‹ Edgar QuinetChapitre 112 sur 122 · PROMÉTHÉE · texte numérisé non relu

PROMÉTHÉE

la ilivinifé de Jéhovah, seul maître responsable, le drame intérieur commence ; les lamentations de Job, injustement frappé, se l'ont entendre, et leTout-ruissanl accusé ne sait qu'éblouir son accusateur du spectacle de ses œuvres, le terrifier de la crainte de sa colère. Job, non convaincu, n'ose point essayer de résoudre l'insoluble proldèmo : il s'arrête dans le doute et se tait. En Grèce, Prométhée, cliàtié par Jupiter parce qu'il a fait le bien, parce cpi'il a enseigné la parole, la justice, les arts célestes aux premiers lionmies, Prométbée est déjà moins naïf (|ue le pauvre Job. Quoi(jue cloué au rocher, sur le somnici du mont sacré, il lance contre ses divins bourreaux une imprécation terrible, et, sous le bec du vautour, il ne se dédit pas. D'un mot de repentir, d'un signe de regret, il pourrait obtenir sa délivrance, il refuse de prononcer ce mot, de faire ce signe. Qu'enfin les Olympiens lui commandent riiuniilité au milieu des éclairs, il les brave, il prophétise leur chute ; sa volonté seule est aussi foite (jue l'Olympe. Cependant, à tous les dieux antiques, le Dieu moderne a succédé. Voici d'abord Hamlet, qui, à l'asjject du crime Iriomphanl, doute du Dieu catholique. Son « froid sarcasme » est pire cent fois que les lamentations courroucées de Job et les imprécations de Prométhée. C'est que son scepticisme d'esprit a pour racine l'irrémédiable scepticisme du cœur. « Je ne sache rien de plus profond, dit avec raison M. Quinet, que d'avoir fait dépendre le doute absolu de la nécessité de douter de sa mère. » Hamlet n'a rien de la violence antique, son mal est si grand, qu'il en rit. « Un fantôme errant sur les tlébris de l'intelligence humaine, voilà tout Hamlet.» Douteur absolu, il réunit Dante à Voltaire, il résume, annonce, dépasse les briseurs de songes, Arioste, (Servantes, aussi bien que Rabelais, et de son sarcasme fait le vide,

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car « ce sarcasme est froid comme l'éclat de rire d'un spectre, dans une tombe. » Y a-t-il encore un pas à faire dans le doute? Oui, et ce pas, Faust le fait. Faust, « c'est l'incarnation de l'humanité actuelle tout entière, qui, infatuée de science, est devenue fataliste, et, au milieu des tourments de tant de questions irrésolues, fait son apothéose dans les larmes. » — En ces quatre types immortels : Job, Promet bée, Hamlet et Faust, M. Quinet voit « toute l'histoire du cœur de l'homme aux prises avec la religion. » Et cette histoire n'est point achevée, chacun de nous la continue, jour par jour, luttant, luttant sans cesse avec soi-même, pour croire ou ne pas croire. Faut-il s'en plaindre? Non, il faut s'en réjouir; la vie est à ce prix.

« D'ailleurs, s'écrie Edgar Ouinet en terminant son admirable tableau de la torture intime de l'humanité, d'ailleurs, il n'est pas vrai que tout scepticisme soit stérile; il est un doute fécond comme il est une douleur féconde. L'Ancien Testament, dans ses chants de désespoir, contenait le Nouveau. Le livre de Job a eu pour réponse l'Evangile. Le poëme de Piométhée enfermait implicitement le platonicisme des Pères grecs, et il a trouvé sa solution dans le monde moderne. Qui sait quelle réponse l'avenir prépare aux énigmes proposées de nos jours? Ne nous effrayons pas trop de ces abîmes qui s'entr'ouvrent tout à coup sous nos pas. Il en sort quelquefois d'éclatantes lueurs, qui ne sont pas celles de l'enfer. Ni la croyance ni le scepticisme ne sont épuisés : l'une tt l'autre enfanteront des joies et des douleurs nouvelles. On verra d'autres Job, d'autres Promcthée, d'autres Faust, qui ne cesseront de chercher d'autres cieux et entreront plus avant dans les régions désolées ; car le doute est aussi un instrument de la vérité, et c'est pour cela qu'il est indestructible comme elle *. »

Ainsi est révélé le secret de l'àme du poëte. Edgar Quinet doute, comme tous les hommes de son siècle; mais son scepticisme, au lieu de lui donner le vertige du néant, lui inspire la passion de ce qui n'est pas, l'amour de ce

* Génie des religions, 1. V, c. v.

