‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 19 sur 66 · I. — COSMOPOUTISHE ET «ATIOMALITÉ · texte numérisé non relu

I. — COSMOPOUTISHE ET «ATIOMALITÉ

Courant à la recherche des rivages inconnus, peuplant les terres désertes, défrichant les contrées infertiles, les. forêts vierges et les marais fétides, fouillant jusqu'au cœur du globe pour en arracher les trésors oubliés, auxquels, chaque jour, elle invente des applications nouvelles, l'industrie recule, élargit sans cesse les bornes du patrimoine du genre Iramain. A la faiblesse inatérielle de Findividu, elle supplée par roinnipoleuce collective de la machine. Par les rivières, dont elle corrige le cours, par les canaux qui joignent les fleuves, par ces longues lignes tracées à travers les océans et que suivent d'innombrables paquebots, en dépit des flots et des vents, elle développe et multiplie les communications naturelles, elle rapproche et unit

* OnUé morale des peufiles moiemeê;'^ Génie âa BdiffUme, lûr. I, m» V ; liv. UI, n ; — Allemagne et Italie, xvi ; — Le Champ de bataille de Waterloo; — préface de Vraméthée; — liCs Jésuites, conclusion ; — Ultramoiitanisme, lc(:ons V el IX'; — Les lloimaim, conclusion; — IWvolU' tions (ritaiie, liv. I, v; — aux lomcs lll, lY, Yl, YUl doit Œuvres complètes d'Edgar (Juinei.

ni'

LES NATiONALiTËS.

' les pays el les continents. Lançant la vapeur sur des routes

de fer qui brisent les frontières des Etats, — car rien n'arrête leur déveioppemenl iugique, ni le cours d'eau, ni le précipice, ni la montagne ; — abolissant jusqu'à la distance avec rélectricité qui, rapide comme la foudre, d'un bout du monde à Taulre peut mettre les hommes en rapports immédiats et constants avec les hommes; enfin, au moyen de l'échange, du crédit, de l'association, unissant les intérêts universels en lin faisceau commun, et les rendant solidaires, elle anéantit la division des anciens âges et semble préparer Tunité des temps fiiturs.

Admirons tant de merveilles, mais qu'elles ne nous éblouissent pas! L'industrie n'est point son but à ellemême. Si elle ne devait pas provoquer une pensée nouvelle qui, demain, se servira d'elle, comme aujourd*hui elle prétend se servir de la nature, n'aurions-nous pas à la maudire plutôt qu'à la glorifier ?

Par exemple, en exagérant le principe fécond de 1-associalion des capitaux, en plaçant, au faîte de la société, des cbilîres, non plus des êtres, n'a-t-elle pas déj^ amoindri la vadeur de Tindividu, altéré la conscience du mot, noyé la personnalité dans le tout anonyme et irresponsable î Conviant le Nord et le ]\lidi, l'Occident et l'Orient à unir leurs forces dans un but commun, pour une conquête toute matérielle; groupant, non les peuples, mais les produits des contrées, autour de l'autel du dieu Capitaly a>t-elle mieux réussi que le catholicisme à fondre les races en un même troupeau, n'ayant d'autre patrie que la richesse, laquelle, à cette heure, parait remplacer le paradis? Tendant à l'universalisation de Téchange des produits et des valeurs représentatives, au cosmopolitisme des intérêts, n'a-trelle pas détrôné l'esprit au profit delà matière.

COSHOPOLITtSIIB ET NATIONALITÉ. W

supprimé des nations cherchant chacune un avenir humanitaire et se développant dans toute la force expansive de leur individualité, pour ne mettre à leur place que des hommes sans âme, sans idéal, sans foi, sans principes, vivant du présent et devant mourir avec lui?

Nul n'a protesté avec plus de vigueur et de persévé-l rance qu'Edj^ar Quinet contre ces illusions <ie rin(lustrie\ conte mporaine. U y a vingt ans, assistant à l'origine du / môuvân^Tqui, aujourd hui, a dépassé son apogée, il cherchait, non point à l'entraver, car il le croyait néces-) saire, mais à en modérer l'exagération naturelle, exagération latale à Tindividualité et à la nationahté, qu'il con- ' sidère avec raison comme les deux sources des plus hautes vertus de FinteHigence et du cœur.

L'association, eu effet, n'est la vraie loi de l'avenii" que si, en combinant les forces de tous dans un but commun, elle ne diminue ni ne brise la force de chacun des associés. De même, le cosuiopolitisnie, — c'est-à-dire l'unité absolue du genre humain, — ne |)eut pas être une doctrine démocratique s'il exige la destruction des races, obtenue n'importe comment, par le césarisme aussi bien que par la conquête révolulioimairp, |)ar l'industrialisme aussi bien que par le hasard; si, loin de tentei le rapprochement fraternel par l'amour réciproque, il rêve une confusion qui ne serait pas autre chose que l'Empire d'Autriche universalisé.

Mal compris, l'association et le cosmopohtisme conduiraient à l'abolition de l'homme et des peuples, sans qu'il en résultât une humanité véritable, composée d'êtres égaux et libres. La mission que la Révolution française I ous a léguée est précisément l'union des deux principes qui semblent aujourd'hui se poser en contradiction : l'union de la liberté et de l'égalité, de l'individu et du

m LKS NiTlONAUTÉS.

groupe, {\o la nalionalilé et de rhiimanité. L'homme, lilire parce qu'il est boomie, s associant librement dans, la famille, dans la cooimune, dans la patrie, dansl'buxDanité, te! est le développement naturel de c hacun de nous. Combiner les divers sentiments, remplir à la fois les devoiis multiples et exercer les droits attaches à la quadruple qualité dè père, de citoyen , de patriote et de membre actif de la grande fîmilHe humaine, c'est être vraiment un hoiniiie. On ne l'est qu'à demi si l'.on est père aux dépens de la patrie et si Ton \iole riiamauUé par excès de patriotisme. Ne cesserait-on pas de Têtre en voulant l*étre trop, en se ))longeant, hors de la famille, de la cjléj fie la patrie,, dans la mer intinie de l'espèce?

Sous prétexte d'élargir nos horizons, d'élever nos âmes, ne nous perdons point dans des abstractions vagues, dont l'ellét trop rapide est de mettre le devoir au-dessus de la portée commune et, par conséquent, d'encourager Tindifiérencè, Tinaction, régoïsme. Gardons-nous bien surtout . de mépriser la nalionalilé, croyant ainsi mieux aimer rhumanité; car nous endormirions en nous une conscience qu'il est bon de tenir éveillée ; car nous imiterions ceux de nos pères qui avaient intérêt à légitima l'invasion de 1815, nous deviendrions />/ti/o.s'o;}/i^s et nous cesserions d'être peuple. Alors, sans doute, nous pourrions accumuler syllogismes sur syllogismes, mais non pas actes sur actes, comme les héros de 1792, repoussant l'ennemi du sol sacré de ht patrie, et, vainqueurs, le poursuivant sur son propre territoire en propageant le saint dogme de la Gratemité des nations.

Du reste, les théoriciens du cosmopolitisme anlinalional, enivrés de grandeur apparente de leur réve, — rêve emprunté à l'ultramontanisme, dont l'idéal a toujours été. une seule foi, un seul pape, un troupeau de

GOSMOPOUTlSMi!; ËT NATIONALITÉ. 183

liilèles courbés sous uue autorité unique; — les théoriciens du cosmopolitisme ont peu étudié l'histoire et semblent ignorer combien jes races humaines diffèrent les unes des autres, combien il est difTicile, — s'il est possible, — de tuer une ualion.

Qu'ils remontent jusqu'aux premiers âges, et ils retrouyeronl les races encore existantes, [sortant chacune dans ses traits, dans ses mœurs, dans ses pensées, un sceau particulier, que les siècles, les migrations, les invasions ont modifié plus ou moins, mais que nulle force n'effacera complètement. D'autre part, qu'ils a)>[)rofondissent le fait de la conquête, par lequel se dissolvent ou se transforment les associations nationales; ils le verront se produire de trois manières :

— Ou le conquérant est repoussé, soit en une longue suite de siècles, conune le Maure par l'Espagnol, soit en .quelques semaines, comme l'Europe monarchique par la France républicaine. En 6e cas, la nationalité mise en péi il, j^ràcc à l'héroïsme de ses défenseurs, est désormais assise sur d'inébranlables bases; elle tend même à débor'* der hors de ses frontières naturelles, semblable au fleuve dont une digue impuissante a, un moment, dérangé le cours. — Ou bien, le conquérant est victorieux, il parvient à prendre pied sur le sol, il s'y enracine. Alors, s'il est Asiatique, il se superpose au vaincu, qui perd jusipi'à son nom et devient caste inférieure. S'il est Européen, peu à peu, il se mêle au peuple conquis, et, par Tintroductio i d'un élément nouveau, métamorphose son génie et son état social, à l'exemple des Normands devenus maîtres de l'Anj^leterre an^lo-saxoime. — ^ Ou bien, enliu, le coiïquérant n'ose pas garder sa conquête; quoique vainqueur, il se retire de lui-même; mais, après avoir imposé au vaincu un gouvernement de son choix, c'est-à-dire, après avoir

fait d'un corps un cadavre, de telle sorte que le cadavre ne

|K)iirra redevenir corps qu'en brisaul la lounle pierre du sépulcre, et ne sera réellement vivant que du jour où il aura, non-seulement renversé le pouvoir imposé par Tennemi, mais encore déchiré en mille pièces le traité signé pour consacrer sa dépendance. Témoin la France, qui a commencé, en 1830, à rompre le joug de 1815, mais qui, depuis, n'a pas encore pu retrouver sa sublime énerâe des temps de la Révolution, s'est même vue, au lendeitrann de février 1848, inij)uissante à assurer le triomphe universel de ses idées humanitaires; et cela, parce qu'elle n'a point rompu, violé dans sa totalité et dans chacun de ses honteux détails, le pacte de la Sainte-Alliance. '

En somme, la conquête, sous quelque forme qu'elle se produise, est un acte de barbarie tellement^contraire à cette idée même d'humanité, dont certains esprits faussés tendraient à la faire l'actif agent, que jamais l'on n'a vu un peuple l'accueillir comme un bien et que tous les peuples qui vivent et qui renaîtront^ ne vivent que parce qu'ils l'ont repoussé en versant le plus pur de leur sang, ne renaîtront qu'en se soulevant héroïquement contre elle.

