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nienl négative. Kllc est afiirmalive en même temps. Giàce à elle, chaque homme « devient son pape et son concile », la conscience de l'individu monte au rani; d' « Eglise inviolable », le droit du moi est déclaré, reconnu « aussi imprescriptible que le droit du genre humain et de l'éternité. » >'e nous laissons donc point aller à mépriser l'œuvre de Luther et de Calvin, scellée du sang de tant de martyrs et de tant de héros. Si nous nous croyons, si nous sommes, sous plus d'un rapport, beaucoup ]ilus avancés que nos aïeux du seizième siècle, gardons-nous de les répudier, car ils sont nôtres.
Suivons immédiatement le mouvement religieux du seizième siècle jusqu'en ses conséquences extrêmes. Nous reviendrons assez vite à la réaction qui lui fut opposée.
Presque au même moment ou l'ancien momie renouvelait son esprit, un nouveau monde lui était ouvert. Christophe Colomb lui léguait l'Amérique. — Edgar Quinet a compris ce grand lionnne comme personne ne l'avait compris auparavant. Il voit en lui, non point un navigateur poussé à la découverte par des coml)inaisons scientiliques, mais un missionnaire, un prophète, qui, l'âme pleine d'une foi nouvelle, rêva l'unité religieuse du monde \ En son amour immense pour l'humanité, ce héros du cosmopolitisme italien franchit les bornes du christianisme luimême.
« Du liant (It; toutes les Églises accumulées, il aperçoit îles yeux (le, rame, comme du h;uit dune tour, le nouveau monde à travers l'abîme. Unité, solidarité, indivisibilité morale de l'univers, ce sentiment respire dans la moindre de ses paroles. »
Le nouveau monde découvert, l'Église du moyen âge va-t-el!e comprendre la sainte pensée de ('olond)? Va-t-elle,
' Lte la leçon 11' sur le Chnslianisme et la l\i!voliilion, rapproiliez le chapitre vu du livre II îles Héuoliilioiis il Italie.
5i6 LES RELIGIONS MOItERlSES.
en héritière de cette pensée divine , aborder la terre par tant d'amour révélée? L'Eglise ne comprend rien à cette révélation d'un monde à un monde et « le baptême d'amour de Christophe Colomb devient un baplême de sang. » Mais les exécuteurs des hautes œuvres catholiques, apostoliques et romaines, en ont été punis d'une manière terrible : « L'Amérique vaincue a pris à l'Espagne et au Portugal leurs habitants et leur fortune, »
Si le combat de la lléforme et de l'Eglise s'est livré en Europe, c'est en Amérique qu'on en voit le mieux les effets. — Au Nord, quelques hommes isolés, sans nom, sans passé, arrivent sur la plage, y fondent une société sur le plan du livre retrouvé par Luther. Cette société grandit peu à peu pour devenir plus tard la République des Etats-Unis. — Dans le Sud, au contraire, ce sont des flottes, des armées, des emj)ires, qui mettent le pied sur le sol inviolé et y implantent le catholicisme par le fer et par le feu. Mexico, Rio-Janeiro, Buenos-Ayres ne sont (jue de nouvelles Byzances,et si la monarchie s'y change en république, ce gouvernement qui émancipe la colonie de la métropole, de troubles en (roubles, de terreurs en terreurs, descend et remonte de servitude en servitude, — Le protestantisme du Nord a pu produire Washington. Rosas, le docteur Francia, voilà les hommes du catholicisme du Midi.
« Cependant, s'écrie Edgar Qiiinct, qui oserait dire que ces deux religions, le calliolicisnie et la l^éf'ornie, ne soient mises ainsi en présence que pour un vain spectacle? Si chacune d'illes a reçu ainsi lout un monde, n'est-ce pas un signe qu'aucune d'elles ne vaincra sans partage, et qu'elles sont destinées à se fondre dans une unité plus haute, où l'enthousiasme de sainle Thérèse pourra se concilier avec le raisonnement de Calvin, où la tête et le cœur s'entendront de nouveau? No peut-on pas penser que cette grande àme de Christophe Colomh, qui contenait tout ensenihle, par avance, Itome et Gc-
Dl CO-NCII.E liE TCKME ET DE 1. 1 I.TRAMONTAMSME. ."iT
iipve, l'orthodoxie et riiérôsie, le Nord et le Midi, deviendi-.i tôt ou tard le piiiuipe vital et la communion du nouveau monde? L'hérésie de Christophe ColomI), plus vraie que la vieille orthodoxie, est le «rrain de vie semé dans le sillon de l'avenir; tôt ou tard, la société, en croissant, ressend)lera ;i son cerme. »