LA' PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE
Quand un homme se sent entraîné dès son enfance vers les travaux de la pensée, il est bien rare qu'il ne commence par s'incliner devant un maître, vivant ou mort, couronné de gloire et qui le protège, ou perdu dans l'oubli et qu'il en retire, afin d'être par lui présenté au monde et soutenu . Malheureux est celui qui du maître élu s'est fait un Dieu, qui dans sa leçon a trouvé ou cru trouver un système complet, hors duquel il ne rêve plus rien, ne veut plus rien chercher. Désormais il approfondira peut-être, mais il ne créera pas; il s'est condamné au rôle passif de l'écho, il a renoncé à devenir voix. Heureux, au contraire, et fort, est celui qui, en venant s'asseoir devant le maître; en écoutant attentivement sa parole, en la recueillant avec piété, n'a pourtant pas abandonné le libre exercice de sa liberté intellectuelle, ne reçoit aucune lumière sans en faire aussitôt l'analyse, n'admet aucune vérité, avant de se l'être à lui-même démontrée vraie, ne s'écrie pas enfin : — Puisqu'il a trouvé le but, restons à ce but ! — mais : — grâce