I. DE LA POÉSIK ET DU POËME ÉPIQIE
I/arl est mort, la poésie est morte!... .liiiiiais Ktl^ar (Juillet n'a cessé de prolester contre les iaux prophètes qui annonçaient la fin de la religion dn beau. Ne nons hâtons pas, disait-il il y a vinj^^t ans', « de désespérer de l'avenii'. Si la vie nous échappe, gardons-nous d'en médire. Surtout, ne frustrons pas d'avance les nouveaux-nés dans leurs berceaux. Qu'ils grandissent! ils feront ce que nous n'avons pas su faire. » — Les nouveaux-nés ont grandi. Qu'ont-ils fait?... Comme au début de ce siècle, l'esprit est muet, et rien ne semble promettre que bientôt il parlera. Décidément, l'art est-il mort, la poésie a-l-elle été étouffée dans la boue? >'on, cela n'est pas, cela ne peut pas être. Je reconnais dans la foule quelques âmes héroïques qui s'essayent à prendre leur essor vers le ciel, et j'entends encore résonner à mes oreilles les voix harmonieuses ou terribles des grands poètes d hier. Hélas! ces voix se tairont demain! Qui, à leur place,
' Génie des Religions, Œuvres, i. I. p. 9.%.
Wi l.KS l'dKMKS.
jetlera le cri d'alarme, entonnera le clianl de l'espoir? (jui nous arrachera à nos tristes réalités? qui apaisera la soif d'idéal dont souffre chacun de nous? qui sauvera nos âmes en danger de mort? Jeunes poètes
accablés et méprisés, prenez courage, La matière n est p.is invincible, le soleil brille encore et la nature sourit toujours. Ne vous endormez pas en des lêveries désespérées, n'imitez point ce que l'on a fait avant vous, cherchez et trouvez là-bas, dans les sentiers nouveaux, vers l'horizon infini. L'heure est venue d'enterrer le vieux monde et d'enfanter le nouveau. Chantez l'hymne des funérailles, chantez l'hymne de la résurrection, ô poêles!
La poésie embrasse et domine tous les arts. « Dans son acception la plus haute, elle est, comme dit si bien M. Quinet\ l'accord du passé et de l'avenir ou plutôt l'harmonie éternelle. » Avec elle et par elle, tout s'éveille et tout vit. Sans elle tout est mort. Elle n'est point la religion ; elle n'est point la métaphysique !Mais c'est elle qui élargit les symboles restreints du sacerdoce, et qui les détruit en les transformant, (^est elle qui ouvre la voie à la métaphysique, en volant librement plus loin que celle-ci ne peut aller, vers des cieux invisibles, vers des idées encore insaisissables à la raison connnune.
La poésie est lyrique, dramatique, épique. « La poésie lyrique, dans sa forme la plus pure, est le premier accent de l'humanité éveillée dans l'infini. » C'est alors l'écho des harmonies de la nature naissante et 1 hymne de grâce au Créateur. La poésie dramatique exprime la lutte entre le. (Créateur et la créature. Elle appartient à l'âge mûr des nations, comme l'autre à leur enfance. Enfin, la poésie épiqne, qui précède historiquement la tragédie, réalise
* Voir Essai d'une i lassification des mis. nu lomo X dos OFjirres tomplètes.
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raccord du ciel et de la terre ; la Providence v parle, y agit, et riiomnie, de personnalité restreinte devenant type d'un ensemble d'hommes, n'y tient que d'un côté à l'humanité pour grandir de l'autre jusqu'à Dieu. L'hymne s'adresse plus particulièrement aux croyants, l'épopée aux héros, le drame à la l'unie '.