En Asie, les peuples morts sont morts pour toujours, parce que l'Asie ne comprend que la caste, et qu'ayant borné au nom de la religion le libre développement de l'individu, elle peut hiérarchiser et immobiliser les niasses, comme elle hiérarchise et immobilise les hommes. Mais en Europe, où la personnalité est la base de la civiHsation vraie, les peuples, quoi que l'on fasse, ne peuvent pas être tués, parce que chaque homme, comprenant ce qu'il vaut en tant qu'homme, comprend aussi que chaque ensemble d'hommes, habitant une contrée qu'il s'est appro- ])riée depuis des siècles, ayant une langue propre, des mœurs, des lois nées à la l'ois de la nature de son génie

COSMOPOLITISME ET NATIOMUTÉ.

et de CiA\e du pays, est vérital)lenient une unité dans le genre huhiain, une personne vivante qui possède un passé, un présent, un avenir à elle, une intelligence, une Tolonté, une conscience, une âme en un mot. D'où il résulte qu'attenter à l'indépendance d'un peuple est un crime qui crie vengeance et dont tout cœur juste ressent l'horreur, que tout homme a droit et devoir de punir.

Cependant, démontrer ainsi la nationalité par la haine légitimement due à qui la menace, ne serait-ce pas donner raison aux théoriciens qui^ partisans de la paix universelle quand même, prétendent, en supprimant les divisions nationales, ôter à la guerre la principale de ses causes? — Non, sans doute. Car, si l'organisation ou plutôt la désorganisation des États de l'ancien monde les portait logiquement à se ruer les uns sur les autres pour la seule satisfaction des ambitieuses folies de leurs souverains, les nations démocratiques du monde nouveau ne doivent ni ne peuvent entretenir à l'égard les unes des autres les mêmes rivalités, les mêmes jalousies, les mêmes inimitiés, sous prétexte de prépondérance ou d'équilibre. Petites ou grandes, faibles ou fortes, se dépK^yant dans toute l'ét^due de leur génie particulier, vivant de toute leur vie, Joinde s'atténuer l'une devant l'autre, elles marcheront d'un pas plus ou moins rapide vers le but commun qui est la liberté et l'égalité; et la première arrivée tendra la main à ses sœurs, non pour les absorber à son profit, mais pour les élever jusqu'à elle, les associer avec elle dans \ la vie, non dans le néant. Amsi sera effectuée Tunilication du genre humain par le seul effort de Tamour volontaire. Dès lors, l'humanité, dont Tunité absolue aurait fait une cohue d'hommes, sous la forme fédérative, s'élèvera audessus des peuples, harmonie divine résultant de tous les accords' humains.

126 LES NATIONAUTte.

C'est pour concourir à la réalisatiou de cet idénl qu'Edgar Quinet a consacré une des meilleures parts de

sa laborieuse existence à faire connaître les nationalités à la France. Ouvrant sou cours, Je Lyop, le 10 avril 1839, il faisait en. ces termes ;sa profession de. foi littérfure.et politique : — « Unité des lettres et fraternité des peuples niod(4nes. » — Et, après avoir démontré que l'industrie et la science, l'art et la politique, que tout tend aujourd'hui à rapprocher les peuples et à rendre la guerre fratricide, il s'écriait :

• Si la ODnscieoce de cette nation s^est âerée par ée^tés de la

oommune li la pmînoe, de k proYinoe à la Fnum, je dis, de plus, (JU13 cette progression ne doit pas s*arrèter à cea termes... La France n^est pourtant qu*une province dans lliunianité. Notre pays tout entier aspire d^un piéme e(fort à sortir de ses propres limites pour connaître ce qui se passe hors de lui» se confondre ainsi aTOc le génie du genre humain lui^màme. »

Dans le Génie des Relujions^ Edgar Quinet saluait du plus ardent enthousiasme la grande découverte de l'affiliation des idiomes d'Orient avec ceux d'Occident, affiliation qui prouTe que . les peuples, aujourd'hui les plus étrangers les uns aux autres, ont vécu à l'origine en rela- I lions intimes et prolongées. — Ailleurs,— préface de Prométiiée. — il déclarait a l'unité de civilisation devenue un des dogmes du monde » et montrait a un seul Dieu, présent dans chaque moment de l'histoire, rassemhlant en une même famille les peuples frères que des années rapides séparent seulement les uns des autres. — A Paris, du haut (le sa chaire du collège de France, il, disait aux jeunes gens qui se pressaient pour l'entendre :

« Aimez donc ce ))ays, non comme une abstraction doctrinaire, mais comme une tci re ( (tnsacrée.' Quand les métaphysiciens vous pi-nposentd'éniigrer 8ans choix, sans souvenir, à la suriai e du ^lohe, rap-

COSMOPOLITISME ET NAT10.N.\LITÈ. 127 f

pdei«?ou8 fie moi par leqnd a été sauvée la RéTolotion : c EHijporte* | ranje ma patrie h la semelle de mes soi'iliers? • /

Aux étrangers de races différentes, ennemies parfois, • — Polonais, Russes, Italiens, Allemands, Hongrois, Espagnols, Portugais, Houniaiiis, Turcs, Anglais, Américains, * — dispersés dans son auditoire, il disait aussi :

4 (T^st line chose difficile, dans une semblable rencontre, de ne blesser I;t nationalité de personne. Je l'ai toujours désiré, j'y ai mis tons mes elTorls, je crois y être ) arvenu. Si cola est, puisse rniiion rapide de ces lioniines de races diverses être pour nous rendilème de runion, de Palbance, de la renaissance, de la prospérité future de leurs patries dans uïi esprit nouveau de justice et de solidarité. Vous reverrez im jour, bientôt peut-être, ces patries désirées. On vous demandera ce ({ue l'on luit en France : vous direz qu'on y fait de» vunix pour le monde. «

Plus tard encore, hier, lui, exilé, élevant la vui.x en faveur des hommes sans patrie, rappelant aux Latins d*Occi- i dent leurs frères oubliés sur les bords du Danube, il écri- ■ vail:

« Un peuple de moins dans le monde, p'fist un rapt fait à la nature humaine. La cmlisation n*est pas seulement le trafic; elle a aussi pour but de conserver les individus, hommes ou nations. Celle qui en conservera le plus sera la plus élevée. L*idée d'iiumanité, qui a fait ' jusqu^ici Phonneur de notre siècle, en deviendrait le fléau, si cUe de« | vait servir à couvrir de ce beau nom Panéanlissement de Phomme au i profit de Pespèce. > j

De la sorte associant l'idée de patrie à l'idée d'humanité, conviant toulies les races à apporter un fragment à Pœuvre commune, n'admettant pas qu'un seul j)euple pût rester éternellenienl cloué sur la croix et le Golgotlia de P histoire, sans avoir son jour de résurrection ; solidarisant les misères particulières de tous les peuples au point de faire de la misère de chacun la misère de l'humanité, il concluait en ces tenues : , .

m LES NATiOMALlTES.

« Il ost ( ortaîn que nul (rentre eux ne renlivin (l;uis l'entière possession lie iui-mèine, si hi cause de Ions ses ïvôvvs ne devient sa cause; si cette idée n'agrandit à ses yeux sa propre entrejirise, s'il n'a tout ensemble pour lui la puissance de la nationalité et la puiss;uice de l'univers. *

Enfin, dans son ardent amour pour la patrie française,

il se complaisait à la montrer se liant à Tltalie et à TFs- / pagne par ses provinces méridionales, à TAUemagne ])ar / ses provinces orientales, et par ses provinces occidentales ' à rÂngleterre ; investie, en raison même de sa position, du rôle de médiatrice entre le INorJ et le Midi; nnifiant on son génie cosmopolite ces génies jusqu'alors contraires; il rappelait au nom de toute son. histoire, surtout au nom des principes qui présidèrent à la régénération de 1780^ à « prononcer la parole sociale capable de relever l'Italie, l'Espagne, leTortugal, l lrlande, la Pologne, la Bohème, la Hongrie, tous ces débris tombés de la couronne des pa|)es. »

Telles sont les bases solides sur lesquelles reposent les études qu'Edgar Quinet a consacrées aux nationalités \

* En un admirable petit poème, le Rhi» (tome VHI, p. 475), Bdgar Qui> net, répKquant & la MandUmu ûe la paix de Lamartine, exprimait ainai toute sa théorie :

Si patrie est un mot inventé par la haine.

Tente vide, on laml)eaux, que Tamour iloil ployer. S'il faut des nations Yiri^er la forme vaine, Arrache donc aussi la famille au foyer !

De tout champ limité condamne la barrière, ^iaudiii le jeune hymon dès que son temple 09t clos* Au lare domestique interdis la prière; Touis ensemble, nu ha>ard, mêlant noirs pooasiàrè. Fraternisons dans te chaos.

Regarde ! dftiis loii vol \c> deux que tu VÎMlOS, Far de» rivières d'or divisant l'infini, <!es royanmes profonds dont tu safs les limites, Désorlcnt-il s l'azur que l'it ii inrinp a héiii? Le Bélier au Verseau oède-t-il ^a frontière?

Aa vain nigistement de TOars ou du Lion, Oiiand vit-on reculer le >anglanl Sagittaire, Ou fuir les deux Gémeaux, s'inclinant jusqu'à terre Dans la ellé du Scorpion?

LA cniCE MO&EftHB. iSO

Ces études, dont quelques-unes sont de date récente et cjiiciques autres déjà anciennes, méritent d'être examinées avec plus (1 attention que jamais : elles empruntent à l élat actuel de l'Europe un puissant intérêt d'actualité; embrassées dans leur ensemble, complétées sur certains points, reliées et synthétisées, elles tracent le vrai programme (le la politique pacilicalrice et civilisatrice <le la France révolutionnaire à partir du jour où les règles arbitraires du vieil équilibre européen et les honteuses violences, consacrées au nom de Dieu par la Sainlé Alliance, ne suiliront plus ù garantir la paix du monde.

