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DEBUTS UANS LA VIE

de vers el, peut-êlre, de fautes d'addition pour s'v assurer une position sérieuse. Bientôt même, il rompit avec ce qu'il considérait comme un esclavage, non pourtant sans en avoir profité, car il eut plus tard à se rappeler la théorie de la banque et du commerce.

Sa famille se fâcha de la légèreté de ses résolutions. Pendant quelques mois il dut vivre de cette vie sans lendem.iin, qui semblerait être une épreuve nécessaire pour quiconque a un nom à gagner.

Abandonné de tous, n'ayant encore point fixé de but à sa vie, incertain de l'avenir comme du présent, longtemps il vécut dans la plus complète solitude, dévorant en silence el ses douleurs et ses rêves vagues. Un ami pourtant survint qui partagea bravement la moitié de sa peine. C'était un de ses compatriotes, aussi jeune que lui, simple dessinateur sur étoffes ', mais grand cœur d'artisan, digne de comprendre son grand cœur de poëte.

Grâce à sa mère, qui comj'renait l'originalité de sa nature et compatissait à ses souffrances, quoiqu'il ne s'en plaignit point, son père consentit enfin à ne plus le laisser ainsi dans la misère et dans l'abandon, si au moins il ne se refusait pas à reprendre l'étude du droit, qu'il avait abandonnée. Edgar Ôuinet se soumit aux conditions paternelles, à contre-cœur sans doute, car, n'ayant jamais cessé de poursuivre ses recherches dans le domaine purement intellectuel, il se sentait de plus en plus entraîné vers la poésie, la critique, l'histoire, la philosophie, vers les sciences idéales en un mot. Le droit pouvait avoir pour lui l'intérêt d'une étude théorique, se ratlachant à 1 histoiie et à la phibjsophie ; il y pouvait chercher les manifestations du génie juridique des nations et des siècles, — il

' Article de M. Louis llbaili.

composa même un ouvrage resté inédit sur l'interprétation historique et philosophique des lois *; — mais il n'y devait pas chercher le moyen de s'ouvrir une carrière, où tout ce qu'il sentait et pensait se trouverait fatalement comprimé, l'.ien, en vérité, ne le portait à désirer un jour plaider le mur mitoyen ou appeler l'analhème social sur un misérable vagabond. iSéanmoins, grâce à l'effort qu'il fit sur lui-même, grâce aussi à son étonnante facilité, il se tira sans encombre de ses trois premiers examens.

Rentré en grâce, il allait chaque année passer ses vacances auprès de sa mère, au milieu des souvenirs de son enfance, dans cette terre de Certines, campagne sauvage et mélancolique, pour laquelle il a toujours conservé tant de préddection.

La dernière année, il eut le bonheur d'y rester tout un hiver et, durant cet hiver, sa vocation fut arrêtée.

Tout en s'abandonnant à la poésie qui chantait en lui depuis sa première jeunesse, tout en traçant le plan de plusieurs grands poëmes, dont aucun ne devait voir le jour, il se trouva, pour ainsi dire, naturellement entraîné à sonder les profondeurs de la métaphysique de l'histoire. C'est ainsi que sans connaître ni Vico, ni les savants philosophes de l'Allemagne, sans guide, sans modèle, il entreprit de suivre à travers les siècles le développement de l'individu et peu à peu mena à fin une Histoire de la conscience Inimaine et de lu personnalité morale, l'ius lard, il acheva un ouvrage encore plus considérable sur les Institutions politiques dans leurs rapports avec la religion., où les principales époques delà civilisation chrétienne étaient

' Si ces graves éludes élaiciit publiées, « elles montreraient bien, » dit M. Saint-René Taillandier, « quelle [iréparation laborieuse a précédé chez lui les my>liques ivresses de l'imagination. » — Bel' lie (les Deux-Mondes, i" juillet 1858, p. 150.

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