‹ Edgar QuinetChapitre 37 sur 122 · VICO · texte numérisé non relu

VICO

lui non chercliôe et tant de fois niée depuis : que de l'idée de Dieu sortent les civilisations, et qu'une fois l'idée de Dieu conçue, la société se conçoit d'elle-même. Connue Bossuet, admettant que le monde de l'histoire est soumis au gouvernement de la Providence, il descend l'y chercher dans la réalité des événements, et il l'y retrouve, quelque dissimulée quelle puisse être sous les faits politiques, sou< les institutions civiles, sous les mœurs sociales, dont la religion seule peut donner le secret. Aussi, contrairement à Bossuet, à l'ancienne philosophie historique du catholicisme, qui ne faisait agir Dieu que par coups de foudre et le retirait tout à fait de la conduite des peuples abandonnés dans la nuit du paganisme, admet-il la permanence de la surveillance et de la direction divines dans les aflaires humaines et l'y constate-t-il jusque chez les nations nonjuives, lesquelles, quoique privées de la notion vraie de la divinité, n'en avaient pas moins reçu de Dieu des révélations partielles, se développant successivement l'une l'autre et aboutissant à la révélation suprême, au christianisme.

Comme dit un de ses plus fervents disciples, son révélateur italien, M. J. Ferrari :

i( L'iiistoire idénlo, dont il ne pouvait mnîtrisor l'incalculable élan, traçiil freffioyables équations entre Jupiter et le Christ, entre Tile- Live et .Moise, entre la mythologie et la Bible, entre les Romains et les Juifs, entre les demi-dieux et les saints. »

Longtemps, en effet, avant les philosophes contemporains, Jean-Baptiste Vico a été frappé de la nature identi(jue des nations, et du fait ou de la pensée particulière à chacune d'elles s'est efforcé de dégager, de synthétiser le fait ou la pensée couunime à toutes. .\vec ces faits ou ces pensées générales, il s'est étudié à composer une his-

9G LA PHILOr^OPHIE DE L'HISTOIRE.

loire toute d'abstraction, donl l'ensemble forme une sorte de Cité de Dieu, type impérissable de toutes les cités des hommes^ et de laquelle celles-ci tendent à s(î rapprocher ou à s'éloigner, naissant, se métamorphosant ou mourant, sans jamais la pouvoir détruire, sans jamais en pouvoir troubler par quoique ce soit l'idéale harmonie.

En somme, voici jusqu'à quelle hauteur monte la pensée deVico : par lui, la philosophie de l'histoire s'identifie avec la Providence. L'identification est si positive, que, pénétrant les intentions providentielles au travers des faits qui les ont manifestées dans l'humanité, l'historien philosophe arrive <î grouper les décrets de Dieu en un code éternel. De telle sorte qu'ainsi synthétisée, ainsi codifiée, la philosophie historique devient en réalité la science de Dieu dans l'histoire.

La suprême pensée de Vico, MM. Quinet et Michelet l'ont reprise, mais en même temps développée, car le philosophe napolitain l'amoindrit de lui-même, en comprime l'essor, en détruit les conséquences, du moment où il immobilise la cité de Dieu dans le catholicisme et, au nom du divin idéal, condanme l'humanité à tourner éternellement dans un cercle désespérant.

Comme Vico, MM. Michelet et Ouinet voient circuler sous les actions humaines la providence de Dieu, ils voient sortir les civilisations de l'idée que les peuples se font de la divinité, ils voient dans les religions, âmes des nations, raisons d'être de leurs mœurs, de leur droit civil et de leurs destinées, des révélations partielles et successives. Comme lui, encore, ils se sont bâtis, par delà la région où grondent les orages humains, une cité idéale, toute de principes, du haut de laquelle ils pèsent et jugent les actes qui se succèdent dans la cité réelle.

Mais, contrairement à la cité de Vico, leur cité n'est

YICO, EDGAR QlINET. dl

point immuable. Elevée par les siècles passés, elle s'agrandit, s'embellit sans cesse, attendant son couronnement de l'avenir, jamais pourtant ne devant être ni complète ni parfaite; car, du jour où le genre humain aurait réalisé son idéal absolu, le progrès s'arrêterait, l'action deviendrait inutile, la vie serait morte.

« La loi tic rhuiiianiti'', dit 31. (Juillet, doit se coinjioseï- du passé, du présent et de l'avenir que nous portons en nous; quiconque ne possède qu'un seul de ces ternies ne possède qu'un fraiiiiient du niond.? moral. La vraie pliilosopliie de l'histoire, c'est Jniius aux deux visaijes tournés, l'un vers le passé, l'autre vers le futur. »

Ailleurs, il montre 1 intimité de la Providence avec l'homme, son incarnation en lui; il donne par là et la base et le lien de la philosophie de la révélation. Considérant, non un seul peuph-, mais tous les peuples, portant successivement témoignage d'une partie de la vérité et depuis l'origine des siècles édifiant la cité divine, il peut affirmer que la vie de rhuinanité est « un perpétuel mouvement pour sortir de Dieu et y rentrer, » que le Dieu de l'histoire n'est point abslr;iit, qu'au contraire « il marche dans les événements et enl raine avec lui le monde moral vers des cieux inconnus. » « Si elle était complète, s'écrie-t-il, la philosophie de l'histoire universelle serait la manifestation de l'action divine dans toutes les actions Immaines; elle s'identifierait par là avec la religion universelle, »

Le point de départ choisi par Herder est tout autre que la synthèse à laquelle s'est élevé d'un seul coup d'aile le génie de Giambattisla Vico. Tout autre, par conséquent,

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