If. — I.A GRÈCE MODERKE*.

La (Irèce est la première nationalité à laquelle Kdgar (Juinet ait voué son cœur et sa plume. Quand l'Europe entière frémissait d'enthousiasme au seul nom de l'antique* |)atrie de l'art, de la philosophie et de la liberté, brisant enfin la pierre d'esclavage sous laquelle on la croyait pour jamais enterrée ; quand des héros, partis de toutes les ferres indépendantes, couraient à TOrient verser le sang de leurs veines afin qu'un peuple ressuscitât; quand à cette œuvre sainte travaillaient les plus éloqueuls des orateurs et les plus inspirés des poètes ; quand les rois, subis* sant la pression de Topinion publique, unissaient leurs forces pour faire cesser l'horrible boucherie, assurer et achever la victoire des martyrs; lui aussi, s' arrachant à ses chères études allemandes, risquant l'avenir ouv^t déjà par son premier livre, il eut la noble passion d'être

' La Grèce moderne ses rapporté avec i'an^iqmté au tome V des Œuvres complèies.

lôO LES iNATIONAlITËS.

soldat dans la guerre sacrée; il pailil à la suite de la flotte IVançaUe et il éprouva l'inénarrable bonheur d'assister à ta lutte suprême et de voir le triomphe.

Hélas! que ces temps sont loinl A cette heure, nous autres, jeunes fzens, vieillis par de préioces désillusions, énervés de vaine critique, nous ne savons plus coniprendre les entraînements de la génération qui précéda la nôtre. Si nous ne les traitons pas d'absurdes, si même, — trop rare couiplaisance, — nous daignons leur décerner en souriant une approbation avec réserves, pour le moins, nous les fiesons, nous les discutons à froid, au lieu de les approuver d'un franc élan de l'ànie, et, comme |M)ur nous faire pardonner de ne point nous livrer à d'aussi sublimes folies, nous, si raisonnables, nous nous complaisons à en signaler Tinutilité, les périls, les contradictions î Combien de livres ont paru depuis peu, livres d'histoire, de science, de fantaisie, dont le principal objet à été de démontrer que la (irèce des I^nidas et des Trasybule a existé seulement avant Jésus-(]hrist, que la Grèce moderne est bien plutôt issue de celle des Léon, des Manuel, des derniers Constantin, qui perdirent C^onstantinople; que, rétiiblie pur les nations civilisées, éprises de beaux souvenirs classirpies, par leur unique grâce elle ne se dissout pas ; que, moralement, intellectuellement, politiquement, die est épuisée, gangrenée, sentine de corruption, repaire de bandits : et que, par conséquent, ceux qui naguère pour elle chantèrent, moururent et jetèrent leur or à la mer, n'ont dépensé tant de richesses, de courage ët de -poésie qu'au profit de la -barbarie moscovite, aux dépens de la civilisation et de la tranquillité européennes! Ces idées courent littéralement les rues depuis qu'elles ont été en quelque sorte confirmées par l'apparence des bits, depuis que la récente guerre d'Orient a

Lk tiHÈGE llODËli!«E. I3i

trouvé la Grèce contemporaine si hésitante, si double dans son inaction, ou plutôt si impuissante à se mouvoir dans un sens ou dans nn autre. Eussiez-vous donc voulu que la Grèce oubliât, en un jour, et ses inimitiés séculaires et ses trop coûteuses nltiances; qu'elle s'éprît sitôt d'amour pour le Turc et qu'elle traitât en ennemi le Russe qui avait eu rhabîleté de ne pas hii faire payer Navarin aussi cher que l'Anglais? La (îrèce, — nul ne le niera, — n'a |)oinl agi comme elle eut dû agir, au profit de TOccident coalisé; mais, — répétons-le après H. Quinet, — des nations européennes, « quelle' est celle qui est sans péché pour lapider la Grèce? »

. Après les regrettables événements des dernières années, il faut relire le livre : La Grèce moderne et ses rapports

avec l antiquité. Conçu savamment sous une forme attrayante, embrassant l'ancienne Grèce et la nouvelle, c'està-dire le passé, le présent et l'avenir, illuminé deci delà des joies de la victoire, mais d*un bout à l'autre assombri des tristesses du plus épouvantable des carnages, rappelant plutôt les temps de la Pélasgie sauvage que les grands siècles de THellade de Périclès, ce beau livre n*est pas le stérile écbo d'une époque écoulée, il porte au delà. Réimprimé aujourd'hui dans les Œuvres complètes^ avec les origines de la Grèce antique, il nous rappelle celles de la Grèce contemporaine, il nous aide à ne pas être dupes des œuvres partiales, — oserai-je dire de mauvaise humeur, — dont nous avons été accablés; il regagne aux Hellènes, sinon la vive passion dont les honorèrent nos aînés, au moins la sympathie due à tout peuj)le qui a eu la force de revivre.

* On oublie trop aisément ce qu'était la Grèce en 182i), avant le réveil* Aucun peuple ne paraissait être aussi profondément descendu dans la tombe. liCS chrétiens qui,

138 LES NATtOl«AUTÊS.

poussés par une artistique curiosité, Tallaient voir^ voyaient, admirai^t ses ruines, le cherchaient lui-même

autour d'elles et ne le trouvaient pas. Cependant, de vallée eu vallée, de I)0ucIr' en bouche, de cœur eu cœur, un chant vole... Quel est ce chant ?... Souvenir sacré pour nous 1 ce chant, c'est la MarseUlaise^ c'est-à-dire la it'voliilion, l'âme de la France!... Aussitôt le cadavre remue, il s'anime. Le voilà debout.. • Au spectacle étrange de cette chose, hier sans nom, et qui se nomme aiqourd'hui, qui signe de son sang son acte de TÎe, FEurope se retourne. Mais il lui Tant sept ans, — sept ans de duel implacable entre le conquérant et le vaincu, — pour qu'elle vienne dire à coups de canon au Tore : Cette chose n*est |)as ta chose ; au nom de Thumanité, que naisse ce peuple qui a voulu renaître !

En dépit de ce que Ton a dit et de ce que Ton a vu, — oui, la résurrection de la Grèce a été et restera Tun des plus <j;l()ricnx événements de cet âge. L Europe a servi la cause de la civilisation en reconnaissant ce miracle, et la (■rèce en Faccomplissant. l^lffacer ce fait, en atténuer la portée, ( 'est blasphémer contre la justice.

Les détracteurs actuels des Hellènes ont négligé ou méconnu deux points capitaux qui se trouvent traités, le premier dans le livre même de M. Quinet, le second dans Tavertissement daté de 1857 qui le précède. Nous voulons parler du caractère social de la révolution grecque et de l'impossibilité où elle s'est trouvée jusqu'ici et se trouve encore de se développer selon ses principes et la somme liès-reslreinle de ses moyens.

Pour bien comprendre la révolution contemporaine de la Grèce, il faut remonter jusqu'à la fin de 1 antiquité, jusqu'aux premiers siècles de l'empire romain de Byzance; se rappeler qu'à cette époque déjà, presque tpus les ciu-

LA GRÈGE MODËllNË. 135

quante ans, les provinces essayaient d'échapper à la domination des souverains de la nouvelle Uoiue de Constantin. Durant toute l'ère chrétienne, il est aisé de suivre les migrations qui se produisent du nord au sud, s'arrêtent, se conslitiH^nt, dès qu'ellos ont rencontré un fond ancien de civilisation. Ainsi, dans le raidi, sur le sol de l'antique Heliade, le Slave, l'Albanais, se laissent peu à peu absorber par le Grec, comme le Romain et le Franc par le Gaulois; et, de ce mélange se compose le nouveau |)euple des Hellènes, lequel, pour ne pas être absolument le même (jiie l'autre, n'en est pas moins susceptible d'un dévelop- [)ement heureux, sinon d'une gloire pareille à celle dont brille la tradition de son ancêtre. Sans devoir fatalement aspirer à chasser le sultan de Constantinople pour y mettra le czar, ce peuple-là a, certes, autant, plus qu'un autre, acquis le droit de vivre entre ses frontières naturelles, car sa race les a toujours su garder, d^y éti e même utile , à l'harmonie du genre humain, conformément à sa propre loi de progrès. ■

Or quelle est cette loi? Elle est, comme nous Talions voir, identique à la nôtre. Elle a pour base l'égalité. Cette égalité est précisément le seul avantage que les Grecs modernes aient retiré de la Irop longue oppression ottomane. Tous en étant également victimes, nulle hiérarchie n'a pu se former ni de tribus, ni de castes. On a bien vu, dès que le Croissant se fut éclipsé, apiiuraitre certaines vieilles familles byzantines se prétciulanl nobles; mais ce n étaient que des ombres, échappées de Constantinople, et dont la noblesse ne devait être reconnue par personne, car la place qu'elles avaient laissée vide dans le pays depuis le yioyen âge avait été prise peu à peu par les émigraiioDS, elles n'avaient ni patrons, ni clients, ni force, ni autorité morale, luette apparition, après la victoire, d'une

m LRS HATtONAUTÈS.

aristocratie, invisible avant et pendant la l)alaiUe, u'cxerçii donc aucune action sur la réorganisation d'un peuple qui, seul, avait reconquis et sa terre et ses droits. La question sociale n'eut même pas besoin d'être posée : en fait, elle était résolue, puisqu'il ne pouvait' pas y avoir de prolétaires sur un sol dont les neuf dixièmes restaient biens nationaux. 11 résulte de là que la constitution politique du nouvel Étal devait être essentiellemcnl démocratique et républicaine. Durant la* guerre, le principe de l'élection populaire avait tout fait; à la paix, il devait naturellement tout créer. Si la Grèce moderne n'avait point été assislée au dernier moment, si elle avait été matériellement assez forte poiir achever d'elle-même son œuvré de renaissance, elle se fût logiquement constituée en république démocratique.