Une révolution comme celle de 1 789 provoquait naturellement une révolution littéraire. Commencée sous l'Empire, par Chateaubriand et madame de Staël, reprise avec tant de violence et d'éclat durant les dernières années de la Reslanralion et les premières du règne de Louis- Philippe, la révolution littéraire parut tout dabord être en opposition avec la révolution politique et sociale ; car si, d'une pari, elle brisait la tradition, de l'antre, elle la renouait brusquement en arrachant les esprits à l'âge moderne pour les transporter vivants au cœur du moyen âge. C'est pourquoi elle ne réussit pas aussi complètement qu'on lent pu désirer; et, comme l'antre, elle fut tout à coup arrêtée par une réaction qui pourtant ne lui arracha pas tout ce qu'elle avait conquis. L'ancien moule, trop étroit, dans lequel la pensée avait été si longtemps contrainte à se fondre pour devenir acceptable, a été mis en pièces, et jamais on ne pourra le refaire : à la forme conventionnelle une forme libre a succédé, une langue
' Si l'on veut suivre le dévcloppeineiil île ces trois genres de poésie diuis leurs rapports avec les civilisations anliques, il faut lire les chapitres vi, III, V, IV, II. III îles livres 11, III, V. VI «lu Gt'nie des Heligioiis, au tome I*' des Œuvres complètes d'Ed'^ar Quinet. — Veul-on enibuisscîr, dans son eiiseinble, riiisloiro poétique 'le l'Europe méridionale, on doit lire particulièrement les chapitres v, vi, vu, viii, ix. x, iv des livres I et III des Hevohtlioiis d Italie, tome IV des Œuvres complètes. — I.e livre Allemagne et Italie (t. VI) contient un adinirahle résumé de l'histoire de la poésie allemande contemporaine, de fùelhe à Henri Heine; et l'on trouve dans Mes Vacances eu Espagne t. IX) de précieux renseignements sur Je réveil littéraire de l'Espagne et du Portugal, \Xi-l-lTt.
nouvelle a été préparée, perfectionnée, pour le service des nouvelles idées. Si donc les masures et les fausses idoles, élevées sur le terrain pendant la bataille, ont dû être rasées et foulées aux pieds, le terrain reste, et ce n'est désormais que sur lui que l'on édifiera les indestructibles monuments de l'avenir. Révolution politique et sociale, révolution littéraire, l'une et l'autre ont été livrées, au milieu du triomphe, avant leur achèvement. Désormais elles sont solidaires, et il dépend peut-être de la lâcheté ou du courage d'une génération de tout sauver à la fois, art et liberté, ou de tont perdre. Que notre génération y songe !
Victor Hugo, Lamartine, Béranger, Barbier, Alfred de Musset, avaient renouvelé l'ode, la méditation, la chanson, le dithyrambe, le conte, l'élégie, toutes les formes de la poésie lyrique. Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alexandre Dumas, avaient transporté la vie sur la scène, et conquis au plus démocratique des arts des libertés illimitées. Restait-il à Edgar Quinet, l'un des derniers venus, quelque grande œuvre à tenter, ou bien se trouvait-il contraint à suivre les maîtres dans les voies nouvellement battues? Certes, il eût pu, poëte de la nature, de la patrie ou de la douleur intime, laisser déborder en strophes ailées les sentiments dont sa jeune âme était pleine ^; mais il ne se serait élevé ni à la hauteur de Lamartine, ni à celle de Béranger ou de Barbier, ni surtout à celle de Victor Hugo. Il eût pu également essayer de faire revivre, sous la forme dramatique, comme il l'a fait plus tard ', les grandes scènes que lui fournissait l'histoire pour l'en-
' Lire les Bords du Rhin, le Siège de Constantiue, le Combat du poète, eniin la Sirène et le Rhin, au tome VI des Œuvres complète.'), p. ^240. pOO. 4."; au lome VIIL p. 407 et i7C.
- Eu éciivaut les Esclaves.
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seignenient du présent ; mais, au théâtre, la place était déjà prise, et, sans doute, il s'y fût trouvé moins à l'aise que ses rivaux, retenu par son inquiétude savante de la réalité des faits, emporté au delà des bornes du possible par la fougue de son imagination. Ambitieux, non de forcer l'éciio à répéter son nom, mais d'accroître le domaine du génie de son pays, Edgar Quinct sortit vaillamment du double cercle de la poésie lyrique et draniati({ne, et, à ses risques et périls, il entreprit d'ajouter le diamant de l'épopée à la couronne littéraire de la France démocratique.
