‹ Edgar QuinetChapitre 85 sur 122 · CHRISTIANISME ET CATHOLICISME. T,Ô · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME ET CATHOLICISME. T,Ô

lie» (les ruines comme un point lumineux. Alors même, l'évêque de la Ville Eternelle se contente de nier au patriarche de Conslantinople le droit de prendre le lilre d'évêque universel '. Toute l'ancienne société étant ruinée, la papauté romaine « surnage, dit Edgar Quinet, comme un reste d alliance, âge de force, de modestie, admirablement personnilié par Grégoire ^^ C'est lui qui l'orme ce (jue j'appellerais volontiers l'époque de sainteté de la papauté. » Mais au neuvième, au dixième siècle, les choses sont bien changées. La papauté ne domine plus les Barbares pnr la force civilisatrice qu'elle emprimte à l'ancienne Rome et par la puissance de sa propre sainteté morale. Elle est devenue barbare; en élevant les Francs et les Vandales, elle s'est abaissée à leur niveau. Elle se fabrique de faux titres, se fait de fausses donations. Les Jean XII, les Benoît VII, les Jean XV, « Héliogabales du saint-siége u mettent la tiare aux enchères, donnent à leurs concubines les croix et les calices consacrés, ordonnent leurs diacres dans leurs écuries —

y\. Quinet eût pu insister sur ces saturnales de la papauté. Il se hâte de passer outre et d'arriver à Grégoire VII, dont il trace le poitrait avec un véritable cntliousiasme. Qu'aime-t-il en lui'.* D'abord sa maxime : « Tout |)ape élevé sur le saint-siége devient saint ; » et si ses successeurs l'avaient perpétuellement j)ratiquée, il serait prêt à reconnaître la papauté comme la repiésentation réelle de Dieu sur la terre. De plus, il admire en Grégoire VII une andjition immense, basée sur une cou viclion solide. Le vojant aspirer à devenir le roi de la pensée contre la force brutale, il le salue comme « un

' V. les Différends de la Ueligion de Mamix, l. I, p. 178-20G, 20'» n >-uiv. On y trouvera le développement liifloriiiue des usurpations de li'iiiscnpnt romain.

55i LES RELIGIONS MODERNES.

ancèlre de la Iiévolulion française, » INiil, en efîef, avant lui, n'avait osé dénoncer à l'univers que les bases du pouvoir politique sont, selon ses ])ropres expressions, « la violence, l'orgueil, la cupidité sans frein, l'insolence, la perfidie, les homicides, enfin presque tous les genres de scélératesses.' »

a I^L'inontiint (riin seul bond à l'esprit du christianisiue duns si force proinièrc, ajoute Edgar Quiiiet, Grégoire Vit a senti qu'il portait en lui la conscience du moyen âge; de là, le droit d'interdit, d'excc.in muuication, qui enlevait aux empereurs leurs empires, n'était qu'une conséquence naturelle. «

Et l'historien philosophe reconnaît la vraie grandeur du pontife en ce qu'il osa exercer un véritable terrorisme moral contre tous les pouvoirs qui lui parurent s'écarter (hi divin idéal. (]e droit suprême de jeter le prince, le roi, l'empereur hors du ban de l'humanité, la papauté l'a perdu; c'est le peuple qui l'a recueilli, et c'est lui seul qui, au XIX*^ siècle, peut exécuter la condamnation de Dieu.

Au jugement, trop favorable peut-être, rendu par M. Quinet, sur le terrible Hildebrand, il y aurait à faire une réserve capitale. Le grand pape a trop peu pensé aux misères populaires, et il ne foudroya les princes de ses anathènies que pour leur imposer «la constitution des droits du sacerdoce et la liberté de l'homme d'Eglise, w De plus, c'est à partir de Grégoire VII que l'Eglise, définitivement aristocratique et monarchique, tend à réaliser à tout prix son idéal éternel : unité de la croyance, immobilité de la servitude '.

' Lire sur ce poiiii la page 187 du Génie des Religions.

ISLAMISME ET CIlRI^TIAMSMi;. r,5;%

Page 1