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ceci comme cela n'est plus un peuple , c'csl un double fantôme qui cherche et se dispute les débris épais de son corps abaiidoimé sur le champ de bataille.
Le renouvellement de la vie hongroise est un des miracles de l'histoire moderne. Dès le lendemain du désastre, aux trois quarts envahie , divisée, la Hongrie trouve encore la force d'imposer au prince auquel elle se donne la recoimaissance de son indépeudance et de ses libertés antiques : Ferdinand i" et tous ses successeurs jusqu'à Léop(dd r"^ sont élus par la diète et aucun d'eux ne règne par droit de succession. Mais ces princes, loin de réparer les désastres d'un peuple martyr, ne songent ([u à lui dér(d)er le peu qui lui reste de vie et de liberté; et sans cesse la Hongrie, usant du droit acquis en vertu de la bulle d'or d André" H, se voit forcée de prendre les armes pour la défense des lois, (^cst au nom de l'indépendance nationale et de la liberté religieuse, — car une grande partie de la nation a adopté la Réforme en haine de l'Autriche catholique, — qu'Ktienne Botskai se soulève en 1C04 et contraint Ilodolphe 1" au respect de son serment. C'est pour la même cause que, contre Ferdinand H, digne élève des jésuites, Gabriel deRethlen par trois fois insurge ses coucitoyens et par trois fois oblige le roi vaincu à reconnaître les droits de ses sujets. Un peu plus tard, soutenu |)ar la France, Georges l" Hàkot/.i oppose une révolution vielo lieuse aux essais de germanisation et de restauration c;;- Iholique de Ferdinand HI ; mais, abandonné des Turcs, il est forcé de mettre bas les armes à la veille du traité de VN eslplialie. Alors Léopold, — surnommé le Grand par les adorateurs du succès, — vainqueur des Turcs, grâce au Polonais et au Lorrain, par l'assassinat et l'égoigiiuent en niasse des patriotes terrifie la lh)ngrie et lui ariacbe l'hérédité du trône en faveur des aines de la maison de
25 i LES NATIONALITÉS.
Habsbourg. Bientôt pourtant le sang des martyrs exécutés à Eperjès enfante la révolte nationale de François II Ràkotzy (1703 — 1711). Triomphante, comme les autres, elle s'arrête devant la même fiction : un nouveau serment du souverain parjure !
Ici finissent les admirables prises d'armes par lesquelles, durant tout le dix-septième siècle, la Hongrie morte a prouvé qu'elle revivait. Comme épuisée de son suprême effort, elle abandonne au doucereux Charles III (YI) l'hérédité absolue de la Sainle Couronne d'Etienne 1". iUentôt même les habiles corruptions de Marie-Thérèse lui font oublier foute son histoire; en un jour de folle loyauté, au cri de Moriamiir pro rege nostro Maria Theresîa ! elle s'élance au-devant de la Prusse et de l'AUemaiïne coalisées, et sauve la monarchie autrichienne, son éternelle ennemie ! Après un pareil suicide, Joseph II jieut croire que la Hongrie acceptera, sans résistance et sous le couvert de ses réformes libérales, l'unité du chaos autrichien qu'il lui plaît de décréter. Mais soudain les haines endormies se réveillent et le pauvre empereur, pour sauver sa dynastie, doit en mourant renoncer à tous ses grands rêves. L'agitation nationale hongroise eût éclaté en insurrection, si, à la diète de 1790, Léopold II ne s'était hâté de reconnaître de nouveau la complète autonomie de son royaume de Hongrie et de prêter serment à la constitution de saint Etienne.
