‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 45 sur 66 · IV. ISLAUISIIË £T CHRlSTIAJiUSIlS · texte numérisé non relu

IV. ISLAUISIIË £T CHRlSTIAJiUSIlS

La TÎctoire du eatholiciffioie semble être consommée,

ies temps de ruaité sont venus. Alors, le dogme étant achevé et la forme sociale choisie, l'esprit de TOccideat s^arrftte, s'immobilise dans le passé. C'est jimte à ce moment qu'éclate Tislamisme, proclamé au désert par la même race qui a déjà enfanté le judaïsme et le christianisme. — « Au point de vue humain, dit M. Qumet, Moïse, Jésus, Mahomet sont de la même femille. » El il signale avec raison que Jéhovah et Allah ont tous les deux le sentiment de leur patrie, l'Arabie Déserte. Ils diffèrent ' en ceei : Jéhovah s'est choisi un peuple, il détruit, ne convertit pas les autres; AHah^ au contraire, ne se donne à aucun peuple en particulier, il ne s'isole point, il se répand, il aspire à éli'e le Dieu du genre humain , parlant, il commande la conquête à ses adorateurs. Le mahométisme ne se comprendrait pas si on ne le rattachait au mosaïsme, car « il hérite des colères, des haines, des menaces du Dieu des juifs. » ^

« Il emprunte, lijouto Edgai' (Jinincl, il i;iiiprunte ses paraboles ;;ux inouveinunts des batailles; pour sacei Jdce, il a le cimeterre; SOU iivi'e (le lu loi est la proclamaiioo ilu Dieu des armées. »

M. Oninet a vu, durant son voyage en Kspagne, ta lidèle image dumahométisme, l'Alhambrii deSéville, la mosquée . de Cordoue. C'est là qu'il a reconnu le vrai génie du Coran : une oasis de félicité cachée derrière des nujrs menaçants, dont l'aspect et les inscriptions expriment encore la fureur du Dieu des batailles, lançant lei peuples de la

* Le ChriêUaniême et kt Béiolutum, leçons 7 et 8 ; Génie des ReligUm, p. 314; Zi^i MeiYmmiêeieu Espagne, cb. xkh et iir.

rûO LES REUGIONS ÎIODËRI^ËS.

nier Ron^o anx Pyrénées et des Pyrénées aux Indes pour

c(nirb( r la l' i rc entière sous l'aulorité d'Allah. — Dans le (loiaii^ plus de médiateur, Dieu parie en personne et seuU Le livre « est un monologue de Dieu avec lui-même. » Mahomet n'invilo pas le Seif^neur à lui répondre, il reçoit le coiinnandenienl s<uis ie provoquer : «il n'est pas le (ils, il est l'esclave d'Allah. » Itin son œuvre, Edgar Quinel

1 reconnitit une ('{uipée intime, prise comme réalité par

1 sou auleur el devenant ahisi religion.

« L'histoire du TOricMit moderne, ajoutol-il, avec loiitos ses vicis!?i- Uules, n'est rien que la grande àme de Maliomct, déployée comme im drapeau de siècle en siècle. » « * -

La |ii incijiah^ dilïériMice entre rislainisnie et le ehrislia- ; nisme, au seul point de vue politique, consiste en ce que le

(christianisme ajourne ses promesses après la mort; tandis qiM.' rîsianiisme les réalise immédiatement dans la société '\ leniporelle. Pai loiil où passe, en Asie, le Dieu unitaire (lu Coran, les dieux, inég.iiix dispnrnissent et, avec eux, les oastes. f,n préseuce de l'inégalité du monde chrétien au moyen âge, « l'armée des Croyants forme une société de frèr( s. T/armée, c'est le peuple. Tout soldat est prêtre du Dieu des batailles. » La guerre^ que Von prétend être la , source du servage, la guerre eft est ici là destruction. \ I/alTranclnssenienf civil suit immédia lenient la conversion à l'islamisme. Ainsi s explique la rapidité foudroyante des • conquêtes musulmanes! Par elles, la vidlle Asie est nivelée, et nulle caste, nuHe hiérarchie, nul privilège, ne rteiste au cimeterre sacré.