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(jui doit être. Dans Ahasvérus, il avait voulu peiiulre lliuinanilé entière, maudite, doutant d'elle-niènie, par laniour se rachetant de la malédiction, et se sauvant du doute par l'espoir infini. Dans Prométhéc, œuvre moins générale, il approfondit ce qu'il n'avait qu'indiqué précédemment : il choisit un certain âge du monde, il fait revivre une individualité légendaire, et ce(te personne vivante, ce proplièle, « figure de l'humanité religieuse, » ouvre sa conscience et y montre le drame intérieur de la foi et du doute, de l'éternel supplice aitoutissant à l'élernellc délivrance.

Les tragiques de l'antiquité n'avaient compris de Proniélhée que le hlasphème et l'analhème. En vain, s'otaientils essayés à délivrer le Titan, martyr. Des dénoiuuents cherchés par Eschyle, Sophocle, Euripide, il ne reste rien ou presque rien. Pourquoi? Sans doute, parce que le génie de ces grands hommes avait été impuissant à trouver le mot de l'énigme. Tant que subsistaient les dieux de l'Olympe, leur victime ne pouvait, sans leur céder, sans se renier elle-même, briser ses chaînes matérielles et morales. Il fallait, pour que Prométhée s'affranchit de la n)alédiction de l'Olympe, qu'il n'y eût plus d'Olympe. La tragédie du Caucase n'avait pas de solution avant la tragédie du (jolgotha. C'est à cause de cela que les Pères de l'Eglise, et notanunent TerluUien, n'ont pas hésité à l'aire de Prométhée un Christ avant le Christ. A leur exemple, unissant les deux traditions, la chrétienne à la grecque, M. Quinet reprend le m\lhe antique, le conq)lète, le trans|)orte au sein du monde moderne, et, dans la bouche de l'éternel prophète, met de nouveaux oracles.

l ne ra[)ide analyse fera conq)rendre toute la grandeur et toute la nouveauté de celte dramatique épopée, qui n'a de classi(pie que le litre et la forme.

Sur le bord de l'Océan, aussitôt après le déluge, Pro-

mcthée a recueilli le limon primitif, et déjà il en a ébauché des figures humaines de tous les âges, qui apparaissent, immobiles, dans les bois, dans les cavernes et sur les flancs des montagnes. Pour l'heure, seul sur la terre, il modèle son chef-d'œuvre, une géante. Type de la beauté souveraine, mais encore aveugle, muette, sans soupir, sans battement du cœur, elle « n'attend plus que la vie. » I^e Titan lui communique son àme. Elle s'éveille. Sa première sensation est celle que dut éprouver l'humanité à sa naissance. Elle cherche à se connaître et se retrouve en tout, dans l'arbre, le nuage, l'air ; la nature entière lui semble être elle-même, elle ne s'en peut distinguer. Le Titan lui donne un nom : Hésione. iN'cst-ce pas sa propre voix qui a parlé extérieurement? Peut-il être un autre nom que le sien? Lorsque Prométhée s'est nommé, elle lui demande :

D'un autre nom que moi pourquoi t";ippelles-tu ?

11 se laisse voir et peu à peu elle comprend qu'il est et qu'elle est. Dès lors, elle vit. !Mais qu'est-ce que vivre'.' Prométhée lui répond :

Dans tes bras de géante où dorment le.s chimères, D'abord tu berceras des peuples éphémères; Tu nourriras de lait les cités aux berceaux. Mais, les larmes bientôt coulant en longs ruisseaux. C'est toi qui gémiras sur la première tombe

Et il ne lui dissimule rien de ce qu' « il en coûte de naître, » le travail, la douleur, le rêve incessamment poursuivi et le désespoir après la vaine recherche.