Quoique elle ait été entraînée par ses rois dans les coalitions contre la République française et contre l'Empire, — dont la triste expérience fournie par la Pologne l'empêcha sans doute d'agréer les avances, — la Hongrie ne resta pas indifférente à notre révolution. En 179"), plusieurs nobles conspirateurs qui avaient adopté un programme conforme à notre Déclaration des droits de
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l'homme et du cUoijeu périrent sur l'ôdiafaud ^ Mak ce ne lut guère qu'après J815, à partir de 1825, que le niouvemenl national se dessina sous l'action des idées françaises. Quand éclata la Révolution de '1848,1a Hongrie n'eut qu'à profiter des circonstances pour précipiter sa marche dans la voie déjà ouverte de la liberté et de l'égalité.
liien de plus légal que la dernière révolution hongroise à son début. La diète, réunie en 1847, conformément aux constitutions séculaires, réforme l'état politique du jiays ; elle discute et vote des lois nouvelles avec autant de droit que toutes les diètes précédentes. Sans rompre les liens qui unissent le royaimie au roi, lequel est en nicuie temps empereur d'Autriche, elle peut élargir la base de la liberté hongroise par l'abolition définitive des privilèges féodaux, elle peut proclamer l'égalité civile et religieuse des citoyens, à quelque race qu'ils appartiennent, elle |)eut étendre l'élection et l'éligibilité par delà les classes privilégiées et enlin instituer un ministère national responsable. Le roi reconnu et couronné , Ferdinand Y prouve que ses loyaux sujets n'ont point outrepassé leur droit acquis quand il vient en personne, le 10 avril 1848, remettre à leurs représentants les trente et une lois nouvelles confirmées par scTparole royale; quand il se choisit pour ministres hongrois Louis Batthyany, Kossuth, Sxemere, Paul Ksterha/y, i\leszaros, Ktienne S/echenyi, 0'.]t~ vœs, Klauzal et Deak; quand enfin, s'inclinaiit devant la volonté de sa fidèle nation, il déclare la vouloir heureuse du fond du cœur, dans son bonheur trouvant son propre bonheur -.
' Lire les Jacobins de Hongrie, dans le beau livre de de Gérandu : De l'Esprit public en Hongrie depnis la RévohUion française.
y. mon arlide La Hongrie en 1857, dans la lievue de Paris du IT) novembre 1857.
Se fiant à l'appareiiee, la Hongrie liésile longlemps, — Irop longtemps, — à préparer sa défense. 11 faut que le ban (le Croatie, agent de la cour, ait violé son territoire; il faut que les races non magyares se soient mises en insurrection contre elle; il faut enfin qu'une grande armée autricliienne l'ait envahie, pour qu'elle se décide à se séparer de la dynastie de Habsbourg. Et encore ne le faitelle qu'au dernier moment, alors que cette dynastie n'a plus pour chef Ferdinand V, roi reconnu, et que l'Autriche conquérante prétend lui imposer un empereur qui ne lui est rien, absolument rien , puisque son prédécesseur est vivant et seul règne légalement, en vertu de la pragmatique-sanction, de son inauguration et de son serment.
C'est donc contrairement à toutes les lois tenues pour sacrées même dans les pays monarchiques constitutionnels que la Hongrie a été conquise en 184.), en présence de la République française immobile et de l'Angleterre ennemie, et que jusqu'à ce jour elle reste conquise.
On a trop répété que la Hongrie était morte par sa faute, et du fait des nationalités soulevées contre elle. Si je pouvais descendre au fond de ce déplorable conflit ', je monlrerais sans peine (]ue l'on ne doit pas en accuseiles Hongrois seuls. La lutte fratricide des nationalités sur le sol hongrois, en 1848-49, eut un double caractère, elle fut austro-panslave. Voilà pourquoi on vil des peuples, au nom de leur indépendance, aider le despotisme à tuer la liberté dans l'Europe orientale. Mais ni la guerre civile, — elle fut réprimée, — ni la guerre aulrichienne, — l'Autriche fut battue et bien battue, — ne suffirent
' On le U'oiivcra coinijlrlemoul oxiiliiiné dans \' Uhloire politique delà R'volittion de Ilour/iic en 1848-18 W, 2 vulnnic;- iii-8°, (]ue j'aclu'vc en cjllal)oration avec M. Daniel Iranqi.