M Ce n\'st pas tout : rislaniismc finit par al)Oulir à une société qui affecte si j»eu do mépris j>oiir les esclaves, (|ih', non contente de se régénérer pa» eux, c'est entre leurs luains qu'elle résigne rautoritc et le gouvcrneinent. »

ISLAMISME ET GHRISTUNISME. 357

Le» Mameluks, achetés sur 1rs marchés circassicns , durant ciaq cents ans, en Syrie, en Egypte, sur la terre des castes, réalisent « de droit divin la dynastie de i'esolaye^ » — <rMa noblesse, c'est ma lance I » Voilà le mot (le tout rOrient moderne. On ne le christianisera pas.. Pour le régénérer, il faudra,, comme l'indique Edgar . Qninet, lui montrer un livre nouveau, réalisant immédia- i tement un idéal plus haut que l'idéal réalisé du Coran.

Du camp l'égalité passe dans la société paciiiée. Les terres, conquises dans u&but spirituel, ne sont ni partagées, ni tirées au sort; elles restent propriétéd' Allah, les hommes n'en ont que l'usufruit. Ainsi comprise, la possession est incertaine, sans stabilité aucune. Le vizir, dél^é de Dieu, enlève a qui lui {^it ses domaines ; il ne fait que rendre i Allah ce qui n'a pas cessé d'appartenir à Allah. — D'antre part, l'institution patriarcale de la famille est abolie : plus de droit d'aînesse^ tous les membres de la famille sont égaux, sauf les feomies. Mais pourquoi? Allah est seul dans son ciel. Les femmes, n'y ayant point de mères, vivent isulocs sur la terre. Mahomet les repousse avec fureur de sa loi, parce qu il est Tennemi acharné des idolâtries antiques qui, presque toutes, les ont divinisées. Ce n'en est pas moins la grande injustice de l'islamisme.

£n somme, selon M. Quinet, la mission de J^lahomet est aussi simple que sa doctrine. Il délie FAsie de Toppression de la nature. *

« Il dëH\Te pour lâmais le monde de ce pantltéismc matcrtaltste qui renaissait de toutes parts sous la fomie des hérésies du duistia* nîsme asiatique. !» — « Sa réforme est si radicale dès le eommencement» qu'elle rend, en qiielquu sorle, toute réforme impossible dans Tavcnir; le Moïse ambe est aussi un Messie. »

De là (M*ovient l'immobilité de la société musulmane, et

LES fiEUGiONS MODERNES.

lion pas d(" la docliiiui delà falalilé ou delà Wîsi^iialioii. La l'atalité a-l-elle empêché les Grecs d'agir, et ia résignation à la Tolonié divine n'esi-eUe point un dogmecbrélieD? i L'islamisme a dépensé foute sa forte en son premier lélan et il ne l'a point renouvelée par la tradition. « La grandeur de Mahomet est d'avoir usurpé et dévoré d'ayance toufee les révolutions de revenir, au point da vne arabe. » '

M. Quinet reproche à TEglisedu moyen âge, non d'avoir exdté la résistanoe à rialamismd conquérant, mais d'amir incessamment mis aux prises l'Eiurope et l'Ame, de telte sorte que « ces deux moitiés du monde ne se connaissent encore que par la haine. » Les croisades ne lui semblent ni méritoires ni glorienses, car elles n'aboutirent même pas è la déUvrance du tombeau du Christ. « te \ Christ, dit-il, n'a pas voulu être affranchi par la haine. » « La haine, telle ftit, en effet, la seule politique de TÉj glise de paix. Pour combattre le Coiiitf, l'Évangile prit srni I tempérament, et il l'ut vaincu. N'eût-il pas été plus fort, n'eùt-il pas été invincible par l'araour ?

' Mais, à vrai dire, i'Église n'avait sur l'islamisme aucune prise, tmpèîssânte à l'exterminer, elle était également impuissante à le ramener à la communion chrétienne. A des hommes ravis de la simpHcité de leur culte et de leur société, elle n'avait à offrir qu' un chaos de doctrines, un échafaudage de rites, de liturgies, de traditions, » et d'inexplicables institutions sociales. Aussi combattit-elle pour combattre, sans intention préconçue de ralKer, d'unir, de pacifier. Qu'en résulta-t-il? Après avoir entraîné le monde chrétien aux croisades, l'Eglise reçut le contre-coup de toutes les défaites des croisés; elle parut incapable de miracles, perdit sou prestige d'inviolabilité^ et dès Ion commença à cbaneder sur sa Ibaso