Les puissances auxiliaires et protectrices lui imposèrent la monarchie. Mais en vain la Russie eût-elle désiré que celle monarchie fut inslituée sur le modèle du czarisme, en vaia l'Angleterre eût-elle souhaité qu'elle unît le système aristocratique à la liberté constitutionnelle. Les Hellènes reconnaissant Veugéiieia (bonne naissance) à tous les Dis de la patrie, on ne put leur imposer une noblesse qui non-seulement aurait été très-diflicile, sinon impossible, à recruter parmi eux, mais sûrement eût été impjssihle à l'aire accepter par eux. On sait avec cond)ien de peine l'Angleterre et la France obtinrent que des Gérantes j sorte de pairs à vie^ formassent une haute chambre : eficore la Gérousie ne fut-elle pas admise à former un cor|)s politique isolé ; comme la Table des marnais en Hongrie, elle resta cou fondue dans la Diète avec la seconde chambre, le Canneil^ composé de députés élus par tous leé citoyens âgés de plus de vrngt*cinq ans, sans aucune condition de cens ou de capacité. — D'autre part, eu

Ik GRÈCE MODERNE. 135

choisissant un roi à la (irèce, ses hauts protecteurs essayèrent en vain de lui octroyer des pouvoirs qui fussent et vraiment royaux et en conformité avec les mœurs du peuple. La justice émaiHint du pays intMiie, la e appartenant aux communes, le domicile individuel et le secret des letCre.i étant considérés comme inviolables en droit, la îihorté de la presse pouvant être prati([uée par tous les indigènes sans aucune reslriction, si ce u est un jugement par le jury en cas de délit contre les personnes; enfin, la souveraineté nationale étant considérée comme une et indivisible, de U'Wo sorte que ]o ( li<'f du pouvoir et l'assemblée toujours consliluante ne concevaient point séparés ; — le roi ne dut être que le cosOuverain de la diète, aussi souveraine que lui, en fait, puisqu'il ne peut même pas gracier un de ses ministres, condanmé par elle.

Quoique la constitution des Grecs ait conservé lem-

preinte originale de leur nationalité, les formes contradic toires dont on a prétendu la couronner empêchent le libre développement des principes nationaux, dont elles dissimulent le radicalisme et atténuent la portée. De la sorte, des l'origine, limitée, troublée dans sa vie polilirpu', la Grèce a été mise dans T impossibilité de mesurer son horizon à la vraie largeur de ses ailes ; et, si elle n'a pas réalisé les trop brillantes espérances des Philhellènes, la faute n'en est certes pas toute à elle. 11 importe de lui tenir compte, et grand compte, de s'être montrée vivante après une mort de tant de siècle^ et d'avoir survécu même aux alliances qui .se nouèrent autour de son berceau.

C'est qu'en effet la situation diplomatique du royaume grec n'a guère été jusqu'ici moins défavorable à son essor naturel que son organisation constitutionnelle. Au dehors, aussi bien qu'au dedans, il a été, si l'on peut dire, cni-

LES NATiONAUTÊS.

mailloié comme un enfant. Aussi, comme un enfant,

esl-il l'nihlc, capricieux, atliié de ce coté, par la religion commune, de ce côté repoussé par rintérêt contraire, Toulant bien aller ici, mais restant là, obligé enfin d'être bien sage, immobile, pour plaire à tous et à chacun. Par exemple, quand le Uus>se, dont il partage les croyances, lui prouve combien ses frontières sont artificielles, lui parle de ses frères de race, courbés encore sous le joug turc comme lui jadis, et lui laisse entrevoir qu'il pourrait, d(î concert avec lui, travaillera leur, affranchissement, doit-il être accusé de trahison s'il regarde vers le Nord, s*il rêve ce que lui défendent ses autres protecteurs ? Et d'ailleurs que font pour lui ces protecteurs exigeants qui ne veulent pas même qu'il rêve? l^our occuper son attention oisive, lui montrent-ils un grand but quelconque? Lui permettent-ils même de travailler à son enrichissement matériel, d'user des côtes dentelées dont la nature Ta pourvu, de redevenir ce qu'il fut, ce qu'il doit être, un pays de commerçants et de marins? Non certes ; car voilà surtout ce que la (iran de-Bretagne ne veut pas. Non contente de Gibraltar, de Malte, des iles Ioniennes, « la reine des mers jalouse Uydra et Poros. » H ne faut pas que la Grèce gagne sa vie dans la Méditerranée ; Albion n'a point de miettes à laisser prendre par Lazare 1

< Dans cette sîtuatioiii dit HL Quinet, que faire, que devenir? Recevoir la vie à oondîtîoii de ne pas en user. Tel est jusqu'ici le sort de la Grèce sauvée. On s^oppose à Feiplosion de la race grecque ; toute rBurope occidentale comprime ce mouv^nent, et, dans le même temps, o:i reproche à la race grecque son impuissance. VoiUt certes de grandes contradicti<ni8 ; mais elles ne doiveiit pas décourager ceui des Grecs qui ont conquis la liberté... Tout le monde a travaillé à former TÉtat ^rec. On Ta considéré comme une nécessité de notre temps ; et cet État a peine k subsister au milieu des combinaisons actuelles. C'est une preuve que ces «ombinaisona seront modifiées tàt on tard par la force des choses. Après tout, ce commencement de vie nationale qu'on

LA houma.ml:.

reproche si souvent aux Grecs comme un bienfait, ils le doivent k euxmâmes. C'est Touvrage de leurs mains. L'Europe n*est intervenue qu^après sept ans et rassasiée du spectacle du carnage. Une si lente extermination donne un droit à celui qui a survécu. Une plante arrosée de tant de sang ne peut plus être extirpée par personne. En dépit des médisances et de la mobilité du monde, elle croîtra. La race grecque en sera abritée un jour, t

La cause des Uoumains a fait un grand pas depuis 1848, surtout depuis la dernière guerre d'Orient. Elle est devenue européenne, comme celle des Grecs en 1898; et, — ce qui vaut mille fois davantage pour son avenir que la faveur mobile des empereurs et des rois, — elle s'est acquis d'imprescriptibles droits dans lacojascience de tous les hommes libres de Tunivers. Cet immense résultat est dû, d'abord aux Roumains qui, au dehors et chez eux, ont su élever et tenir ferme leur drapeau national, malgré des intrigues et des complications si multipliées. Mais il est dû aussi aux écrivains étrangers, en particulier aux Français qui, dès l'origine de h question orientah», ont dépensé tant de cœur et tant de talent pour les servir, et notamment à Edgar Quinet, qui les a aidés de tout son génie et de toute son influence.

Certes, aucun livre n a pu produire autant d'etl'et que celui de l'illustre exilé. 11 a détruit les antipathies les plus fortes, enlevé les esprits les plus indiflërenis. Et cela, non pas tant par la logique de l'exposition des titres, par la souveraine éloquence de la plaidoirie, que par la toutepuissance de l'émotion qui déborde de Tâme de l'auteur et pénètre jusqu'au fond de Tâme du lecteur.

* Le« Roumaku, réorganmUmi des pnwmeeê dmuMemieÊf au tome VI des Œuvrei compléies^

i38 LKS NâTIONAUTÉS.

Ouvrons ce IWre. — Dès la première page les yeux se mouillent en parcourant cette simple dédicace :

« A Ift mémoire de mon beau-fils Georges Mourooii, né ï lassy, le 1*' septembre 1839, mort à Bruxelles, le 14 mars 1856, âgé de seize ans et demi et ^oatorae jours. •

Commencée peut-être au chevet du pauvre enfiaint malade, le soir en le veillant ; interrompue d*une plainte arrachée par la douleur ou d'un mot pénétrant sur la patrie absente; achevée sans doute un matin que le pâle jeune homme avait souri et promia de viivre; et revue, fermée, sur le bord d'une tombe 1... Sous Finvocation d'un pareil souvenir, cette œuvre est sacrée. Elle n'est plu8.de science^ d'hisUMre, de littérature, d'art; elle ecft de famille, paternelle et maternelle. Elle fie commande plus à la raison. Elle, nous prend, elle nous tient par la sympathie.

Mais poursuivons. — Ici, noua verrons toujours la

science, non pas au service de la raison froide, mais d'un cœur qui parle et se livre tout entier. Ce n'est point un Français qui pourrait s'exprimer ainsi, mais le mari d'une Roumaine, Roum9in lui-même par adoption, un proscrit,

frère des exilés sans patrie :

€ Les Roumains disent h TOccident : i Reniez-noas notre droit de dté dans les familles des peuples latins. Nous sommes des vôtres,

.quoique enveloppés de Barbares Des siècles aéfostes nous ont

tenus séparés de la ipère patrie, de cette Rome d^où nous descendons tous... Vous nous avez oubliés, avant perdu jusqu'à notre nom, car vous nous appdes Valaques, nous qui nous appelons Roumains... Re^ eonnaissezT-nous à nos traits, à notre visage. Voyez! nous portons sur nous le soeau de la vieille Italie; nous sommes les fils des laèoureiirs du Latium, du Picentin, de la Gaule Cisalpine et de la province de NarboDue... Plus que tout le reste, nous avons sauvé (Dieu sait au milieu de quelles difficultés et de quels idiomes incultes!) notre langue natale; vous la parliez autrefois avec nous dans notre berceau commun. Ne nous reconnaissefe-vous |>as aux accents de cette parole

qui nous rappelle à tous la même patrie puissante?... Si deuxliomujes, jetés par hasard au milieu de races ennemies ou seulement étrangères, s'aperçoivent (pi'ils parlent la même langue, dès le premier mot ils l'ont alliance < nti e « ux; parce qu'ils se reconnaissent j)«)ur les membres d'une même luuiille. Le plus fort prête son appui au plus faible; il Tarracbe à la e iptivité. Vous et nous sommes entourés de races étrangères, dont jtlusieurs sont ennemies. Vous êtes puissants, nous sommes faibles, quoique nous ne soyons pas à mépri?^er à cause de notre grand nombre* ft#«u)nuai^z-nous et sauvez-nous l »

La question étant aio&i posée par le côté intime, saisissanty décisif, par la fraternité de raee, Edgar Quinet en entame la démonslralion à lous les points de vue, soit de vérité historique, soit d'intérêt [)olitique ou matériel, soit . enGn d'humanité en général et de justice.