Les Français n'ont pas la tête épique ! Les étrangers l'ont dit et r^dit, et les Français les ont crus sur parole. M. Quinet a tenu à prouver que nous avons la télé assez large pour concevoir comme les Allemands, les Anglais ou les Polonais contemporains des œuvri's du même gem-e que la Messiade, Oberon, les deux Faust, Child- Harold, Maufred, Gain, les Aïeux ou Conrad. Mais, alin d'ôtcr à une pareille tentative le caractère individuel qui eût pu d'avance en conq)romettre le succès, il s'efforça de lui trouver une base solide dans notre histoire nationale. Il fouilla nos bibliothèques avec tant de persévérance, (ju'il y découvrit des poèmes du douzième siècle, restés jusqu'alors ignorés de tous les savants, et dont il put déterminer le caractère essentiellement national et éminemment épique '. Grâce à cette découverte, contestée naguère, admise aujourd'hui, l'histoire de la poésie française remonte jusqu'au milieu du moyen âge, et, débutant par les poèmes des cycles d'Arthur et de Charleinagne, notre littérature n'a pas des origines moins
' I8.">1. Di's Kpoptfes françaises inédites du donzième siècle, tome IX «les Œuvres complètes. — l'our la poli'miijuc à laiiiicllc celle ilucouverle a '.loiiné lien, voir ci-<lessus, p. ">i cl .15.
illustres que l'italienne, l'espagnole, l'allemande ou l'anglaise \ En celte Histoire de la poésie, qui est une de ses œuvres les plus neuves, M. Quinet a, pour la première fois, démontré comment la poésie française se divise en deux époques, l'une toute féodale, l'autre toute royale, et pourquoi ces deux époques sont absolument distinctes, ce qui constitue notre originalité littéraire, car nous sommes ainsi le seul peuple dont la tradition soit double. Entre la poésie féodale du douzième siècle et la poésie royale du dix-septième, il y a un abîme, et c'est dans cet abîme que la seconde est née, dès que la première a achevé de mourir. Faut-il regretter que le siècle de Louis XIV n'ait pas continué l'ébauche épique du moyen âge, ait rejeté tout le passé national? Il est malheureux, sans doute, qu'un Homère n'ait pas rassemblé en un poëme immortel le génie épars dans les' œuvres des trouvères; mais, d'un autre côté, il était nécessaire que la France, « appelée à abohr le moyen âge dans les lois et dans les mœurs, » commençât par « l'abolir dans les formes delà poésie. Sa littérature a été, comme ses institutions civiles, un acte de choix et de libre arbitre, non de nécessité et de tradition. » Loin de répudier le grand siècle, Edgar Quinet ladopte avec un tel enthousiasme, qu'il le nomme « le génie même de la F'rance^. » Mais ce qu'il y admire principalement, c'est l'universalité acquise, depuis lors, à la poésie française, jetée tout à fait en dehors et de l'inspiration féodale et de l'inspiration ecclésiastique. A cause de cela, en effet. Corneille, Racine, Molière, et Boileau, qui croyait le catholicisme inconciliable avec la poésie, ont triomphé même en 178-),
' Aux cliapilres ix, x, xi, xn, xiii de V Histoire de la poésie, tome IX des Œuvres complètes.
* Histoire de la poésie, cliap. xiv.
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inêiiie en 1795 \ et l'on a vu, plus lard, les libéraux défendre l'école classique, tandis que leurs adversaires soutenaient le roinantisine naissant. Ce n'est guère qu'après la lutte que la conciliation a pu se faire entre la liberté dans larl et la liberté dans la cité: et, certes, nul écrivain n'a plus contribué qu'Kdgar Quinet à amener cet heureux résultat. Il a même fait davanta<ie : en son style, comme en ses idées, je crois retrouver les deux écoles ennemies, enfin rapprochées. Ses poèmes, notamment, quoique ayant pour but d'indiquer à l'imagination française le sommet d où elle est descendue depuis le moyen âge, sont animés, non des idées d'hier, non des idées d'aujourd'hui, mais des idées de demain. La scienci' des litléiatures étrangères, tant anciennes que contemporaines, s'y unit aux audaces les plus personnelles, et la forme ne perd rien de son originalité en se drapant parfois à la manière antique. Kdgar Quinet, en effet, a trop appris et sait trop pour imiter servilement ou subir, malgré lui, une influence quelconque. Sans doute, en disséquant ses œuvres, on y retrouverait, ici l'Italie du Dante, là le Portugal de Camoëns ou l'Espagne de Calderon, ici et là surtout l'Allemagne de Herder et de (îcethe, mais transformées par un génie individuel à la fois et français, c'est-à-dire univer- .sei. Dans ses études littéraires et politiques sur les peuples étrangers, 31. Quinet poursuivait un idéal très-élevé : I union du ^ord et du Midi, de l'Orient et de l'Occident. Cette union se trouve réalisée en ses œuvres poétiques.