Libre dans Funivers, esclave de toi-même, Entre le ciel et moi, l'autel et le blaspi]ème. Tu choisiras tes dieux; tu le peux, tu le dois. Et de ta volonté tu porteras le poids.

PROMÉTIIÉF.

i.Vi

11 lui montre les fils qui naîtront d'elle, — l'humanité, — promis d'avance à la mort, trop fiers pour ol)ôir, trop faillies pour lutter, accablés parlescieux et en eux-mêmes soulevant des lenipêles. Contre elle et sa race les dieux ennemis se sont ligués. Promélhée seul est avec elle. Veutelle vivre ou mourir? — Vivre, se hàte-t-elle de répondre, et, jetant les yeux autour d'elle, elle salue la nature souriante :

Tout m'aime, tout me plaît et m'aiuiera toujours !

La scène change. Prométhée marche sur les cendres refroidies du volcan de Lemnos. Des tlols de lave s'échappent du cratère et la montagne tremble, ébranlée par le marteau des Cyclopes, qui travaillent en rhantant :

Des (lieux fondons la cuirasse; Qu'un dur acier les embrasse Pour cmousser ta menace D'un invincible avenir.

A des dieux privés d'armures Tous les coups sont des blessures ; Couvrons d'acier leurs ceintures, Les dieux ont peur de mourir.

Prométhée, gravissant la montagne enflammée, fait appel aux dieux de l'avenir pour qu'ils le couvrent de leur ombre. Le voici « au foyer de la création, » Les Cyclopes ont achevé leur travail ; ils se taisent, afin de ne point réveiller les dieux qui dorment, et s'endoruient eux-mêmes. Prométhée lance alors un superbe défi à « Jupiter-Scarabée ; » il se penche sur le bord de l'abîme, il puise du feu sacré, et s'enfuit.

Sur les ordres de son créateur, Hésione poursuit la feuille errante, assemble les branchages blanchis, et, pour la première fois, est construit le foyer. Réchauffés par l;i flamme qui pétille, les modèles humains, épars aux alen-

tours, s'animent, accourent. — D'où venez-vous? leur demande Hésione. — Us ne savent, ils viennent d'où vient l'étoile, la bruyère, l'herbe, le roseau, l'onde murmurante. Nés comme Hésione, « de l'argile et des pleurs, » ils sont ses sœurs et ses frères. Us n'ont encore ni passé ni mémoire, ils s'appellent tous d'un même nom. Et, « où vontils? — A la mort. » A cette triste pensée une autre aussitôt succède : sur le sein des femmes, le nouveau-né boit la vie, il pleure, il bégaye, il sourit ! — Dans la foule on distingue les rois, qui ne savent où conduire « leurs rudes troupeaux , » et les prophètes qui donnent l'essor à « l'hvmne ailé. » — A ces hommes, si divers, auquel il a tout donné, jusqu'à l'espérance, « cachée au fond de tous leurs maux, » jusqu'au feu, « père des arts, fils de la liberté, » Prométhée demande :

Que vous fa ut -il encore?

Ah ! donnez-nous des dieux !

Les Cyclopes, en ce moment, se réveillent. Us voient avec effroi l'humanité naissante envahir et profaner le domaine immaculé des dieux. De leurs cris ils avertissent le ciel du vol de Prométhée.

