.
Berlioz me rappelle une anecdote sur Paganinl, qu'Edgar Quinet entendit cette même année 1831 :
« C'était au commencement de mars ; j'avais une place de huit francs, au parterre; je vois encore Paganini entrer en scène avec sa démarche ondoyante, presque en zigzag, grand, mince, pâle, sa longue chevelure noire retombant sur ses épaules ; en tout, l'aspect d'un fantôme. On l'applaudissait à faire crouler la salle. Il saluait, et sa démarche était chancelante comme par le roulis d'un navire. Enfin il commence. Que dire ? Il y avait dans cette salle, dans cette foule compacte, des frissonnements d'admiration, des cris étouffés, des applaudissements près d'éclater et aussitôt réprimés pour ne pas faire perdre un son. Ce délire d'enthousiasme se manifestait en mouvements nerveux, en gestes passionnés. A certains moments, l'orchestre entier se levait et, debout, contem-
plait avec stupeur les effets meneilleux de ce violon. Tous tes artistes n'avaient jamais imaginé rien de pareil, et pourtaùt'il y avait parmi eux les premiers virtuoses dumonde, c'était l'orchestre du grand Opéra.
Paganini étonnait non seulement par les difficultés inouïes créées et vaincues dans son jeu, mais quel sentiment, quelle sensibilité, quelles larmes, quels sanglots dans son archet, dans ces cordes basses qu'il faisait vibrer, en jouant la Prière de Moïse I Jamais on n'entendra plus rien de semblable ^ »