LA HONGRIE. . -loi
pour vaincre la Hongrie révoliilioniuHre. Il fallut que François-Joseph appelât la Russie et que le Uusse, en violation de tous les traités européens , y compris même le traité de Vienne, lançât ses armées sur les Hongrois victorieux, n fallut encore que (ieorgey, traître, mit bas les armes et empêchât Klapka de traverser les bataillons autrichiens, d'entrer dans Vienne, d'y mourir ou de réveiller l'Kiirope encore mal endormie.
La Hongrie n'a pas été vaincue. Elle a été trahie à linlérieur et à l'extérieiu'. Elle a été écrasée, lépuhlique naissante, par les deux plus forts empires du monde. Donc, elle n'est pas morte, et l'Autriche le sait bien. — Durant plus d'une aimée, l'Aulru-he pendit, fusilla, massacra, embastilla et pilla sa victime. Puis, la croyant épuisée, elle la jeta, coupée en morceaux, dans l'amalgame monstrueux, inventé par le prince de Sclnvartzeidterg, et que l'Iùn-ope croit être un puissant empire unitaire. — Depuis lors, que des vieilles lois hongroises il ne reste plus rien, que la Hongrie, sans diète, sans comitats, ne soit plus qu'une province exploitable à merci par les étrangers et livrée pieds et poings liés à la bureaucratie allemande, chargée de la germaniser; (ju'en vertu du concordat, les jésuites, avec l'aide des gendarmes, s'étudient à extirper sa tolérance en matière religieuse, aient reçu la mission de convertir ceux de ses enfants qui sont protestants et d'apprendre à tous comment la tyrannie est une œuvre de Dieu aisément supportable; qu'on lui ravisse jusqu'à sa langue, interdite dans l'administration et même dans les écoles supérieures; tout cela est inutile. La Hongrie parle hongrois et refuse d'entendre l'allemand, elle se fait protestante en haine des jésuites, ou bien dépasse protestantisme et catholicisme ; elle se laisse insulter, voler, sans mot dire. 3Iais, quand son enq)ereur passe, elle ne le salue pas, à moins «pie
forcée à coup de bâtons de manifester son enthousiasme, elie ne le traduise par un Eljen Kossulh vigoureusement prononcé!
Une chose m'effrayait dans cetle Hongrie serve : son immobihté et son silence depuis bientôt dix ans. Elle n'est immobile , me (it-on comprendre, que parce qu'elle sait que l'Europe d'aujoiird'hui est tout entière contre elle; elle n'est silencieuse que parce qu'elle ne [)eut pas agir. Pas un seul de ses paysans n'a oublié ni hier ni le passé; tous ont l'àme remplie de haine et tous se lèveront comme un seul homme à la première bonne nouvelle que le télégraphe leur apportera , n'importe quand , de Milan ou de Paris. A Milan, à Paris, ils renverront aussitôt cette autre bonne nouvelle : il n'y a plus d'Autrichiens en Hongrie et nous marchons sur Vienne ; Eljen a haza ' Vive la patrie !
Le premier reproche que j'ai entendu faire aux Hongrois, c'est d'être fiers. Certes, ils peuvent l'être, ayant écrit de leur sang la grande épopée du quinzième siècle, et, dans celte époque contemporaine, l'autre épopée, plus sidjlime encore, de la guerre de l'indépendance. — Les pacifiques dédaignent en eux un peuple militaire. Mais là où tout homme est soldat, le soldat n'est point à craindre. Tant qu'on est esclave, il est bon de savoir manier le sabre et le fusil. Et d'ailleurs la vaillance hongroise n'est-elle point, comme dit M. Michelet, « la manifestation d'un Kaut état moral? » — Entin, il est des démocrates ignorants auxquels l'Autriche a fait croire que c'étaient, que ce sont encore des aristocrates. Oui, certes, repliquerai-je, toujours avec M. Michelet, « la nation entière est une aristocratie de vaillance et de dignité. Il y a là cinq millions de chevaliers. » La Hongrie, poussée à la république par d'héroïques citoyens, entre autres par son premier poète.