La première partie du poëme n'était qu'un prologue. Nous sommes au cœur de l'action. — Au nom des douze Olvmpiens, Némésis ordonne aux Cyclopes de clouer Prométhée sur le sommet du t'aucase. Des anneaux inusables retiennent le ravisseur du feu éternellement attaché au roc éternel. Mais son corps seul est enchaîné. Ne pourrait-on pas enchaîner son àme et, comme ses membres, briser son orgueil ? Oui lui arrachera le souvenir? Le vautour sera-t-il assez affamé pour fouiller jusqu'au fond de sa poitrine, là où gît l'espérance? Non, et c'est ce (pli

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désespère >7'niésis. LesCyclopes,qui lui ont ohôl h controcœiir, semblent railler l'inipuissancc îles Olympiens, ils regrettent Saturne et les anciens dieux. >'émésis les engloutit et remonte vers le ciel.

Prométliée est seul. Se plaint-il ? >'on.

Je suis content; j'ai fait ce que je voulais faire. Mon œuvre parlera si mon cœur doit se laire. Dieux sourds, voyez ! je ris; que sert de m'en cacher? Car, de ces mêmes mains qu'enchaîne le rocher, Tout un monde est sorti qui vous hait et qui m'aime.

La première voix qui monte vers le Caucase est cellt> de l'Océan, ému des souffrances du Titan. Prométliée l'interroge. Il a hâte de savoir ce que sont devenus les hommes. Itedisent-ils son nom? — Les hommes l'ont oublié, et ce sont les dieux, ses ennemis, qu'ils adorent, car

Toujours dans le |)liis fort ils voient la récompense.

Kt l'Océan ajoute :

De laveui^le avenir, enlin, qu'espères-tu? Les dieux possèdent tout...

Rxcepté l'inconnu !

interrompt Frométiiée. (jue l'Océan le convie à prier SOS bourreaux, lui, il réserve son encens pour dos divinités plus puissantes. Ses ennemis ont vaincu l'Lnivors, mais le Titan reste insoumis. Ln dépil dos vautours, en dépit de ses cbaînos. son àme est libre. Que lui importe d'être seul ! Le droit reste avec lui.

L'Océan .s'est retiré, prenant en pilié l'orgueilleux insensé. Du flanc de la montagne, un cri s'élève. Ilésiono, épuisée, ne peut se rapprocher de Prométliée. i'JloiidiH' dans le ravin, elle imj)lore celui qui l'a l'ail naître, car elle sent ([ue sa vie est épuisée, (t elle vont renailio encore. — PrométbéOj impuissant, la voit niourii- !

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Cependant les Sibylles sont venues chercher l'inspiration sur le Caucase. Muettes sur leurs trépieds, au milieu des foules qui affirment et qui nient tout à la fois, désertent les aulels, et n'en élèvent pas d'autres, elles demandent au Titan s'il ne voit pas de meilleurs jours. — Une grande joie illumine l'âme désolée de Prométhée. Ce que lui disent les prophétesses du genre humain ne prouve-t-il pas que les dieux vont périr? Par delà son Caucase, il voit apparaître un autre Caucase, et sur ce mont de malheur un jeune Dieu qui bénit l'univers, et le délivre lui-même... Les Sibylles ne comprennent pas, refusent de comprendre. D'ailleurs ne voient-elles pas un des Olympiens, Hermès, descendre des nuées, et s'avancer vers l'audacieux blasphémateur?

Que Prométhée nomme ce Dieu nouveau qui doit briser l'empire de l'Olympe! — Mais le Titan ne veut pas répondre. Avec un superbe dédain, et malgré les supplications du chœur des Sibylles, il reste muet. — D'un seul mot, tu peux te racheter, lui dit Hermès. — jNon, il ne dénoncera pas l'enfant de l'avenir. — Que l'aigle donc vienne achever l'œuvre du vautour ! — « Dieu ne peut me tuer tout entier! » crie encore Prométhée. — Au bruit du tonnerre, à la lueur des éclairs, les « douze immortels s'abattent sur leur proie. »

La douleur a été trop profonde. Le cœur de Prométhée est vide, et c'est lui maintenant qui se ronge lui-même. Le monde rit du faux prophète. Si le monde avait raison?

Grands dieu.\! si par hasard vous étiez immortels!