Si maintenant l'on veut savoir quelle muse de l'antiquité a été choisie de préférence par le poëte j)our guide et divin modèle, il faut lire les belles éludes qu'il a consacrées à la
' Ll Christ iauismi' cl la Ki^ivliilioii. iloiuiciue leion, fin;— au tome III rie- Utiires complètes.
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poésie romaine et à la poésie grecque '. La muse romaine, « fille de ravisseurs, » comme il la nomme dans une trèsbelle ode, n'est point sa muse ; il la repousse de son toit, il lui ferme son âme, car, sans ailes, moins belle que riche, triste imilalrice, elle n'est qu'une « parasite à la table d'Homère. » Il ajoute :
Tous les jçi-ands ciseleurs d'une vide parole, Tous les beaux désespoirs qu'une rime console, Tous les prophètes faux dans leur vaste cité, Des poêles sans cœur les rampantes extases, Tous les limeurs de mots, les courtisans de phrases, Sont ta postérité
Que feraient sous nos toits tes petits dieux de plâtre. Et tes lares gourmands qui, rangés dans ton àtre, Nous cachent l'univers?
Maudit! maudit cent fois le poète parjure Oui, le premier, livrant son aile à ton injure, Voudrait tout ra nener aux lois de ton ciseau, Et, prenant ta quenouille où ta main l'a laissée.
Dans ton froid gynécée.
En rimes fderaitun servile fuseau!
L'archétype, duquel Edgar Quinet tiendrait à rapprocher son œuvre, ce n'est donc point VEnéide de Virgile, c'est le double poëme d'Homère, V lUade etV Odyssée ^ cette « Bible de l'art, » comme il dit. Le mélancolique Virgile a été l'initiateur du moyen âge ; aux Dante d'une époque plus robuste, il faut un conducteur plus fort, et c'est de l'Olvmpe d'Homère, non (in l'anlhéon de ses imitateurs, que jaillit la véritable inspiration épique. L'Inde avait chanté la nature tout entière, son épopée avait eu pour sujet le spectacle de l'éternelle création. Mais c'est avec la
' Histoire de la Poésie. — Les systèmes allemands sur la non-exi>lente irilomi're et sur 1" épopée des trois premiers siècles de Rome s'y trouvent iliscutés, réfutés avec une étonnante profondeur de critique [ch. i à ix).
DE I.A rOÉSIE ET IW l'OEME ÉI'IOl E. WO
(ircce, avec Homère, que coiiiiiieiKe, dans le poëine. l'action héroïque de l'homme. En hii se résument toute une race et l'idée mère de toute une civilisation : l'avènement et l'apothéose de la heauté physique el morale de l'homme dans le paganisme. Home, par V Enéide, ne l'ait ({u'ajouter mi épisode à V Iliade. De nouvelles races apparaissent dans le monde, et une ère nouvelle commence : le mouvement épique des Barbares, le poëme païen et chrétien des ><ibelungs, est la représentation, plus vraie et plus profonde que l'histoire, du mouvement germanique, de la grande Invasion à la constitution de la féodalité'. Nos poèmes ecclésiastiques et chevaleresques signalent l'éclosion de la société du moyen âge el son épanouissement. La Comédie divine du Dante parait alors, interprétant avec une souveraine audace le dogme catholique, découvrant eu même temps pour l'âge qui va naître le seuil de la vie nouvelle.
