Mémorial d'Éxil, inédit
Revenons au cours de Lyon, que nous avons interrompu pendant les vacances.
Le discours sur V Unité morale des peuples marque Tépoque de la maturité. C'est le morceau le plus XVII* siècle qu'Edgar Quinet ait écrit. M. Villemain en était très frappé et lui disait : «: Vous possédez maintenant ce qui forme la grande manière de l'écrivain, le rythme, le nombre, l'élégance, l'harmonie. »
C'est plutôt par les idées qu'on y retrouve Edgar Quinet ; sa physionomie, sa nature, son vrai style à lui n'y est pas. Ce n'est pas encore le cachet spécial qifi marquera ses ouvrages. Il tenait à démontrer que le professeur de la Faculté de Lyon était capable, après Ahasvérus^ d'un style modéré, solennel, académique, et qu'il savait dérouler la grande période avec ampleur et majesté.
« Jusque-là, j'ignorais l'art de me corriger, de me revoir. Quand j'avais écrit de mon mieux quelques pages, j'avais beau les recopier, je ne voyais pas ce que je devais y changer. Il m'était impossible de découvrir comment je pourrais perfectionner mon travail. Ce qui a développé chez moi le sens critique, ce sont les admirables préfaces de Voltaire à ses tragédies. On acquiert un esprit critique très délié par l'étude attentive de ces préfaces. Je comprends maintenant pourquoi M. Villemain faisait tant l'éloge de Voltaire; il luidoitlesenscritique*.»
Je retrouve plusieurs lettres, relativement à ce cours de 1839, l'une de M. de Salvandy, alors ministre. Il se trouve de passage à Lyon, et écrit à Edgar Quinet :