La découverte de la latinité originelle des Roumains est toute récente. Tout le dix-liiiitième siècle l'igiiorail, et Gibbon lui-même confondait les Valaques et les Moldaves avec leurs voisins, les Albanais, les Slaves. A deux reprises, depuis la Révolution, les Moldo-Valaques, qui jamais n'ont oublié leur vieille tradition romaine, s'adressèrent à Napoléon, lui demandant son appui en qualité de parents de ses peuples d'Italie et de France. Napoléon ne voulut pas comprendre. Ainsi méconnus, les Roumains se mirent à préparer leur renaissance nationale par la recherche scientifique de leurs titres de famille. Jornandès, Innocent III, Cbalcondylas, la Barbarie gothique, l'Italie, la Grèce byzantine, les avaient désignés en qualité d'Occidentaux égarés en Orient. Mais ce qui les prouve tels avec bien plus de certitude que les lambeaux arrachés aux vieilles histoires, c'est la colonne Trajane. Là se retrouvent les vêtements, les liabitalions, les ustensiles, les usages, la physionomie caractéristique de leurs ancêtres, éternisés sur la pierre ; vêtements, habitations, ustensiles, usages, physionomie, que peut reconnaître sans peine le voyageur

qui, après avoir vu Rome, parcourt les campagnes de Moldavie et de Valachie

A présent que, grâce aux études les plus patriotiques, — notaaiuient celles de leur Muralori, le Transylvain Sincaîf un héros de la science, — ils ont peu à peu retrouvé leur histoire, perdue pour nous au moyen âge, — sans doute parce qu'étant grecs ils vécurent toujours en dehoi-s du mouvement catholique, — - il est aisé de suivre leur filiation, depuis leur émigration d'Italie jusqu'à nos jours. On les voit, légioiniaires romains, vaincre les Daces en 101 et 104, et s'établir sur le sol, à la place des vaincus, colonies par quatre fois envoyées des provinces italiques, sous le règne de Trajan, une cinquième fois, sous le règne ' de l'empereur Sévère. 31ais, moins de deux siècles plus lard, quand Aurélien a cédé aux barbares la rive gauche du Danube (274), ils deviennent invisibles. Où sont-ils ceux qui avaient défriché naguère et qui f(;rtilisaient les terres opulentes de la Dacie, pendant que les Ilots montants de la barbarie arrivent, s'accumulent, se déversent sur l'empire romain? Des siècles s'écoulent. Les derniers venus, les Huns, les Avares, se sont retirés ; les Hongrois

* Mais le bit le plas important, le plus déôbif, eai le dit de la langue, $\ éloqneinmeiit posé au début même du livre. M. Quinet y revient aux chapitres V et VI, pour rétablir scienlifiqucment et d'une manière irréruUble. S'il est vrai qu'une agglomération d'hummes qui, au milieu des plus

cniclles viris-iltidfs, a tout porcin, siuif l'idiome dos nnc<*(res, par cela seul ii'e>l plus une chose, mais t un peuple, une conscientf. une per.'onnc, un droit, » la perîonnalilé naliunale, la conscience et le droit des Roumains tont prouvés. (îe titre capital, la religion le leur avait dérobé à nos yeux, en leur imposant l'alphabet slavon do saint Cyrille ; mais, pour eux, elle ravait oonservé presque intact par la lecture des livres saints et la prière en langue vulgaire. Entendue aujourd'hui et transcrite avec des lettres latines, par ^a grammaire comme par ses racines, elle réappaniit fille très- Irp^itimc du inliii riassicpie et des dialectes ruslicpies de l'Italie latine, .^a-nr non méconnaissable de l'italien, de l'espagnol, du portugais et du français.

LA ROUMildHIE. 141

se sont étahlis dans l'aiicieime Pannoiiio, ils ont même poussé leurs avant-gardes jiisqu*aii cœur de la Dacie, où on les retrouve encore, au milieu des Roumains. Cependant, la majeure partie du territoire où florissaient les colonies trajaues esl libre désormais. Alors, sans doute, — car aucun document écrit ne rétablit, — les fils des colons commencent i descendre des montagnes, à sortir des défilés, où leurs ancêtres avaient < aché leurs pénates. Cette reprise de possession des plaines patrimoniales, que le peuple appelle la seconde descente, ne devient historique qu'au treizième siècle, avec Radu Negru et Dragos ou Bogdan, avec la fondation des Principautés moldave et valaque. Par suite de ce mouvement, la race se trouve à jamais divisée : une partie demeure dans les retraites de Transylvanie, sous la domination des rois de Hongrie ; Taulre va chercher une vie plus hasardeuse vers les bouches du Danube. Là, en Bucovine, en Bessarabie, en Valachie, en Moldavie, gouvernés par leurs princes nationaux, les Pioumains végètent, tout à fait libres par moment, trop sjuvenl oi)ligés de rendre hommage à leurs voisins» Hongrois et Polonais ; les premiers et les derniers exposes aux effroyables passages de l'avalanche tartare, aox perpétuelles incursions des Turcs, dont ils ne parvicimcnt même pas à arrêter les déprédations eu faisant alliance avec eux et en payant tribut à leur sultan. Quoique ainsi opprimés, pillés, massacrés par les uns et par lés autres, par les chrétiens parce qu'ils sont grecs, par les musulmans parce qu'ils sont chrétiens, ces malheureux Roumains réussissent à ne pas mourir, — miracle réel 1 — et même, à certaines heures de leur histoire, jettent un éclat dont leur avenir reste illuminé. Les noms de leurs domni, Etienne le Grand, Michel le Brave, ne sont pas des moins célèbres chez eux et autour d'eux. Le premier, Etienne,

ils LES NATIONALITÉS

prince de Moldavie, à la fin du quinzième siècle, réussit à réunir les deux Principautés et à s'étendre du côté de la Transylvanie; s'affranchissent des Polonais, des Ilongruis, des Turcs, lultant toute sa vie.conlie eux, il fonde uue grande pairie roumaine, que ses successeurs sont impuissants à conserver. Lé second, Michel, prince ^e Valac^ie, recommence la niôiiie (i^uvre cent ans après; vainqueur des Turcs, des Transylvains, il eût voulu faire uu ^seul corps de tous les éléments nationaux dispersés, 6>rm|Çi; un État roumain qui comprît en entier l'anciên territoire dace entre la Theiss, le Maros, les Carpathes, le Dniester, la mer Moire et le Danube, englobant une population de même race de huit millions d'âmes. Le rêve inachevé de Michel le Brave est resté pour plusieurs des Floumains modernes un idéal réalisable à Tépoqui^ coutemporaine. C est à ces utopistes par excès de patriotisme que iU Qninet s'adresse lorsqu'il écrit :

n Des six provmces que je viens de nommer, — Bitnat, Transylvanie, Biicovine, Bessarabie, Moldavie, Valacbie, — les deux premières n*oiil appartenu à TÉlat roumain qu^à Toriipne; les deux autres kd ont été anracfaëes par violence ; les deux dernières seulement forment aujourd'hui ses débris. C'est avec ces débris qu'il s'agit de constituer le nouyel*État; et. au lien de chercher quel moyen il y a de résoudre le problème^ il faut se garder de dire que la Roumanie n'est possible qu^avec toutes les conditions indiquée» ci-dessus. Car chaque État a des brèches à réparer» et si Ton rejetait comme indigne d*éx»men tout établissement d*Ëtat qui ne serait pas tout d'abord en relation parfiûte avec, ce que demande la nature ou la parenté des races, il faiJidrait commencer par rejeter, sans plus de réflexion, la France sans le Rhin« l'Allemagne sans l'Alsace, la Suisse sans le Tyrol, TEspagne sans Gibraltar, Tltalie sans la Valtelinc et sans la Corse. No faites pas au monde l'extrême plaisir de hii demander l'impossiblo, pour qu'il s'autorise à yous refuser le nécessaii^. »

Les Roumains en masse ont compris ce bon conseil. Ils ont compris qu'il fallait réduire leurs désirs au possi-

LA UOIMÂNIE. 113

hie, associer leurs volontés pour l'iinniédiutc i éalisation du nécessaire, l'union des deux principautés de 3loldavie et de Valachie, seule base de tout sérieux projet de réforme. De la sorte, en effet, d'un côté ils eussent échappé pour jamais à la corruption incessante par le Phanar et à la dissolution non moins active par le protectorat russe; ils auraient aussi brisé la chaîne des temps et recouvré formellement leur nationalité.

Mais l'union, qui les eût sauves du passé et assurés du présent, ne leur a été accordée qu'en espérance. Il dépend d'eux maintenant, ét d'eux seuls, de la réaliser. Il est donc utile de rappeler une dernière fois le caractère éminemment logique, liislorique, conservateur, de cette prétendue innovation.

