‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 69 sur 150 · Mémorial d'Exily inédit · texte numérisé non relu

Mémorial d'Exily inédit

taires passées à Saint-Paul hors les murs qu'il rappelait volontiers; c'était le but fréquent de ses promenades, il s'y sentait attirépar une force singulière :

« J'errais avec délices dans cette basilique du quatrième siècle qui renferme une mosaïque des plus précieuses, la peinture la plus gigantesque, un Christ de toute la hauteur de l'église; ses pieds touchent le pavé, sa tête soutient la voûte. Je voyais dans cette figure colossale un portrait litu rgique esquissé par les mains d'un martyr. Depuis, j'ai admiré les chefs-d'œuvre du Vatican ; mais rien ne m'a paru d'un effet aussi saisissant que ce Christ du iv« siècle, debout sur les ruines de sa basilique, au milieu des broussailles et des buffles de la campagne de Rome. »

A le voir si ému, qui n'eût soupçonné un éclair de foi? Mais il s'explique là-dessus, dès 1832 :

Pèlerin 'du doute, j'ai fait ce que font les pèlerins de la foi; j'ai visité les tombeaux, j'ai touché dans les catacombes les os des martyrs. Les passants qui me voyaient auraient pu dire: « Voilà un fidèle croyant. » Mais eux priaient et,moi,j'écoutais ; eux adoraient et, moi, je cherchais à comprendre ; et, quand je m'agenouillai comme eux, mon esprit rebelle se tenait debout, au milieu de l'Eglise, e» face de Thostie.

J'aurais pu, comme un autre, prendre pour une marque de foi les amusements de mon imagination ; mais ce leurre plus impie que le blasphème ne m*a point séduit. Entre le poète qui rêve et le fidèle qui croit il y a tout un abîme. Je préfère ne rien croire, je préfère ne rien aimer, plutôt que de croire ou d'aimer quelque chose à demi^

Il revenait souvent sur ce grand Christ, sur ces figures

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