III. — CHRISTIANISME ET CATHOLICISJIE
En franchissant les limites des deux mondes, du monde antique en dissolution et du monde catholique naissant, Edgar Ouinet a signalé deux points fort importants : d'abord, le caractère païen du catholicisme; ensuite, la position qu'il prend vis-à-vis de la race germanique, à laquelle il sert de lien avec la race romane. — Au moment où apparut l'Evangile, le monde ancien marchait lie lui-même vers un catholicisme païen. Rome politi- <(ue, rassemblant chez elle tous les dieux, préparait Rome spirituelle, et son Panthéon n'était que « le Vatican de la mythologie. » Pontife de la terre, l'Empereur personnifiait l'universalité de l'Eglise païenne : le Pape n'eut
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qu'à s'asseoir à sa place. — L'Eglise, en liilte ai lianîée avec la vieille sociélé, a(in d'en achever la deslriiclion, (levait ualiirellenient se choisir pour alliés les Barbares; et ceux-ci ne pouvaient résister à la rehiiion qui les célébrait conune les exécuteurs des jugements divins. Dans le Nord, où tout leur parlait de leurs dieux, ils restaient fidèles au culte de leurs ancêlres ; mais, à peine étaient-ils desceiulus dans le Midi, qu'au milieu d'une nature brillante, où tout contredisait leurs divinités brumeuses, en une journée, ils se converlissaient au christianisme. Ainsi ri'glise, sur le terrain de l'Enq^ire, n'eut aucune peine à se faire des alliés et des fidèles des envahisseurs barbares, tandis cpie plus tard , il fallut huit campagnes à Charlemagne pour bapliser leurs frères restés de l'autre côté de l'Klbe.
Les deux élémenls fondamentaux de la sociélé nouvelle étant mis en présence, il s'agit desavoir de quelle manière fi n'eut édifiées les institutions du moyen âge. — La divinité du (Ihrist ayant été recomiue à Nicée, une autre question occupe tous lesesprits au «pialrième et au cinquième siècle : Le Dieu-IIommea-t-il double nature, double volonté? Oui, lépoud le concile. Kt la société se subdivise inuuédiatenient à limage du Dieu : l'une est divine, l'Eglise ; l'autre est humaine, l'I-'Iat. Du jour où l'unité de l'Empereur et ilu Pontife est brisée, la société anli(|ue fait place à la so- • iélé du moyen âge. — La féodalité s'ex|)lique ordinairement par l'arrivée des Barljares. Les Baibares n'en sont (pie la cause secondaire ; pour en lrouv(M' l'origine, il faut remonter jusqu'aux dogmes. L'Evangile, dès l'abord, apparaît commeune proclamation delégaliléet de la fraternité des honnnes ; et l'on s'étonne de ne pas voir se produire, à son appel, un iunnense soulèvement de la plèbe et de 1 esclavage antiques. Poiuquoi donc les franchises chrétien-
lies sont-elles sitôt reléguées au ciel? Saint Augustin' enchaîne lEvangile par le dogme de la prédestination, et l'homme, privé de sa liberté morale, par la grâce de Dieu, se trouve fatalement voué soit au paradis, soit à l'enfer. I/inégalité ayant ainsi sa racine en Dieu même doit descendre jusqu'aux profondeurs de la terre; le croyant la Sîibit, l'accepte avec piété, parce qui! hii paraît impossible que la faiblesse humaine puisse réagir contre la toutepnissance divine*. 11 faut plus que la Réforme, il faut la dévolution pour rendre à l'homme la conscience de ses droits et la force de les exercer.
La féodalité est la base du catholicisme , la Papauté en est le couronnement. — « S'il y a quelque chose d'évident pour la raison et pour la foi, dit Joseph de Maistre, c'est que l'Eglise universelle est une monarchie. » — Oui, sans doute, et la plus absolue des monarchies. Mais eutelle toujours celte constitution? M. Quinet, l'histoire en main, prouve que la primitive Eglise était une république d'Etats confédérés; car, lorsque l'élection des prêtres et des évêques appartenait encore au peuple, ni Antioche, ni Alexandrie, ni Constantinople ne reconnaissaient pour roi spirituel l'évêqne de Rome : à cette époque, le nom du futur pape était prononcé avec respect, de loin en loin, mais rien, absolument rien ne marquait qu'il régnât sur l'univers [urbi et orbi). Plus tard, les conciles ayant achevé la création du dogme, la papauté apparaît et l'autorité lui arrive par la force des choses. La Rarbarie s'est ruée sur l'Empire, l'a déchiré en lambeaux ; Rome subsiste au mi-
• Concluant <raprès les principes posés avant lui, notamment par saint Paul.
- Dans les Bèvohitions (l'Italie, tome IV, des Œuvres, p. 27, M. Oninct insiste sur cette origine religieuse iJe la Icorlalilé. Il montre l'homme du moyen âge faisant hommage-lige de son être moral au prêtre, et de serf d'esprit devenant tout naturellement serf de corps.