‹ Edgar QuinetChapitre 14 sur 122 · HA:^\1;I\US 3T · texte numérisé non relu

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qu'à son retour de Grèce. Passant non loin de Bourg, il voulut revoir cette terre de Certines, où s'étaient écoulées les meilleures années de son enfance, et que sa mère avait été forcée de vendre pendant son voyage. Mais il ne trouva qu'un informe amas de poutres brûlées et de pierres noirlies. La Bande noire avait incendié le vieux château ! ... A l'aspect de ces ruines, il éprouva une de ces foudroyantes émotions que l'on n'oublie jamais^ 11 n'en a ressenti de plus terrible qu'une vingtaine d'années après, — quand il vit s'écrouler les nobles espérances dont jusqu'alors il iivait vécu.

Cependant il continue à préparer les grandes œuvres que depuis l'enfance il projette. Dans les journaux, dans h's revues, il sème en même temps divers articles, qui allestent qu'il n'est pas un seul instant resté étranger aux luttes politiques et littéraires de son époque.

Ainsi, étudiant les arts de la Renaissance, à propos de l'église de Brou*, il aflirme, il prouve que le moyen âge, tout entier. « est le culte de la mort, » il s'efforce de détacher ses contemporains de l'admiration périlleuse de « ce

«rrand tombeau, » et les convie au nouvel amour.

D'autre part, recueillant l'émotion qu'il a éprouvée en visitant le champ de bataille d'Arcole (juin ISô'i), il ne retient pas son cœur qui pousse ce cri :

« France, toi si Im'IIo, qii;iii<l tu ninrdiais par ce. chemin; toi, si fière, si lianlie; toi à [nésent si rliangée, ali! si l'un ne voyait à tes cotés la ticatrici; de !a lance et les clous qui t'ont clouée :iu poteau, qui pourrait le reconnaître ? Depuis plus de trois jours tu es descendue

' « De ce jour-là, dit-il \Uist. de mes idées, t. X des Œuvres complètes, p. ItG ), je me sentis déraciné sur la terre. J appartenais à l'orage ; il pouvait MIC prendre et m'emjjorler où il voudrait. »

- Des Ails de la Henaissance el de l'Eglise de liroit, année 1834, Mélanges. I, au t. VI des Œuvres complètes, p. 351-365.

3S L .idMME, SA VIE ET SON INFLUENCE.

dans ton sépulirc, toi, l'hostie des nations. Peuple in'ophète, laisse le linceul; revèts-toi tle l'avenir*. »

Ailleurs, à l'Abbaye-au-Bois (avril 1854), après avoir lu et analysé les Mémoires de Chateaubriand, il retrace toute notre histoire depuis un deini-siccle, montre le dernier preux faisant « l'oraison funèbre de la vieille société et de la monarchie qui la représentait , » et termine en saluant, non d'un regret, mais d'une respectueuse })ilié, le château de Prague, refuge des Bourbons de la branche ainée, tombeau du droit divin.

« La porte, rîit-il, Tescalier, le fossé, le pont-levis, tout a un sens profond dans ce donjon, tant que cette famille l'habite; et même, à cette triste table du vieux monarque, où toutes les places semblent remplies, il y a encore plus d'un siège vide qui attend son convive •couronné avec le pain et le vin et le sel de l'exil -. »

Enfin, retournant en Allemagne, Edgar Quinet achève de se pénétrer de la pensée germanique et, unissant en lui les génies contraires de la Germanie et de la Gaule, s'efforce de rapprocher les deux sœurs ennemies, de les entraîner dans la bataille, à la conquête de la liberté et de la justice. Tel est le sens véritable de toutes les brochures, de tous les articles, qu'il publia successivement et qui, depuis, ont formé la première partie du livre : Allemagne et Italie.

Gœthe meurt. Edgar Quinet décerne à l'homme de génie une dernière couronne, mais il se félicite de la fin d'une littérature « où ne se retrouve pas un seul écho de la société polilique, » de la fin « d'un art sans patrie. » — «Un siècle finit, s'écrie-t-il, un siècle commence. L'art est mort ! l'art vient de naître^. » — Et aussitôt il sonne

' T. YI. — Mélanges, ii, p. 5(39.

•* T. \I. — Mclauyen, vi, p. 455.

- 'I M. — Allimaf/iw, v, p. 182-187.

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