‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 35 sur 66 · VI. — LA RELIGION DE LA PERSE · texte numérisé non relu

VI. — LA RELIGION DE LA PERSE

Autant Texlréme Orient parait iitimobile, èutanit semble agitée FAsie oeeideotale. A^ les peuples Zends te

mouvemcnl de l'histoire coiiimciice, et « riuinianité se jette dans cette inquiétude qui ne fînira plus. » Des hautem de la Bactriane, les Perse? et les Hèdes, hardis cavaliers, s*élancent à la ^conquête, et, poussés frar lin tagtie instinct, ils soumellront l'Égypte, ils rêveront même d'imposer leur joug à l'Occident, qui les arrêtera à Salamine.

fteux découvertes ont révSé la Perse k l'Europe : oelte

d es ruines de Tersépolis et celle du Zend A vesta. Commentantle livre par les monuments, initié à l'interprétation de rinexplicabie par son m&litre Herder, Edgar Quinet, en quelques pages lumineuses, décrit les origines, le génie et le mouvomeiit de la civilisation primitive des Perses.

Bès l'abord, il reconnaît en eux les frères des Hindous, et, signalant l'identité originetk des dot^trines des uns et des autres, il arrive à prouver (ju ils ont balbutié la même parole dans le même berceau. Le Zend-Avesta est, selon lui, la révélation ingénue àes patriarches du haut Orient, ramenée par les Mages k un système de Htorgie. La 6e* nèse persane est celle d'un peuple nomade. Les territoires

U REUGIOiS D£ U PEftSfL 295

naissent sous les pas dn Dieu. lîjjemschîd prononce dans l e mond e encore mnet la parole saiule* A l'écho de cette î^ffoîeTTESFlsr^^ et le

«^oor de rhomiHè ékt préparé avee Tsude des anges, des Izeds. Zoroastre est à Djenischid ce que Moïse est à Abraham. Avec Djemschid, les Perses ont vécu, en pasteurs, dans les monts. Quand Zoroastre leur comniunique son enseifneiiient, ils vont quitter les sommets de la Bac- Iriane pour atteindre Persépolis. Si 3Ioïse reçoit les ordres de Dieu du milieu des éclairs, Z oroastr e , au coBtraîre, sur le Sinu persan, converse presque fami- * lièremeal avee la Divinité. Ainsi, le premier caractère dë / la révélation persane est une célesle amitié entre la créa- U ture et le créateur. A utre cara ctère parti c ulier : cette religion4Wtune louante perpétuelle de la création. Sans cesse éde ^tlëvo^e' par ^éti"ll|lllllif^£l^aéiB iou^les^ détails du culte, elle en fête l'anniversaire. Dans aucune autie on ne retrouve aussi vivement accusé le sentiment de « la eln^teté virginale dé renivers^^ naissant. » — « Qu'eiisr tait-fl au commeifcemenf T démandé lè-^prôphète. — Il y avait la liimitTe et la parole incréée. » — ^îiil peuple n'a ^ mieux senli que les Perses, mieux exalté le prodige de la ( parole'; nul n'a mieux compris comment la parole est dans ^ le monde moral ce qu'est la lumière daYis le monde physique, l*our eux tout parle, la montagne, la foret, la • 430urGe, le feu. L'univers est un verbe, un « hosàunah » proneoeé par Torgane des choses, et la parole est le prin? cipe. Pâme de la création. Recevoir un nom, c'est, à leur sens, recevoir l'être. Le monde surgit par la puissance de l'évocation, et révocation est incessante; le prêtre la renour , veHe an milieu dé la nuit, afin que les êtres se souviennent * qu'ils vivent, et le matin, pour saluer \^ vie qui toujours re- ^ commence. Le Zend-Avesta est en grande partie composé de

