LA VIE DE JESUS. — PHOMETHEE
au sein de l'antiquité païeiuie, le poète a fait à la fois, et « la figure de l'humanité religieuse », et la représentation du combat qui se livre en chacun de nous, « du drame intérieur de Dieu et de l'homme, de la foi it du doute, du Créateur et de la créature, » drame divin « qui ne 11niia jamais'. » Par là, Prométhée se rattache à une vaste histoire philosophique des Religions, dont iM. Quinet avait déjà conçu le plan et qu'il allait bientôt commencer à écrire.
Quand on considère la variété des œuvres que publia Edgar Quinet durant les dix premières années de sa vie littéraire, on ne se lasse pas d'admirer et la haute intelligence qu'il fallut pour les concevoir, et le prodigieux travail au prix duquel elles furent préparées et parfaites. A toutes les époques de son existence, comme pendant la première, philosophie, histoire, critique, poésie et religion, tous les génies, tous les sujets se succèdent dans ses livres et sembleraient s'y mêler, s'y confondre, si l'on ne voyait, en les lisant avec attention, que toutes ces œuvres, si variées de fond et de forme, se tiennent et se complètent, obéissant à la même impulsion, se dirigeant vers le même but. Toujours occupé d'un ouvrage principal, M. Quinet ne s'y absorbe jamais au point de ne pas entendre ce qui bruit et s'agite autour de son cabinet de travail. Il écoute, au contraire, et, dès qu'il le faut, il est prêt à se j)récipit<'r dans la lutte dii jour; il sait, sans compromettre le principal, aviser au plus pressé. 31. QjiInet, — et c'est là ce qui constitue son originalité, — est aussi bien organisé pour la polémique d'actualité que pour la réllexion tranquille. 11 unit deux choses qui sembleraient inconciliables : le talent du journaliste au génie
* T. VII des Œuvres complet en, prolacc ilc \X^.
U L'HOMME, SA VIE ET SO?i INFLIENCE.
(lu penseur, la fccoiulilc de l'honune (riiiiagiiiation à la profondeur de l'honune de science. Sans doute toutes ses œuvres sont discutaldes, mais au point de vue des idées plus qu'au point de vue de la forme. Aucune, feuille volante ou livre, aucune n'est médiocre. Iklgar Quinet reste toujours à la hauteur de lui-même.
Ici commence la vie militante d'Edgar Quinet.
Cnnmie elle se mêle, surtout de 1840 à 185:2, à l'histoire générale de nos luttes politiques, i-eligieuses et sociales, pour en donner le récit complet, il faudrait ouvrir un vaste cadre, au milieu duquel cette étude particulière se trouverait, pour ainsi dire, noyée. Je n'insisterai donc que sur quelques points, sur ceux qui co'icernent spécialement le professeur, le représentant du peuple, et ses œuvres. Ce sera, non un tableau, mais un simple dessin, très-incomplète esquisse d'un coin du grand tableau qui devra être achevé quelque jour, à la gloire de la jeunesse française.
C'est à la fin de 1858 qu'Edgar Quinet, jusqu'alors simple homme de lettres et libre philosophe, entra dans l'enseignement public. Chose à remarquer dès l'abord, c'est qu'il ne s'était pourvu d'aucun des grades universitaires supérieurs quand 31. de Salvandy le nonnna professeur des littératures étrangères à la faculté des lettres de Lyon '. Se réservant précieusement toute la liberté de ses
* Au commencement de 1859. le '2." jiinvier. il soulint ijubliquemcnl à Strasbourg une double Uièse pour le doctorat es lettres : une thèse fran-