I.A l'dKSIK ÉI'IQUi
tôt lie la haine enraciiioe par l'élrarqiie et par 3Iachiavel ; seule passion, après tout, qui enipèclif les niorfs de se dissoudre. Il ne faut pas que les peuples tendent les deux joues à leurs ennemis. Cela n'est ni chrétien, ni païen, ni divin, ni humain '. »
On ne peut s'empêclier de rapprocher de ce passage inie autre page, écrite du reste la même année, sur le Champ (le bataille de Waterloo-. L'idée de pairie, défendtie là contre la résignation individuelle, lest ici contre l'indifférence générale, se dissimulant sous le voile du cosmopolitisme :
« Mais, quand on aura violé ainsi tout ce que les ancêtres honoraient; quand Tidée de patrie, déj^radée par sou ])ropie abandon, ne réveillera plus nulle part ni lierté ni amour; quand il n'y aura plus de harrière, plus de foyer, plus d'asile, il n'y aura plus de |ieupU'S, cela est vrai; mais au.-si il n'y aura plus d'hommes. Avjint un siècle, si personne n'opposait à ces maximes une barre d'aii^in, l'Europe occidentale et continentale ne serait [ihis qu'une cohue de bouigeois sans feu ni lieu, sans valeur et sans cœur, jirèls à devenir, conune ceux de Bvzance, la proie du premier venu qui leur ièrait riumueur d'abaisser la main sur eux. »
Peu avant l'époque où le livre Allemaijue et Italie obtenait en Italie même et en Allemagne, aussi bien qu'en France, un succès mérité, un aulre ouvrage avait paru : De l'histoire de la poésie épi(jne^. Ce savant ouvrage est, pour ainsi dire, la préface et le commentaire des tentatives qu'Kdgard Qninet a faites pour ressusciter en France le genre épique. C'est aussi un exposé rapide mais complet de la tradition poétique et nationale à travers les âges, de l'Iliade au cycle d'Arlhus, des Kddas et des iNibelungs
' Mai 1836. — Œuvres complètes, t. VI, p. 547. — Le voyage en Il;dic d'Edgar Quinet a ilabord été publié dans la lleviie des Deux Mondes, sous le litre de : Voyage d'un solitaire, lettres n un ami.
* Oitrbrc 1850 — Mélanges, ni, au t. YI dus Œuvres complètes. p. ô69--)8'.).
"* Œuvres complet es. i. I\. — I836-Ô7.
aux chants populaires des Slaves d'aujourd'hui. Là se trouve posée une question capitale, qui fait le fond d'un travail, non moins important, publié deux ans après ( 1858), l'Exr/jnf» de la vie de Jésus-Christ \ critique théoloyique, philosophique et historique du célèbre ouvrage de Strauss. Condjattant avec vivacité les applications extrêmes qui pourraient être faites du système panthéislique dti docteur allemand, 31. Quinet s'efforce de prouver que l'Évangile, pas plus que les grands poèmes nationaux, n'est émané d'un auteur multiple, anonyme et irresponsable. Contre l'onmipotence de l'action des masses, absorbant les initiateurs, artistes, poètes, héros, prophètes, au point que ceux-ci cessent d'avoir une existence positive, il proteste, dans l'intérêt même du genre humain, auquel ainsi l'homme est sacrifié :
« Combien cette idée f;iusse, dit-il -, n'a-t-elle pas faussé d'excellents esprits! Combien surtout elle a égaré les peuples qui l'ont appliquée à la lettre dans la conduite de leurs affaires !» — « Ne disons pas, ajoule-t-il ^, ne disons pas trop de mal de l'individualité et de la conscience, ne nous lions pas trop du soin de sculpter de beaux marbres, d'accomplir de grandes œuvres, d'utiles actions, à la force répandue dans l'univers; il s'agit de la vie même. La nature aussi se recueille dans des organisations vivantes; elle ne laisse pas tout faire à l'Océan aveugle, »
Quelques mois ùvuntVExamen de la vie de Jésus, Prométhée avait été imprimé. Par ce beau poème se trouva complétée la trilogie épique, dont Ahasvérus et Napoléon forment la première et la troisième partie, et dont les Esclaves semblent être en quelque sorte l'épilogue. De Prométhée, considéré comme le vrai prophète du Christ
' Œuvres complètes, t. III.