Le droit public de la Roumanie repose sur les quatre capitulations de 17)97), 1400, lÔH el 17)20, conclues entre les voïvodcs de Yalachie, Mircéa V et Vlad Y, les voïvodes de Moldavie, Bogdan et Rarès V, d'une part ; les . sultans Bajazet I", Mahomet II, l^ajazet II et Soliman, de l'aulre. 11 en résulte expressément que la principauté valaque, soumise par la forcCj reconnaît la Sublime Porte à titre de suzeraine et lui paye tribut, mais n'en continue pas moins à se (fouverner daprès ses propres /ois, à élire librement ses princes nationaux, qui «gardent le droit de vie et de mort sur leurs si^ets, le droit de faire la paix et la guerre avec les souverains étrangers. Quant à la principauté moldave, bien qu'elle doive, elle aussi, soumission et tribut à Pempereur ottoman, il est admis en principe qn^elle n'a pas été conqmse et que, alliée à la Turquie, elle devient pays1ibrv\ que même elle portera, dans tous les écrits adressés [)ar le Divan à son prince le lilre de pays indépendant* Mais il est encore une clause, répétée dans les trois dernières capitulations, et qui, seule, sufiit à

Oigitized

144 LES NATIONAUTÉS.

prouver combien esl complète l'autonomie, combien est réelle la souveraineté de la Holdo-Valachie vis-à-Tis de la puissance suzeraine : les Turcs ne peuvent voyager, séjourner dans ces pays sans motifs plausibles, et si alors quelque contestiation s'élève entre eux et les habitants, ils subissent le jugement des tribunaux locaux ; bien plus, ils sont inhabiles à posséder des terres tant en Moldavie qu'en Valachie, ils ne doivent point y amener de domestiques roumains; enûn, leur culte, Tislamisme, en est proscrit, aucune mosquée n* existera jamais dans aucune jmrtie du territoire moldave (14( 0) ni du territoire valaque (1511, 1529) ^ Donc les iVincipautés étant restées terres du Christ sans jamais avoir été considérées comme terres d'Allah, elles gardent pour preuve de leur autonomie, de leur souveraineté, comme dit Edgar (Juinet, « le titre le plus infaillible qui puisse se rencontrer parmi les hom* mes, le droit religieux des vainqueurs eux-mêmes. »

En vertu de ces capitulations, la Valachie qui, en 1590, s'était alliée avec la i^ologne, put encore, en 1500, s'allier avec la Hongrie. Longtemps après, en 1580, la Moldavie était apte à conclure avec l'Angleterre un traité de commerce valable. Enfin, un traité co//edi/'d'allianceo(Tensive et défensive, et non de soumission, fut obtenu en 1499 par Etienne le (irand du roi de Pologne ; ce jour-là, la Moldo-Valachie. la Roumanie constituée par un prince national élu, entra dans les familles des grands États européens.

En droit, la Sublime Porte n'a jamais contesté l'autonomie, la souveraineté de la Moldo-Valachie. Elle ne les a que trop souvent violées en fait. Lors de l'apparition de

* Ure le texte de ces CapUulalions dans la Question des Priuvipauiés de» mar Europe, par M. A. Ubicini, p. 58t>-396.

LA hOUMANlE. m

Pierre le Grand sur le Pruth, le prince roumain Démétrius

Caiitéiiiir se jeta dans les hras de la liiissie naissanle. De cette faute la Turquie tira une vengeance trop cruelle en faisant, au mépris des traités, voler et avilir ses anciens alliés par ses valets phanariotes. L'abominable tyrannie du Plianar dura tout un siècle. Elle n(î cessa qu'au moment oii la Russie, qui avait eu Thabileté de rappeler sans cesse les franchises des Roumains (1774, 17ÙÎ, 1812), se trouva assez forte, en 18:26, en 1829, pour enlever à la Porte la moitié de sa suzeraineté et se réserver un pro- • tectorat direct et permanent. Avec le Règlement organique^ dressé à la suite de la paix d'Andrinople, une ère nouvelle commença pour la Moldavie <'t la Valacliie. Les deux Principautés recouvrèrent, en droit, leur administration indépendante; mais, en réalité, subirent, sous Thospodorat viager, une double domination, moins ignoble peut-être, mais no:, moins fatale à leur avenir que 1 unique oppression des pachas phanariotes.

Il importe de signaler ici que, tout en légalisant les abus les plus criants, afin de laisser mille prétextes à la constante intervention des czars, le Rèijlemeni or(j(iijique a, dans F un de ses derniers articles, prévu et consacré d'avance la faculté que réclament les Moldo-Valaques de s'unir en corps de nation roumaine ^

La Uévolution de 1848 a amené, avec Toccupation turque et russe, la suspension du régime inauguré en

' « Ahticlk 42 ». L'origine, la i'e!i.rloii, les usages et la conformil»' de langue des liabiUnts dans les deux priiicipautt's, ainsi que le besoin mutuel, contiennent, dès le principe, lus éléments d'une union intime qui a été

euii'ttvée H reiantée par de» drconUmeei flfrtuUe» et mimdaire». Lee avaniaget et les eontéqueneei nMairee rénUiant de h réunion de ce» deux peuples ne sauraient Ure réuoqiiés en doute. Im élément» de la fusion du peuple mokkhvalaque sont déjàpo»é» dan» ce riglemeni par l'umfifruUté de» bote» adminutralwe» de» deux païf»» *

140 LES IN ATlOiN ALITÉS

veiiu du traité d*Andrinople, et la doinhiatiou russo-

lurque, créée par la convention do TIalta-Liniaii, en 1841), a subsisté jusqu'à la guerre d'Orient. Après la retraite des Russes et des Turds, après l'oceupation autrichienne, la pan de Paris a rétablii'aAciétt éfat*d« chëses, c'est-àdire, rendu pleine vigueur aux traités d'alliance et de suzeraineté conclus jadis entre les Principautés et la Sublime Porte, et consacré,' sous la garantie cbllèctivé des puissances contractantes, l'indépendaïke administrative, conunerciale, législative, religieuse, nationale de la Moldavie et de la Valachie.

Depuis lors ques'eat^î passé? "Ceia- date d*hier, ét point n'est besoin d'insister pour qu'on s'en souvienne. La question de l'Union des Principautés sous le gouvernement d'un prince dioisi dans Tune des familles^ souveraines de FEurope, mise' en vtmi le 26 mars 1855, m% conférences de Vienne, par M. de Bourqueney, a été reprise lo 8 mars 1856, aux conférences de Paris, par M. Walewski. Sur l'opposition des représentants de l'Autriche et de la Turquie, il fut décidé que les populations moldo-valaques seraient consultées ayant que Ton arrêtât la réorganisation déflmiive de leurpatrtè. Uné commission européenne, chaînée de recuâllrr les voeux exprimés par des divans ad hoc, représentant les diverses classes du pays, arriva à Bucharest au mois d'avril 18ô7. On sait quel accueil enthouôastë fut fait iaux déltègués. des puissances ipii passaient pour favorables à' l'Union, et comment y répondirent et ces délégués et leurs gouvernements, paraissant se plaire à surexciter uné agitation déjà très-carâctérisée. On sait aussi que de prudence, que d'habileté les patriotes roumains dépensèrent à laisser tous les torts du côté de leurs ennemis,Aà ne point froisser les susceptibilités de leurs protecteurs, et, quand en6n les divans ud koe fureot

assemblés (octobre 1857),. à grouper leurs ycém sur les cinq points capitaur, «nfèiiMiîe, Umon, prince étranger héréilitaire, neutralilé du territoire, assemblée générale législative, — à les voter à T unanimité moins deux voix en JUotdaTie,. i runaiiimifté. absolue «n Ya-

lachie. • . '

Enfin, ou vient de lire le chef-d'œuvre qui est sorti des laborieuses séanceii de ce mystérieux cong|rë9» depuis si longtemps assemblé. L'autonomie, sans doute, est accordée aux deux Etats, vassaux de la Porte, mais telle qu'elle existait auparavant légalement, ni plus ni moins. Quant à rUnion, elle est repoussée en fait, tout en étant préparée pour Favenir par Tinstitution immédiate d'une commission centrale permanente de douze membres, vouée par sa composition même à Vétemelle immobilité; au lieu d'un prince étranger héréditaire, les Prnmpauiés'téitnies reçoivent pour souverain, chacune, un ïiospodar indigène à vie, élu dans le pays, mais investi par la Sublime Porte. La question de la neutralité du territoire se trouve résolue dans la lëttre et l'esprit des antiques capitulations, confirmées par le traité de Paris et mises sous la garantie commune des puissances contractantes. Pour ce qui concerne rassemblée générale législative, unanimement demandée, il est accordé aux Valaques et aux Moldaves deux assemblées législatives particulières, dont les membres sont choisis par des électeurs directs élus eux-mêmes par des électeurs prinuiirés, ceux-ci, comme céux-là, tenant leur droit de la quotité de leur revenu foncier ou de leur capital commercial. En somme, aucun des cinq points réputés capitaux par Tunanimité des citoyens moldo-valaques, consultés légalement, n'a été pleinement accordé; il n'existe pasencorc de Roumains ni de Uoumanie, mais deux Etats à demi associés et iudividuelleuieut dotés d'une constitution

LES l^ATIONAUTÉS.

parfaile, $ans doute, et à laquelle il ne manque qu'un seul ressort, celui qui fait marcher un peuple.

Que les patriotes roumains retiennent bien ce que ré-

pouduit i^dgar Quinct à leurs chaleureuses adresses :

« Il m faudrait donc passe déconcerter si le hA notait pas atteint aussitôt que nous le souhaitons. Au contraire» ce serait une raison pour les amis de votre cause de redoubler leurs efforts; car il est bien rare, en de si grandes entreprises, (]ue Ton obtienne par un premier effort ce qu*on désire le plus et même ce qui est le plus nécessaire, t

Or il me semble avoir établi que TUnion, non accordée en fait par les puissances, appartient en droit aui^ Moldo-

Valaques, s'ils voulenf, s'ils savent reffecfuer dès la première heure favorable. Us sont libres dans l'intérieur de leurs frontières et se gouvernent d'après leurs propres lois; qui peut, sans violer les traités tant anciens que modernes, les empêcher d'user de leur souveraineté reconnue, d'associer leurs deux gouvernements, si néanmoins ils ne brisent pas le lien qui les attache à l'empire ottoman?

i*our nous, — qui croyons à une au Ire justice qu'à la justice diplomatique, — nous préférons de beaucoup que les peuples fassent au lieu de laisser faire, qu'ils prennent leur droit au lieu de le demander et de le recevoir comme un don. Aussi pensons-nous que l'œuvre actuelle des Roumains consiste moins à complaire à leurs très-hauts prolecteurs européens qu'à se rendre capables de conquérir eux-mêmos et de <;ardLM* leur nationalité. Dans ce but, — i ukase diplomàtiqae ayant au moins consacré solennellement leur autonomie déjà reconnue, — ils peuvent, ils doivent par eux-mêmes opérer le travail de leur régéné* ration intérieure. Dès qu'ils auront entrepris ce travail, le monde entier, désormais intéressé à leur existence et à leur prospérité, aura les yeux fixés sur eux; il ne saura trop admirer, trop aimer, trop souleoir un aussi petit

LA ROmiAllIS. 149

peuple donnant nn si grand exemple aux plus puissants.

