‹ Edgar QuinetChapitre 69 sur 122 · I. — POINT DE DÉPART · texte numérisé non relu

I. — POINT DE DÉPART

Des œuvres d'Edgar Quinet, la plus approfondie et la plus complète, est cette œuvre multiple qui conmience par doux opusculos, De l'Avenir de la reUcjion et De l'Orujine (les dienx^ se dûterniine sous sa face critique dans l'Examen de la vie de Jésus, éclate en un chef-d'œuvre, le Génie des relHjions^el se poursuit dans les Jésuites, VUItramoutunisme, le Christianisme et la Révolution française, pour aboutir à V Enseignement du peuple^ à la Lettre sur la situation relufieuse et morale de l'Europe et à la Révolutioii reli(jieuse au dix-neuvième siècle. (Jette œuvre imuieuso, à lafjuelle la vie d'un autre homme n'eût pas suffi, mérite déjà d'cire considérée comme la synthèse d'une Histouu-; DES Révolutions religieuses et socLacs, dont l'avenir édifiera la volumineuse analyse. Je vais essayer ici d'^i sui-

vre le plan. Mais auparavant, il imporle de laisser M. Qiuncl lui-même indiquer le lien philosophique, avec lequel il a rattaché les unes aux autres les périodes si contradictoires, en apparence, de l'existence religieuse du genre humain :

« L'histoire, écrivait-il en 1827', nous apparaissait tout entière comme une vaste et éternelle déduction du général au particulier; c'est le travail du ??io/ qui se fait jour peu à peu, se dégage par dei/iés de ce qui lui e>t étranger, et aspire à se produire sous la forme In plus libre. Semblable au statuaire qui dépouille son bloc de marbre jusqu'à ce qu'il reconnaisse à la lumière les traits qu'il contemple en lui-même, la personnalité de l'homme au sein de l'univers tend à se circonscrire pour se fortifier, brisant avec les siècles un assemblage qui renaît avec eux, toujours divisé et toujours indestructible. D'abord plonge au sein du monde cosmique, il étend son être sur l'espace et la durée sans bornes. De son souffle de vie, il anime les cieux errants, les vastes mers. C'est Empédocle qui agite des mouvements précipités de sou sein la cjme des monts, les voûtes des forêts, le cours des fleuves. Dans ce premier culte, embrassant tout, adorant tout, n'oubliant fjue hii-mème, il a une cosmogonie, une théogonie, et point d'histoire. Cest l'Indu et i'Oiient, sitôt qu'il apparaît. De l'univers il descend aux empires, auxquels son être est si bien attaché qu'il n'est rien que par eux; sans force, san.; valeur, presque sans nom, soit que de vastes générations se confondent sous une seule personne, soit que kii-mème il ne puisse se distinguer dans ses prières avec Dieu. C'est la Médie, la Perse, l'Egypte et l'Assyrie. Des empires il retombe par degrés sui' lui-même, quoique son moi, encore à demi-confondu avec la cité, n'emprunte encore que d'elle sa valeur et son indépendance. La cité se brise avec la Grèce, avec Rome, et son moi restant seul, dépouillé du signe qui en cachait la grandeur absolue, découvre en lui-même un iiilini plus vaste que le premier qu'il vient de découvrir. C'est l'univers chrétien. Cet infini, il le divise encore, aspirant après des siècles à ne relever que de soi. C'est la réforme, c'est le cartésianisme, et, ce ipii en est la suite, c'est la fin du moyen âge et l'avenir que j'ignore. »

Cela dit, sans craindre de se perdre, on peut suivre le vaillant disciple de Herder jusqu'au fond des ténèbres des

* Essai sur Herder, tome IT des Œuvres complètes, p. 400-401.

Page 1