L épopée, auparavant, avait été uniquement I écho d un [)euple, d'une race, Timage d'une certaine civilisation. .Maintenant, pour la première fois, servant de déuoùment non [»as à une seule des épopées précédentes, mais à toutes à la fois, elle va devenir réellement humaine et cesser d'être française, allemande ou grecque, en particulier.
« La Coinédie divine ileUnnUMlit M. Quinot, sera ainsi le premier ;icle irune sorte de jugement dernier, où s'expliqueront et se reconnaîtront à la lueur de l'esprit universel les mé|)rises, les fausses alliances, les groupes épars dune action que les siècles ont eux-mêmes compliquée à dessein. Dans son géine abstrait, la Comédie divine n'aura pour dénoùment ni la prise d'une ville, ni la vengeance d'une tribu, ni lu migration d'un peuple, mais la loi progressive du inonde civil, une Troie idéale, la cité de l'Éternel. »
' Hisloiie de la poésie épique, cli. x à xtm.
Le cycle nouveau est ouvert, et le poëte épique de l'ère moderne, issu directement du Dante, a pour mission de « dégager des voiles mystiques de la Divine Comédie^ du Paradis perdu et des saints Livres du christianisme, le côté réel de T humanité, comme V Iliade a extrait la figure grecque du système des épopées symboliques des Achéens et des PélasgesV » Sans cesse la nature transforme l'homme, le passé a préparé le présent et le présent prépare l'avenir. Tout en restant elle-même, l'humanité, d'ébauche en ébauche, grandit au mUieu de ses propres ruines. Cette personnalité mobile du genre humain, inconnue aux anciens, ce Progrès, dont la notion date d'hier, voilà ce que, selon Edgar Quinet^, un Homère devrait aujourd'hui reproduire en ime immense Iliade. Pour accomplir cette œuvre, le poëte n'a point à se soumettre à telle forme plutôt qu'à telle autre, à accepter ou à répudier exclusivement certaine tradition. Antiquité, moyen âge, monde moderne, la science, de nos jours, a retrouvé « la trame entière du passé. » 11 appartient à la poésie de recueillir l'héritage de la science et d'en profiter pour augmenter à l'infini la puissance de ses ailes.
« Après avoir, dit M. Quinet, été successivemonl théociatirjue, ari.>«tocratique, monarchique, si l'art su faisait aujourd'hui précurseur de l'unité sociale à laquelle sont conviées toutes les démocraties modernes; sans se laisser aveugler par Tespi-it de système, si l'artiste, lidèle toutefois aux traditions et au génie de son pays, étendait ces traditions et ce génie de telle sorte (|u'ils devinssent l'expression non d'un homme, mais d'un peuple; non d'un peuple, mais de tous les contemporains ; non d'un moment de l'histoire, mais de tous les âges de l'humanité, croit-on que cette carrière, ouverte du reste à nos descendants, fût stérile ou indigne d'occuper les loisirs d'un homme de nos jours ^? »
' De l'Origine des dieux, ch. n, au tome I Ae.i, Œuvreu complèles. - Prélace-i de Promëtlie'e et de Napoléon, t. VIII des Œuvres complètes ^ l' ré l'a ce de Prométhee.
AIIASVERI'S. ill
.Non, et )I. Qiiinet a eu raison d'écrire ses poërno. l'iciiaiit pour devise le mot d'un grand penseur américain : Le vieux est fait pour les esclaves^ ! il s'est vaillamment élancé dans une route abandonnée. Nul ne l'y a suivi. Il v reste seul. 31algré 1 indilTérence du temps présent, l'avenii l'y retrouvera, et ses audacieuses épopées serviront au moins d'ébauches à d'autres, (lertes, rien n'est grand, rien n'est héroïque, rieu n'est é|)ique aujourd hui. Mais, demain, qui sait'.' on reverra peut-être ce que nos grandspères ont vu, on achèvera ce qu'ils ont commencé. Heureux ceux qui pourront cnd)rasser la Révolution dans son ensemble, ouverte et fermée par un élan des cœurs tel que celui de 1789! (Certes, ceux-là, pourront avoir la tète épique et les poëmes que leur imagination, surexcitée par les grandes choses réelles, construira des grandes cho.ses idéales seront comi>ris non de quelques honuues^ mais de tout un peuple et de l'humanité.