‹ Edgar QuinetChapitre 78 sur 122 · LES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE LA PIIÉ.MCIE · texte numérisé non relu

LES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE LA PIIÉ.MCIE

dépouille n'nyant aucune importance du moment où l'esprit de chacun s'exhalait dans le Grand-Tout. Les égyptiens, qui croient à la résurrection, embaument soigneusement les corps, coninie pour conserver à l'âme le gage de son individualité. A cause de cela, l'Kuypte, inférieure sous d'autres rapports à la Perse, à l'Inde, leur est humamement supérieure. Klle est, au point de vue moral, dit Edgar Quinet, « elle est , avec la Judée, l'Occident de l'Orient. » La religion égyptienne , fortifiée par cet instinct précoce de l'individualité, pul résister à toutes les conquêtes. Elle ne céda qu'au christianisme, auquel ses dogmes l'avaient préparée depuis des siècles.

Vin. LES l'.ELlGlONS DE BABYLONE ET DE LA PHÉNiCIE'.

A Babylone, l'historien philosophe retrouve l'inspiration des pasteurs de la haute Asie évoquant la première aurore; mais cette inspiration s'y est transformée en science, observation, calcul. On ne se contente plus de demander aux astres indidgenls la lumière de chaque jour ; on leur veut arracher l'avenir. Le primitif cantique est devenu l'astrologie. Le culte de Babylone est un rit particulier de la lumière première, incarnée sous la ligure des astres ; il consacre ainsi l'adoration des images dans les temj)les, ce qui le met en opposition tranchée avec le Zend-.\vesta, « véritable protestantisme au sein de la grande Eglise païenne. » Cette opposition suffit à expliquer les guerres acharnées de l'Assvrie et de la I*erse; ce sont des guerres de religion. — D'autre part, les dieu.xenfants, empruntés au culte de la lumière, ont grandi : ils « ont pris la robe virile. » Qu'ils s'appellent Bel, Baal,

' Gdnie des Religions, \. IV, ch. m.

OU Adonaï, le désir croît dans leur sein, et, avec eux, l'amour divin s'insinue dans les mondes, au cri de volupté jclé par Babylone. Que signifient les rites de Chaldée et de Phénicie? La courtisane universelle, la Nature, célébrant sans cesse ses fiançailles avec le seigneur Soleil. Aux extrémités de toutes les grandes voies de communication, au centre du commerce asiatique, toujours on retrouve l'éternelle amoureuse avec l'éternel amant : I^lylitta et Thamnuz, à Babylone; Astarté et Adonis, en Phénicie, à Carlhage ; Cybèle et Attis, en Phrygie ; partout, le mariage du ciel et de la terre. Etant représentée de la sorte sous son aspect féminin, la divinité ne pouvait manquer d'émanciper les femmes. En effet, elles ne fdent plus, comme ailleurs, au fond des obscurs gynécées; elles s'étalent au soleil, jouissent d'une épouvantable liberté; d'esclaves, les voilà devenues vierges folles.

« Sëmiramis, Didon, Stratonice, Athalie, Aithémise, Cléopâtre apparaissent sur leurs trônes coiiiiiie l'image triomphante de l'éterneile Astarté. Blessées d'un cuisant aiguillon, vous diriez d'un chœur de Ménades royales qui suivent la course enivi'ée de la Madone du Panthéisme. »

Edgar Ouinet termine ici son savant tableau des religions de la haute Asie par une des plus belles pages qu'il ait écrites. Je dois la citer presque en entier.

« Voilà donc, après que chacim des sentiments de l'enfance a été épuisé, terreur, respect, ravissement, Thomnie épris d'un amour délirant pour l'infini sous la forme de la nature.... Souvent il se lasse de n'embrasser que les membres froids de la déesse d'or ou d'argent au fond du sanctuaire : il voudrait posséder la déesse elle-même palpitante sous son étreinte mortelle. Les yeux hagards, saisi de vertige, il se précipite hors du temple où il étoulTe à l'étroit ; il parcourt les lieux sauvages; l'a il foime des chœurs de Corvbantes, de Curetés, de Dactyles, qui, de retraites en retraites, cherchent la grande aïeule des

montagnes, cterncllement mère, éternellement vierge Partout

enivré des émanations de la déesse, il re>pire d'âpres parfums dans la

LA RELIGIOM HÉDRAÏQUE. 505

chevelure des hois sacrés, et croit sentir s'émouvoir sous les fleurs le soin (le la Miilronc des forêts. Il s'élève sur les cimes, il descend au fond des gouffres, il ;ip|ielle : Evohé! Evohé ! jiuis, quund le soujiir des Océans lui répoini, à la volupté se mêle le désespoir de ne pouvoir atteindre cet iulitii décevant. Il épuise la coupe de l'orgie; su soif s'accroit encore; il se déchire de ses mains; sou corps garde d'affreux stigmates, et toujours il suit la granilé Madone amoureuse, qui toujoui-s se dérobe au bout de l'horizon sur son char attelé de lionnes rugissantes. Il voit la trace des roues sur la rosée brûlante ; il s'en approche; il s'obstine, jusqu'à ce que, haletant, éperdu, ne sachant plus de quel côté se tourner pour embrasser l'amante, il la voit un jour monter dans les cieux épurés de Syrie, sous la ligure de la Vierge immaculée du christianisme; car il fallait qu'il eût visité de s.i torche toute l'enceinte de la matière et des corps, avant de consentir sans retour à chercher sa volupté, par delà l'univers visible, dans un amour plus insatiable que l'amour des Ménades. »

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