‹ Edgar QuinetChapitre 4 sur 122 · ENFANCE · texte numérisé non relu

ENFANCE

tel uionlré au iloigt par fous les habitatils de la petite ville : son entrée chez ce brave homme, — idée de sa mère, — eut pour résultat non de l'instruire, car le vieil instituteur ne savait rien de rien; mais de sauver du mépris et de la misère un pauvre ménage abandonné. Vers le même temps, Edgar reçut des leçons de musique d'un professeur bègue et fort original, vrai neveu de Bumeau, qui, en lui faisant chanter la Marseillaise, oubliée par tout le monde <lans le pays, ouvrit son âme aux sentiments patriotiques.

dépendant, quoique ainsi pourvu de maîtres qui devaient le surveiller, l'enfant se développait surtout eu plein air. Il courait avec les autres enfants et s'adonnait avec tant d'ardeur à la petite guerre^ que plus d'une fois il rentra chez lui les habits en lambeaux, blessé, un jour même soutenant son bras gauche dans sa main droite. Ses parents croyaient sage de ne pas trop s'opposer à ces combats (ictifs, qui au moins le préparaient aux luttes réelles, auxquelles tout semblait le destiner. Dans les dernières années de l'empire, qui eût pu prévoir que nous allions sit»H entrer dans une ère pacifique?

Au milieu de cette vie bruyante, Edgar Quinet avait journellement deux heures de recueillement avec sa mère, (^ette femme, vraiment admirable, versait alors son âme dans l'àme de son fds, et, loin de s'abaisser jusqu'à lui, rélevait audacieusement jusqu'à elle. Elle le traitait d'égal à égal, et ne craignait point de le faiie participer à ses lectures, comme à ses émotions propres. Ainsi, après lui avoir fait réciter le rôle iVEliacin dans Athalie, du premier coup elle lut avec lui HamU'l, Mavbi'lh, les Caractères de la Bruyère, tout le théâtre de Hacini^ de (lorneille et de Voltaire, et il se trouva que l'enfant comprenait parfaitement. Néanmoins il s'arrêta couit devant \c» Considérations sur la Révolution française de madame de Staël,

pour laquelle madame Quinel avait une admiration profonde : la langue de la liberté lui était alors incompréhensible, et son intelligence, à peine éveillée, se perdait dans la distinction des pouvoirs et des partis, que rien ne rappelait autour de lui sous le régime impérial, inliniment moins compliqué.

Chose étrange! 31. Quinet j)ère « haïssait le maître du monde d'une haine qui peut être n'a jamaisété égalée. 11 ne pouvait l'entendre nommer sans frémir, sans pàhr d'indignation, de colère, et même de mépris. » Madame Quinet ne 1 aimait guère plus, ne pouvant lui pardonner l'exil de madame de Staël, qu'elle adorait depuis qu'elle l'avait vue au château de Cran, et regrettant aussi de toute son àme la liberté perdue. >'i l'un ni l'autre ne parlèrent jamais de 1 empereur devant leur fils, qui connut Voltaire avant celui par lequel la France était gouvernée. Et pourtant, dès qu'Kdgar Quinet sut le nom de Ntipoléoii, il s'en fit un héros d'épopée, et devint passionément bonapartiste! C'est que ce nom lui fut, pour ainsi dire, révélé par des soldats de passage, au milieu de récits fantastiques de victoires miraculeuses. C'est qu'il l'entendit, non au foyer, discuté et pesé, mais dans la rue, acclamé d'abord , puis lâchement sali aux heures de détresse publique, à ces heures oîi son père lui-même allait « jusqu'à le défendre. » I^a légende, édifiée par la gloire, le saisit plus encore par la pitié que par l'admirai ion irréfléchie. Enfant, il partagea donc toutes les idolâtries du peuple, il adora « l'Empereur sur son cheval blanc, » incapable encore de faire deux idées de la France victorieuse ou envahie, et du chef, vainqueur à Auslerlilz, vaincu à ^^aterJoo, prisonnier à Sainte-Hélène.

« Il m'a fallu, dit-il aujourd'hui, il m'a fallu éprouver par moi-mèmc ce qu'il y a de pesant dans le joug d'une renommée, qu'on n'examine

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