La première plaio ((ue les Roumains aient à découvrir et à brûler résolûment, c'est le byzantinisme. J'appelle ainsi la prodigieuse concentration en Moldo-Yalachie de tous les vices qui déshonorent la bureaucratie allemande des Gzars et Tadmi nistration gréco4urque des sultans et de leurs parlins. (iunlre les rapines de 1 aduiiiiislralion, l administré, quel qu'il fiit, n'avait naguère de recours d'aucune sorte, la justice n'étant pas moins qu'elle vénale et rapace ; môme, s'il est possible, les magistrats étaient encore plus corruptibles et pins corrompus que les fonctionnaires; le droit public et privé, malgré les belles phrases du Règlement organique, n'existait et n'était respecté que sur le papier. Cette infamie officielle, issue en droite ligne du régime pbanariote, des occupations et du protectorat moscovites, se perpétuait depuis plus d*un siècle et demi ; et, semblable à la tache d'huile, s*étendant à l'inlini, elle envahissait, dévorait la nation ellemême. Profitant du peu qui leur est accordé par les puissances, que les Roumains prennent au sérieux la res^ ponsabilité des ministres de leurs nouveaux hospodars, que le corps judiciaire réorganisé soit mis en état de rendre véritablement la justice, qu^en un mot, eux-mêmes, ils commencent bravement et sans retard la réaction de

riionnêtelé!

A la régénération morale du peuple roumain Edgar Quinet a consacré un des plus beaux chapitres de son livre. Pour accomplir l'oeuvre d'épuration, extirper les

vices dont les étrangers onl empoisonné la )loldo-Yalacliie, l'exilé français fait directement appel aux femmes et aux . jeunes gens. C'est surtout par les mariages que la patrie roumaine a été perdue. Jusqu'à l'époque actuelle tout aventurier, russe, grec ou tartare, décoré d'un titre mos-

iSfà LES; ^^fK^UUVÉS.

covite ou byzantin, n'avait qu'à se pr&enljçi: pç^ur trpiivfjp une riche héritière, qui,,â9n3 lui faire perdre sa uationaiité^ hii apportait ia .sieiiiie ep .0o( ayeç la juropri^l^; i^ujie . partie du sol et de ses habitants. Si les remmta n'étaient pas mariées, conformément à l^,^outi^^ue prj^eniale, avaut l!âge où Ton aait cfioiair, .elles pourrabi^t çqianiefiqar une immense révolution patriotiqu6fen,8e reFusaniaux traijtres, aux hommes souillés qu'on leur envoie de Conslaiitinople ou de S^iint-PétershQurg. Néanmoins, d^ à présent, avant toute iQod^çation de la législatiop^^i|(rt|noiiifde,.elles sontcapables de remplir un rôle utile. Renonçant à l'imitation ^rvile de nos frivolités, à nos. romans et à nos modes, conservant précieu8emei]Lt.leiii:s^.^à(;e^^ati;u(eUf\^i^. Toriginalité de leurs sentiinents, qu'elles .rallnn^ent en leurs âmes le culte du beau, du vrai et du juste, et le transmettent, avec Tamour de UiP^^ie» |i,l/^i;s tilles, à leurs .lib,. dont le double en&i^lementlemr inpoqol^e^ l,-çn(îintement physique çt l'enfantement mora(l — ' Parlant à ces heureux jeunes gens auxquels la richesse de leurs ^lères permet d'aller ^ch^vefi^eur éducation ^i'étr^ng^r, Edgar Quinet leur démontre que ce qu'ils., tiennent, cbeircber parmi nous ne leur appartient pas à eux seuls, mais principaleu^^nt à leur pays ; qu'en partant ils opt cpjairacté une dette .saçuréç et qu'ils sont tenus de l'acquitler au. retour* Aussi, avec quelle insistance il les met en garder contre nos contradictions, nos mobilités, contre les éblouissanls mensonges des Bywices occidçqtales 1 .Éviter l'apparence éphénièrei jeujies g^s; cherchez, découvrez, et n emportez que « l'étincelle immortelle cachée sous nos misères 1 »

* Cependant, ajoute M. Quinet, je ne voudrais pas qu'ils retournassent dans leur pays sans avoir visité quelques-uns des petits Etats qui, enclavés au milieu des grands, ont su garder leur indépendance native avec Içur liberté, par exemple, la Hollande et la SuissQ. Ils

LA ROUMANIB.

auriiieot là un spectade analogue k celui qu'iU aoni destinés^ rencontrer ches eux ; ils Terraient comment un petit peuple sait se fidre respecter des plus grands. •

La queslion morale, d'où tout dépend, la perte ou le salut, étant franchement abordée, il en est une autre que les patriotes roumains sont contraints de résoudre au plus vite : la question sociale.

Quatre classes ont été représentées dans les divans, ai hoc réunis et consultés conformément aux stipulations du Iniilé de Paris : le clergé, la boyarie (grande et petite propriété), la bourgeoisie (les villes), le peuple des communes rurales.

Le clergé, à vrai dire, n'esl point une classe. Trop longtemps tenu sons la dépendance des uns et des autres, habitué à servir, il est resté étranger à toute, idée de domination temporelle. Affranchi du célibat, se mêlant sans cesse par le mariage au milieu dans leipiel il vit, il n'est point, ne peut être un Ktat dans l'Etat. Jadis il. a rendu un service immense à la nationalité en aidftot le peuple à conserver sa langue. Ne pouvant devenir persécuteur faute de t'anatiame, — la tolérance religieuse est, depuis ua temps immémorial, enracinée dans les mœurs du pajs, — il est apte à couronner son œuvre séculaire en constituant la parfaite indépendance de l'Kglise roumaine à l'égard de la Grande Eglise de Constantinopie, en l'isolant aussi de l'Église impériale 4^ Saint-Péterabourg par la radiation de tous les mots russes qui se sofit glissés dans la liturgie, par quelques changements dans les rites, le costume et le chant. Avant la paix, M. Quinet engageait le clergé moldo-*valaque à faire au plus tôt ces réformes fondamentales. Les paroles de Thistorien ont été entendues, et rÉglise roumaine s'aflranchit peu à peu de tout ce qui

n'est pas national. La majeure partie de Fœuvre est déjà

acc()iiij)lie.

La boyarie, — en principe, — n est pas une classe nationale comme la noblesse d'autres pays ; elle tient au

sol par l;i pi opriété bien plus que |)ar le sang (pie ses fondateurs auraient versé en détendant la pairie ; nombre de titres nobiliaires ne sont que d absurdes dignités byzantines, des distinctions musulmanes, des décorations qui la lient par serment à des souverains étrangers. (Cependant la majorilé des boyards, et des grands comme des petits^ a fait preuve, en ces derniers temps, d'un très-grand patriotisme. C'est par eux qu'a été posé, défendu en face de l'Europe le droit de la nation roumaine. Anssi ne doit-on pas étendre à toute la boyarie le blâme qu'une partie seulement mérite, la dire traître, corrompue, incapable, parce qu'il y a parmi elle des incapables, des corrompus et des traîtres.

Quant à la bourgeoisie nationale, elle est encore trop peu nombreuse et trop peu instruite pour ^tre un solide

élément de reconstitution. La [)opulalion marchande et indusirielle est en majorité composée de juifs, de (irecs, d'Arméniens, d'Allemands d'Autriche, la plupart protégés étrangers. Avec le progrès de l'industrie, — progrés très-rapide dès qu'il y aura dans les Principautés une stabilité quelconque, — la bourgeoisie ne manquera pas d'augmenter en nombre et en influence.

Enfin, voici la dernière classe, celle dont les membres se comptent par millions et qui, conservatrice du verbe national dans le passé, dès le jour du réveil, . doit redevenir le corps même de la Roumanie ; la danse des laboureurs contribuables, comme rap[)elle si chrétiennement le Règlement organiquCy compilé sous la dictée des Russes. Quoique ledit règlement reconnaisse à ces bons paysans

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certains droits fort minces, rappelant le droit primordial, inaliénable, du cultivateur roumain sur une partie de la torre, il leur impose à 1 égard des seigneurs terriens des obligations multiples dont Tensemble constitue ce que nous comprenons commiiiH iiu nl sous le nom de servage, — Mais, disent les conservateurs de cette iniquité, nos paysans, qui jouissent du privilège de libre migration, ne sont pas, n'ont jamais élé serfs dans le sens féodal du mot. Ils n'ont point été conquis. Incapables de vivi e par euxmêmes, insouciants, paresseux, ils se sont lïbremefU vendus^ argent eomptmUy eux et leurs descendants, h des propriétaires dont ils cultivent les champs, et grâce à la protection desquels ils sont assurés de ne pas mourir de faim. — Cela étant admis, c'est à-dire le fait de l'usure remplaçant le fait de la conquête, ceux qui trouTent leur condition mauvaise peuvent se racheter de l'aliénaliou l'aile d'eux-mêmes par leurs ancêtres, devenir libres sans révolution, d'autant plus aisément que le droit ibrmel de rachat n'a jamais été aboli.

