‹ Edgar QuinetChapitre 110 sur 122 · NAPOLEON · texte numérisé non relu

NAPOLEON

Vous n'ainioz rien que vous , et de vos c|)erons Toujours vous liaicelez le flanc des nations. Craignez fju'en se cabrant l'indocile cavale i\e vous fasso vider la st'lle im|iériale...

Mais l'Eniperenr ne veut pas entendre. Au laite de la gloire, le vertige l'a pris. Il se divinise lui-niênie, délie la falalité et joue son euipii-e à croix ou pile. Le monologue oîi ces idées sont expriniées est d'une grandeur véritable. Là, )L Quinet senddc avoir, connue disait (iustave Planche, « pénétré dans la conscience même » de son héros.

Tout s'assombrit dans le poëme. Le pape, délivré, lance l'anal hème à son ancien geôlier. iN'apoléon répudie Joséphine, « son étoile. » A Saragosse, la vieille Espagne aiguise son poignard. « Sous l'orme de Leipsick, » la (iermanie rcssuscitée s'élance dans « la danse du glaive. » .Moscou s'enflamme, et, à la poursuite des fuyards, l'Hurope entière inonde la France, l'ar deux fois noire frontière sacrée est violée.

Et maintenant c'est Thcure où la terre des Gaules Gémit, comme une liariic, à l'ombre des vieux saules...

Toutes ces scènes de vengeances et de deuil sont reproduites par le poêle avec une énergie sublime. Il y a là des élans de |)atriolisine, des éclats de poésie, qui sauveront l'œuvre de l'oubli.

(lu peut sonder la profondeur du bonapartisme de .M. Quinet on lisant ce testament du héros épique, puni à Longwood de son ambition :

.le lègue en ma pensée : aux peuples ma couronne; .Mon orage éternel au ciel qui m'abanilonne, A cliacpie joui' qui luit mon pesant souvenir, Ma gloire au genre humain, mon œuvre à Tavcnir. Je lègue à mon enlaul luii; place en ma tombe ; Et mon orgueil au Ilot qui s'élève et retombe ;

452 LES POKMKS.

De mes piojels nltiers le sable à rocé;m ; De mes mille désirs la poussière au néant ; Au sommet sourcilleux le vent de ma colère. Et mon nom à Técho, mon trône nu ver de terre.

lui somme, Napoléon, au point de vue purement artistique, est une œuvre remarquable, mais de beaucoup inférieure à Ahasvérus. ]\1. Quinet, en prose si grand écrivain, semble' j^êné par le vers, au point de rester dans l'expression au-dessous de sa propre pensée. iNéanmoins, emporté par le lyrisme de son imagination, il arrive souvent à écrire des morceaux merveilleusement rbythmés et qui sont, non d'im versificateur babile, mais d'un vrai poêle. Prométhée et surtout les Esclaves marquent, sous le rapport de la forme, un progrès considérable. Dans Napoléon on sent trop le travail, on le sent moins dans Vrométhée; dans les Esclaves on ne le sent presque plus, la pensée a fini par ilompler l'expression rebelle.

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