296 LES pUGIOSS AMIQliiS.

foriniiles d'éTOcaiion, « échos de eelles <foi ont TOÊKSfm'téf

silence du noauL » L'hoiiune s'unit au monde par la parole sacrée dont il fait sa nourriture ^t son breuvage ; «c il. communie avec l'univers tout entier ep buvant le suc mji^. tique de Tarbre de vie dans le vase de Djemsehid, qtiK' llgnie la coupe du monde...; il mange la chair divine, lepain d'Ormuzd, sur les tables de la liturgie. Voilà 1^ principe de la cène et de reucharislie païeimes, au foml de tout le rituel persan. » ^.^M Ormu/d, maître de toute sagesse, artisan de toute beauté, domine le règne de la parole e^ de la lumière in^ créée. Abriman est le chef des .ténèbres muettes. Entré Ormuzd et Abriman la lutte est implacable, éteméHei Leur duel est reproduit par toutes les créatures et par chaque -hompt^^^^ le cœur est 41» champ de bataille pour les deux principes c onÉ iw â rttr. Il descend ainsi dé ciel à la terre, et remonte de la terre au ciel. Chaque objet de la nature a un ange gardien, chaque être a pour idéal une personne qui plane au-;dessus du monde réel : tc9 Dews, les Darwands' combattent les Ferrouers, ksliedè/ les Amschaspands. Dans le duel universel, pour quel principe l'homme se décidera-t-il ? Pour la lumière. De là dé* l^^e^tott^XU^ dc^ Perses et des JHèdes. S'ils eovf^ rent vers le iMidi, vers POccident, poussant kurs ebevaut jusqu'au fond de l'Egypte, jusqu'au cœur de la Grèce, , c^est pour l'aire triompher partout le règne de la lumière*. . ; ; Nulle part le lien entre le dogme et la constitutions por Iitique n'est plus visible. Sept archanges amschaspandren-^

itourent le roi de la lumière. Sept satrapes entourent le monarque terrestre^ il y a sept castes dans la nation, sept murailles autour de k ville sainte^ Sur l'idé al du Dieu m /'IHBçle rédnçation du prince et du peuple. (Chacun doit pré<^

Ik RËUGIOiN DË U P£US£. m

base de la murale privée, s'élerul à radminislralion de la oaiure. L'homme, le citoyen a. des obligations non-seulement envers les personnes, mais dé plus envers les choses. De la sorte, le commerce et Tinclustrie rentrent dans le dogme : ayant pour but d'uliliser el d'embellir le temple de la création, le travail devient le premier des rites. L'an-i tiquité perse avait donc réalisé cet accord de la religtonj et de rindustrie, encore rôvé, enseigné de nos jours;

M. Qninet n'a certes pas négligé d'insister sur la valeur durable de la plu|)art des idées des Perses et sur leur transmission au monde moderne à travers les religions postérienres. — « Au commencement la parole était Dieu, c'était en elle qu'était la vie, el la vie était la lumière. » Celte première plirase de l'évangile selon saint Jean parait être «opice du Zend-Avesta de Zoroastre. — Orrouzd et Ahriman ne sont pas seuls, éternellement l'un en face de l'autre, dans le ciel persan ; une troibièuie personne y apparaît, un médiateui^^^iqiie, hermaphrodite, Mitbra, qui de m ^^fimisÊm^àk^ des ténèbres

et le convertit à la lumière ; Ormuzd étant réconcilié avec Abriman, les morts ressuscitent et l'univers renaît plus splendide et plus pur. Mithra, ce dernier né des dieux . persanst qui c\(A leur Aneién Testament, est aussi le plus ; grand des dieux orientaux, le plus spiritualiste, le moins ; éloigné de la tradition cbrétienne. 11 a de commun avec Jésus ks noms, les attributs, les fêtes, k même jour de nativité. Le monde, troublé par leur reasembhnce, resta longtemps indécis entre les deux dieux nouveaux, lùilin la Perse fut doublement vaincue, en Orient, par le Dieu de la Kble ; en Occident, par le Dieu de l'Évangile. Hais, à ses vainqueurs, elle imprima sa marque; ses dogmes reparurent mêlés aux dogmes triompbants. Jébovab, comme Ormuzd, domine la nature sans y être incarné ; il a son

m LES il£UGIO»S ANTIQUES.

Ahrinian, Satan ; on Ire eux et à leur service volent des chcBurs d'anges et d'archanges, d'Amscbaspands et de Darwands. L'arbre de vie dans le mmide naissant, le baptême de Teau sacrée, la résurrection de la matière, autant de traits communs à la Bible et au Zend-Avesta. Les animaux couronnés de Persépolis deviennent les animaux syBibaliqnes des évangéUstes, et ce sont les rois mages qui, les proniiers, aperçoivent de loin l'étoile chrétienne, et accourent offrir la niyrrbe et Tcncens au Dieu nouvean-né.

Page 1