Sur cette grave question à quoi bon parler moi-uiéme? Écoutons plutôt les représentants légaux de douze cent ^ mille emtribuables laboureurs exprimer simplement, sans menaces, comme des justes réclamant au nom de la seule justice, et leurs griefs et leurs vœux, le 1 novembre 1858, au sein du divan ad hoc de Moldavie * :

« ... Au nom de nos commettants, nous élevons notre fiûble voix pour confesser la vérité en face du Dieu w'mnt Noua osons dire que, jusqu^à ce jour, toutes les charges les plus lourdes de TÉtat ont pesé uniqueinent sur nous et que nous n^avons joui de presque aucun des avantages sociaiix... Nous avons seuls payé de lourdes ctpitations;

* On peut lire ce doeument si rcmarquabie, reproduit avec tous les actes des derniers divans, dans Touvragc déjà cité de H. Ubicini, p. 311* 335. On n'en donne ici qu'on tr^bref eitrait.

seuls nous avons fovrni des conscrits pour la jnilioe ; seuls nouft.atoiis r('( n'hué les foncUonnaires, administraieui^s, magistrats, sous-^dmilustratéurs, gendanhes; seuls nous avons travaillé aux chemîm, aui pontt, a»i mite» du, pays... Seuls, ^cfaaiiiéa aa tmnii (broé m* ka terres des seigneurs, nous leur donnions la main-d^œpvire pour les réparations nécessaires Ji leurs fermes ; bon gré, mal gré, nous devions seuls faire toute corvée rurale dans leurs exploitations; aux juifs monopoleurs nous avons été vendus, livrés, comme matière iné* puisable à exploiter; ainsi la boi^n e^t devenue chère (et empoison née pour nous Seuls, dans ce pays abondant eo grains, nous avons toujours mangé un pain noir et amer, souvent trempé de nos lannes^ Une guerre, une agression étrangère, éclataient-elles sur notre pays, nous seuls en a u m of i oas» le fiénu. Les armées étrangères, nous les a^ons nourries, servies, transportées... pendanides hivers rigoureux... au Danube et au delà du Danubt; ; nos bœufs, transis de froid, tom* baient roides morts, et souvent l'homme aussi tombait à côté d'eux; dans sa misérable cahane, ses enfants souffraient de la faim, car ce que l'ennemi n'enlevait pas pour ses besoins, les agents avides de nos autorités marâtres le prenaient.'iKHir.eux et deffsiuûeiii ainsi jde riches seigneurs ■ t

Apris ayoir longuement, mais avec une adioirable mO' dération , ; f»q)i;ifK^ kiurfbjuete^ gfiefii, les paysan» font nppel à la concorde et énumèreni niiisi, « irè9*hiiinble<-

ment, » leurs vœux au u nom de Dieu tout-^ uisâant et de la sainte iusiiee ; .

« ... La classe des habitants dos communes rurales soumis à la corvée sci^Mieuriale-demande qu'à l'avenir le cultivateur soit aussi compté parmi les houimes; qu'il ne soit plus, ainsi qu'il Ta été jusqu'à présent, assimilé au bétail sans parole; que les cliàlinujits corj)orels, dont le fisc et les seigneurs font depuis longtemps l'instrument de

* Art. 129 du Règlement organique : « Le propriél:iire seul a le droit de vendre sur sa terre du vin, de l'caunle-vie et autres boissons, t etc.

* L'invasion russe de 1828, notanuncnt, a coûté aux Principautcà deux cent mile paysans, morts de fiitigue et par suite d'une épidémie. — Par contt«, il ftat féeooiiaftre que la dernière imsion nMe> a ét^idniraUe d'ordre et de discipline. En revanche, roccnpttioo aulrichiemie a rappelé, dt'passé tout ce (pie les précédentes avaient ea d'ignoble et d'odieux. Les bons soldats de S. M. L R . A. payaient tout à coups de sabre. Us ool iaissé derrière eux Ui misère et la.haine.

LÀ HOUMÂNIE.

notre dégradation morale^ <pie le iÎMiel et les verges» qui trop soaveol ont déshonoré les chefeux blancs de nos pères et maintes fois provoqué des avortemenis douloureux chea nos pauvres femmes, que la Âtttigatien soit aiioKe I jamais ; que les peines oïdioaires nous soient justement appliquées comme aux autres cbsaes, et que nous ne soyons plus condamnés sans jugement.

« Nous demandons paiement qn*h Tavenir toute corvée prescrite ou non par une loi, que toute avanie ausd bien que la capîtation; soient abolies pour toujours. Nons demandons encore quli Tavenir ies communes soient réellement assurées d'avoir des autorités électives sorties de leur stin... fin somme; nos soupirs, nos doléances de chaque jour, le principal voeu de notre classe, Tobjet des prières que nous élevons jour et nuit k Dieu, e*eët l'àbolilmn de la conée seigneuriale.

« Aussi la voulons-nous racheter» cette coryée-. jNous voulons noua affranchir, nous racheter du servage où nous sommes ; nous voulons nous racheter pour nous appailenir, pour n'être plus à personne qu*i notre pajSi pour qu'aussi bien le pays soit nôtre. Nous sommes à genoux, nous sommes tous affaissés ; Tétat où nous sommes, nous no pouvons plus Tendurer. Nous n'entendons cependant léser en rien le droit de qui que ce soit; mais que notre droit non plus ne soit pas anéanti...

i QH*une Assemblée législative générale soit donc ooiivoquée. Là, nqs propres représoitants ayant pùu», on délibérera sur les dnîts des seigneurs et sur nos propres droits, et telle redevance que le pays tout entier trouvera bon de nous imposer, nous Tacquitterons i h sueur de nos fronts ; car tous, comme un seul homme, nous voulons nous racheter tde Tesetavage : « t, pour 4^ maîtres dansnos Aunilles, maîtres de nos foyers aussi bien que de nos champs, nouatranaillenNis de Imn c(Pur et nous nous rachèterons.

• Telles sont nos très-humbles prières et demandes. §

Cette m^^toft des fo^ûnsy — on Ta constaté à regret, — souleva dans le divan moldave une disoussimi

des plus animées. Plusieurs boyards, et des plus riches, s'honorèrent, il est vrai, en la défendant contre l egoïsme de leurs pairs. Ce fut en vain. Cin^ante et une voix se prononcèrent contre la motion et vingt -cinq seulement rapprouvèrent. Phis lard cependant, dans une de ses dernières séances» TAssemblée émit le vœu <t que la corvée fût

abolie el qu'il fût accordé au paysan sur la propriété seigneuriale une portion de terre dont l'étendue serait fixée uUérieuremeiU. » En Yalacliie, la question ne fut pas même posée, car, on le sait, le divan ad hoc ne crut pas de sa compétence de s'occuper des réformes intérieures, qui ne pouvaient être effectuées qu après la réorganisation politique des Principautés par lé congrès de Paris. Mais il faut remarquer que dans le muni [este àu comité central de Rucharest, la |)roression de foi des Unionistes concentrant toute leur action pour l'obtention des quatre points fondamentaux , repose sur les trois principes suivants : respect du droit de propriété, — égalité devant la loi, — liberté individuelle et liberté de travail |)our le paysan. Donc, de toute manière, la question sociale reste à l'ordre du jour. Le congrès de Paris Ta résolue, en principe, car il a déclaré les Moldaves et les Valaques égaux devant la loi et rimpot, également admissibles aux cniidois ; mais, en foit, il a laissé aui deux assemblées législatives la mission de réaliser Pabolition des privilèges, exemptions et monopoles, et de procéder immédialenicnt à la révision des lois qui règlent les rapports entre les cultivateurs et les propriétaires du sol. Puissent les privilégiés comprendre la générosité des paysans à leur égard, se laisser entraîner par Télan du cœur, se laisser conduire plutôt par l'aulorité de la raison, abdiquer pour l'amour de la patrie leurs iniques privilèges, effacer la souillure des siècles et s'anoblir véritablement en rentrant de bon gré dans le sein dn peuple! A la lioumanie renaissante, la vieille France offre . en exemple sa nuit du Quatre août.

En dehors de Tégalité des citoyens, d'où découlera la distribution des cbarges publiques entre tons proportionnellement aux facultés de chacun et 1 accessibilité de tous à toutes les fonctions, il y a encore ia liberté, réalité de

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premier ordre, qui ne doit être ni négligée ni sacriBée, poni- (le plus pressantes apparences.

C'est aTec bonheur que nous avons vu les Roumains des deui Principautés, i^ppelés à faire acte de vie nationale, se rappeler combien lu parole doit toujours rester sacrée pour ceux qui par elle ont été sauvés de la mort au milieu de tant de périls ; entamer leur œuvre de résurrection en usant de la liberté de la presse, en réclamant j)our l'avenir la discussion publique de leurs alTaires. Ils ont, pai iiii leurs quatre « grands points, » émis celui-ci : un gouvernement représentatir; exercé par une assemblée unique. Particulièrement en Moldavie , où les choses intérieures ont été traitées, ils ont posé les bases l'e la séparation des pouvoirs législatifs et exécutifs, de Tindépendance du pouvoir judiciaire à Tégard de l'administration, de la liberté des cultes, s;:uf la reslriclioii prévue dans les cajûtulations avec la Porte, de la liberté individuelle enlin, entraînant Pinviolabilité du domicile, la soumission de tous aux seuls juges légaux, Pabolîtion pour le présent et l'avenir des tribunaux exceptionnels. Q" ^^"''un de ces principes ne rentre dans l'ombre! — a Sur cette terre de malheur, a dit Edgar Quinet, une chose n'a jamais été essayée. Laquelle ? Le droit. C'est donc au droit qu'il faut recourir. »

Encore un mot, le dernier.

Aujourd'hui, plus que jamais, il importe au peuple roumain d'être par lui-même assez fort pour concjuérir, à l'occasion, et sauvegarder, au besoin, son indépendance. Les Roumains, dans leur trop longue infortune, ont fait une grande perte. Ils ont désappris le maniement des armes. Qu'ils se remettent à l'apprendre! Qu'ils aient au plus vite une armée 1 Leurs paysans, de serfs se réveillant citoyens, retrouveront le courage de leurs pères, les sol-

m LES iiA7i(mAiriÊs.

dats de Michel le Brave, et'iih eombailiront, s'il Je but, jusqu'à la dernière gauUe de leur «ang, soit poir garantir la patrie de l'oppression, soit pour coopérer au salut ilu monde avec tous les peuples frères, à l'heure de la iulte décisive, entre la barbarie él h civilisation, le.despbUsnie et la liberté. • • • -f •

La Houmanie, si.cJJe veut être, doit être une nation vivanlCi une personne Tespopsebld, à laquelle .le monde pourra confier l'extréine bairière danubienne, et «fui, à Ce poste d'honneur, deviendra la sentinelle avancée la Révolution française. i

Quia lesiRoumains y w^genl, teUe e^llti raisan^bunàaine de leur renaissance, telle est leur n^ission..

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