‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 14 sur 66 · LA PHILOSOPHIE DË L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DË L'HISTOIRE

Quand un homme se sent entraîné dès son enfance vers les travaux de la pansée, il est bien rare qu'il ne commence par s'inclioer devant un maître, vivant ou mort, couronné de gloire et qui le protège, ou perdu dans roubli et qu'il en retire, afin d'être par lui présenté au monde et soutenu . Malheureux est celui qui du maître élu s*est &il un Dieu, qui dans sa leçon a trouvé ou cru trouver un système complet, hors duquel il ne rêve plus rien, ne veut plus rien chercher. Désormais il approfondira peut-être, mais il ne créera pas; il s'est condamné au rôle passif de Técho, il a renoncé à devenir voix* Heureux, au contraire, et fort, est celui qui, en venant s'asseoir devant le maître; en écoutant attentivement sa parole, en la recueillant avec piété, n*a pourtant pas abandonné le libre exerdoe de sa liberté intellectuelle, ne reçoit aucune lumière sans en bire aussitôt l'analyse, n'admet aucune vérité, avant de se l'être à lui-même démontrée vraie, ne s'écrie pas enfin : — Puisqu'il a trouvé le but, restons à ce but I — mais : — grâce

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a lui, nous sommes là; c'est plus loin, toujours plus loin, qu'il nous faut aller!

Deux penseurs avaient vécu au siècle précédent, qui, les premiers, avaient porté jusqu'au food de riiistoire la lumière d'une philosophie indépendante; qui, en dégageant, des faits innombrables semés sur la route des siècles, le principe même de l' humanité à travers les perpétuels changements de ses formes politiques et sociales, avaient, à leur insu peut-être, découvert et prouve l'unité de sa vie terrestre. Ces deux penseurs, robustes par le génie et par la conviction, nés trop tôt pour être compris de leur vivant, et aussi morts trop vite, avant de s*étre rendus compréhensibles en concluant, étaient restés inconnus et méconnus, dépassés de beaucoup sur certains points, mais, sous d autres rapports, toujours placés les premiers dans la voie de l'avenir, en avant des idées communément acceptéefs.

De ces deux penseurs, le premier, l'Italien Vico, a été, pour ainsi dire, révélé à l'époque contemporaine par M* J. Michelet; le second, l'AUemandHerder^parM. Edgar Quinet.

Opposés l'un à l'autre par leur tempérament littéraire autant que par leur méthode, foiniant même un contraste tout à £iit inattendu avec le milieu national dans lequel ils ont développé leur génie; l'un, — le méridional, ~ concis jusqu'à la rudesse, profond jusqu'à l'obscurité, spiritualiste jusqu'au mysticisme; l'autre, — le septentrional, — poëte d'une inépuisable richesse d'imagination, écrivain d'une Hmpidité extraordinaire, d'une poésie sans égale, aimant la nature et i incarnant presque en lui ou se confondant avec elle, au point d'en paraître matérialiste; — Vico et Herder, traduits, commaités, illuminés plutôt \)i\v MM. Michek'Lcl Quinet, n'ont pas seulement élé arrachés à la tombe, réveillés de la mort ; ils se sont en même

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