Le Dieu attendu est si lent à venir ! Et puis, « ses doigts l'ont-ils touché? » S il venait, serait-il moins cruel envers lui? En vain l'aigle l'a mordu, il a « ri sous lo vautour. » Mais sa pensée a chancelé dans le doute, elle a

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ouvert en lui-même une plaie qui ne peut guérir. Les dûu/.e immortels sont restés impuissants contre leur ennemi ,

Mais Prométhée a seul subjugué Proniéthée.

Les Sibylles, qui refusaient de croire à la grande espérance du Titan, résistent à présent à son inmiense désespoir. Elles ont soif de foi et d'immortalité. Elles osent briser « 1 "autel de la Peur. » Le Dieu nouveau « gonfle leur poitrine ; » des yeux de l'âme, elles le voient ; elles le sentent en toutes choses. Qu'il vienne donc, le rédempteur! LUes l'attendent en le priant.

Cette prière qui termine la seconde partie de l'épopée est un morceau lyrique d'une élévation peu commune. Du reste, tout le combat de Prométhée avec les dieux et avec lui-même, suivi par le chœur des Sibylles, compose un tableau admirable, moderne par le mouvement, antique par la majestueuse sérénité de son ensemble.

La troisième partie s'ouvre par un dialogue entre les deux archanges Michel et P»apbaël. V.n volant à la surface du monde, ils ont surpris les mouvements secrets des cœurs; ils ont entendu les sanglots, les soupirs des cités; tout leur prouve que le monde est prêt pour la bonne n(»uvelle. Ils aperçoivent sur le sonnnet d'une montagne un géant crucifié, lis replient leurs ailes, et tlescendent vers cet inconnu, dont le visage rayonne comme le leur. Le Titan est anéanti par la soulîrance. Qu'est-il'.' D'où vient-il? 11 a tout oublié. Aux douces paroles de ses deux visiteurs, peu à peu il recouvre le souvenir et bientôt il peut leur raconter sa terrible histoire. Dt's ombres entourent son berceau. Qui fut son père? Quelque temps il erra par la solilude universelle, le sentant partout et l'appelant en ses élans d'amour. L'âge Unit i)ar « liriser

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l'aile (le ses rôves divins. » Orphelin, il perdit jusqu'au sentiment fdial. TJn jour, s'ciiaranl loin des cieux , sur l'Olympe il trouva les dieux assemblés. Admis à partage)leur couche et leur nectar, il se lassa vite de ces vanités. 11 quitta les Olympiens en riant de leur folle divinité et visita l'abîme. Au milieu du monde encore vide, il rêva tout à coup de le peupler. De l'impur limon, il ébaucha des êtres, et le premier d'entre eux, un demidieu, il l'anima de son àme. Pour les autres il déroba le feu sacré, et, dès qu'ils respirèrent, les arracha à la fatalité et leur enseigna les premiers arts.

J'ai trop aimé, jieut-étre aimé-je trop encore. Voilà, voilà pourquoi ce vautour ine dévore, Et pourquoi sur ce inoiit, deux fois déifié, Des mains de Ju[)iter je suis crucifié.

— Jupiter est toiubé de son ciel, dit l'archange Michel aussitôt que le Titan a achevé son récit ; les dieux idolâtres sont détrônés, « l'Eternel a leconquis les cieux ! » — Mais Prométhée n'y peut croire. Il a trop longtemps espéré. Dans son doute, il va jusqu'à craindre que le dieu nouveau, connne les autres, ne soit fécond en promesses...

— L'un des archanges l'interrompt en brisant ses entraves au nom de Jéhovah , tandis que, d'un coup de flèche, l'autre tue le vautour. — Si ce n'était qu'un songe, s'écrie Prométhée, libre, doutant encore...

A ses pieds, il aperçoit les anciens dieux qui demandent à renaître pour réparer le mal qu'ils ont fait. Comme le peuple aux rois détrônés, Prométhée leur répond : « 11 est trop tard! » Les dieux ne demandent plus qu' « une place ])ûur ramper. » Les archanges les chassent avec mépris. En se retirant, les dieux lancent l'anathèiue à Jéhovah, leur vainqueur :

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