‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 2 sur 66 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l;homme, sa vie et son im lience

Ou ne peut parier d'Edgar Quinet, sans que deux autres I noms viouient aussitèl sur les lèvref : Miehelet, Mickiewicz. Et Ton se rappelle ce qui les uilit, le glorieux enseignement du Collège de France.

De ces trcMs bobines, grands jpar le cœur^ par l'esprit, par la foi et par l'influence, le (mmierest morl^ celui qui apportait à l'Occident la pensée septentrionale et f;iisait entrer la Slavie dans le domaine de la Révolution française.

s L'HOMME, si VIE ET SON INFLUENCE.

Le second, tantôt retiré dans ion cabinet de travail, au

milieu de ses livres aimés, lanlôt s'en allant vers les régions où le soleil Ipit sur un ciel bleu, oii la grande natm réchauffe et ngeunit les âmes que vieiUîsfent et glacent les dfcilluBionB de la société humaine, toujours loin de la foule et du bruit, paracliève l'œuvre immense à laquelle il a voué sa vie, la résurrection de la vieille France, et, de temps en temps, se repose et se refait, s*envolanl à la suite de l'oiseau, poursuivant « l'infini vivant » jusque dans le monde des insectes, appelant les bénédictions des âges futurs sur les plus petits entre les petits, augmentant enfin l'histoire de toute l'immensité de la vie universelle et couronnant la fraternité des hommes de la fraternité des êtres.

Le troisi^e, exilé de sa patrie et de son temps, travaille encore et sans cesse, pour la gloire de l'absente, pour la conquête de l'avenir, cet héritage des déshérités. \ Planant au-dessus des tempêtes, qui n'ont pu ni le iaire plier ni le briser, fort et calme, il relève, console, encou^ rage les vaincus d'hier, vaincus d'un jour, des verbes anciens dégage le verbe des temps nouveaux, et, sans s'inquiéter si sa voix rencontrera quelque part un écho, trouble sans cesse notre silence en prononçant les mots sacrés de vérité, de liberté et de justice.

Lorsque ces maîtres parlaient, ils étaient entendus au loin. Autour de kîirs chaires se pressaieiit, se succédaient, année par année, les plus intelligents représentants de la jeunesse française. Souvent aussi, dans ces salies à présent silencieuses, bruyantes' alors mais de si généreux éclats d'enthousiasme, on voyait accourir les représentants de toutes les races vivantes ou endormies, dont on prêchait là le réveil et l'union. Et les uns et les autres, Français, étrangers, s'en allaient, régénérés .eux-

IKTRODVCnON. T»

mêmes, régénérer d'un bout du globe à l'autre ceux qui n*aTaient pas eu le bonheur de boire à la source de vie.

Oh ! nous nous en souvenons, en ce temps-là le Collège de France était vraiment le Collège du monde ! . . .

Aujourd'hui que leurs chaires sont vides, les deux frères « intellectuels, Quinet et Michelet, prêchent encore, non plus de la voix, mais du livre. Les cœurs, si sympathiques naguère, comprennent-ils aujourd'hui et recueilleront ils ' leurs viriles pensées?

En dépit des apparences tristes, lorsque je vois les orateurs debout, fidèles à leur foi, aussi éloquents de la plume qu'ils l'étaient jadis de la parole, non, je ne puis, je ne veux pas croire à la dispersion, à la disparition de cet auditoire « d'âmes neuves que le souffl ' d'aucun mensonge n'avait ternies » et qui jurait de travailler sans cesse à ce que « la France conservât et accrût ses droits à se dire la conscience du genre humain. » Je n'y puis, je n'y veux pas croire, parce que je sens que jsi, une lois, l'on a bu du vin de la libre pensée, pour sa vie entière on en reste enivré.

Que M. Quinet ne se figure donc pas èlre le jouet des mirages de sa solitude, lorsqu'il ose affirmer «jTlhance / des âmes qui se sont unies un jour dans la recherche/ désintéressée de la lumière et de la vérité. » — Ses audi-( teurs d'autrefois, il les a retrouvés dans les premiers lecteurs de ses Œuvres complètes*

Quoique notre époque soit entraînée en avant, — car le progrès dévie mais ne s'arrête pas, — par un mouvement matérialiste irrésistible qui semblerait la pourrir aGn d*en précipiter le renouveHemeut ; qicique le public, presque tout entier, paraisse être uniquement préoccupé de ses intérêts égoïstes et ne s'inquiéter. guère désintérêts héroïques de la pensée^ malgré les choses et malgré les

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homme?, ks OEmte& eomplètes d'Edgar Qimeî ont été publiées juste à l'Iieure nécessaire. Qu'elles obtiennent OU non un succès de librairie éphémère, en ce temps où la vogue court au-devant du médiocre, du faux, du seati^ daleux surtout, peu importe ! Ces œuvres, issues d'un génie mâle, pur, honnête, ont déjà une inappréciable utilité de circonstance, en'^ qu'elles nous forcent à rappeler à' la foule :

Que tout corps a une âme ;

Que toute âme a une conscience ;

Que les sociétés, elles aussi^ sont des corps et qu'elles ont des âmes qu'elles ne doivent point oublier de nourrir, des consciences quelles sont tenues de satisfaire.

Mais, à quoi bon, disent les nonchalants, — ceux qui ont intérêt à ne pas se souvenir, ceuiTqui ont peur d'apprendre, — à quoi bon recoudre l'une à côté de l'autre des œuvres que le hasard a dispersées, des œuvres qui jadis ont soulevé des tempêtes dont les causes, prétendrait-on, n'existent plus? Est-ce donc que Ton espère, avec elles et par elles, réveiller ces tempêtes, car les œuvres de polémique violente se dévorent sur l'heure, et, l'heure passée, ne méritent guère d'être relues?

Non certes, cette réunion d'ouvrages épars et dont un grand nombre était devenu introuvable, ce groupement^ si j'ose dire, de la pensée d'un homme rendu célèbre autant par les inimitiés qu'il a soulevées que par sa valeur propre, n'a ni cette utilité, ni ce but.

. Qu'on parcoure aujourd'hui ces œuvres; qu'on résume, qu'on synthétise l'idée reçue, l'émotion q[irouvée à la lecture de chacune d'elles ; puis, qu'on embrasse l*ensemble d'un large coup d'œil, — on reconnaîtra bien vite le lien intime, il est vrai, mais solide, qui les unit les unes ^, aux autres, ces pages que Pon eât cru tout d'abord étran-

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