ISSLAWSnS ET CHÀIîmAIvISNE. m

Tout aulre eùl été le résultat des grandes guerres Irais-méditerranéeiitiefl, A «Iles avai^t été animées du généreux enthousiasme et de la foi humaine de nos

guerres révoliilioiinafres. Celles-ci, enl reprises |)our le salut de la pairie, et aussi pour le salut du monde, ont produit, malgré tout, le j^us miraculeux effet : Yictorieuse, "vftinene, la France a'triomphé par la pensée, et son sang, mêlé au sang des emaimis, a fait germer à travers Tuiii- ¥ers la liberté, l'égalité et la fi alernité des citoyens et des peopleè. Grâoé anx saintes batailles de 1795, le genre humain tend à se rapprocher. Gnke aux croisades impies, les deux religions, la catholique et la musulmane, rastMit en présence « n'ayant plus que la force de se hm sans; avoir conservé Fespérance de s'anéantir l'une l'autre. »

Douze cents ans ont été donnés à l'Eglise pour trancher les (ttfflciiltés qui séparent ks deux mondes. Elle a été impuissante soit' à ab8ori)er, soit à exterminer, soil à

réconcilier. L'histoire entière prouve qu'elle est radicale- ' ment inhal)ile à allier dos races humaines. Or il s'agit j aujourd'hui de rapprocher les mondes, c'est là le grand | mouvement de noire siècle. S'il arrive que l'Arabie, j l'Inde, la Perse, la Chine, se rapprochent enfin de l'Eu-j ' rope, certes ce ne sera pas l'Eglise de Rome qui aurai prononcé la parole de Fraternité, ce sera la Révolution,) reprenant onlin sa marche vers l'idéal de justice que lui ont montré |es Pères de l'Eglise nouvelle, les héros de la; Constituante et la Convention.

Y. — Lx uÈPomAtm\

u A peine, dit M. Quinet, les cathédrales eonl-eilee

achevées, qiriine force inconnue commence à les miner. » — L'Église catiiolique, apostolique et noBoaine est par- Tenue au faite de sa xwissafice. Hais au moment du elle semble absorber définitirement la chrétienté, on sent déjà que la chrélienlé tend à se séparer d'elle. Préparée dans le Midi, avant d'éclater dans le iXord, kréf^mederËgUaa, au quimûàne siècle,, préoe^pe tous les esprits. BMe, seule, ne sent, n'entend, ne voit rien. L'humanité, impatiente, veut marcher en avant. Rome, immobile, pràend» qpumd même, la retenir éternellement dans le passé.

Le premier avertissement donné à 1 Église romaine dale du neuvième siècle : c'est le schisme grec. Les deux moitiés du monde antique, la Grèce et Home, réunies dm& le Panthéon, sont divisées par le Vatican. Mais est-ce une révolution religieuse que Byzance fait eontre sa rivale ita*lienne?Non, ce n'est (ju' « une révolte de l'orgueil au moins autant. que de laxonscience » et 1 introduction dans le dogme de « Fégmsme politique. » Voilà pourquoi Ed« gar Quinct a raison d'affirmer que « Constantinoplc est tombée le jour où, après s'être séparée de Rome, elle n'a pas eu TambiUon de devenir à sa place la capitale et l!âme de l'univers chrétien. » *^ En vain le catholicisme essayat-il de rapprocher les deux Ej^lises rivales, mais ce que les évéques du concile de rioreoce ne pureul laire^ les artistes de. la B^aissance Taccomplirent : par leurs œuvres néo-païennes, la Grèce antique et Rome moderne furent enfin réconciliées.

URÉi-UiUiAXiOIS. 34i

La papauté reçut son second aTertissement , non plus

des docteurs, mais du peuple. Les Vaudois, les Albigeois, des populations misérables, se levèrent, proclamant f rÊvangile éternel, ramenant le culte à la croix de bois et / * prétendant réaliser sur lerre régalilé et la fraternité du j ciel. Ou sait comment les traita Rome catholique. Saint Dominique lui qyporta d'Ëspagne l'inquisition, « le cime* terre arabe caché dans TEvangile , » selon l'admirable expression d'Edgar Quinet, et avec cette arme lout un peuple fut décapité, extirpé du moode. Ainsi commence ce terrorisme ecclésiastique, bien autrement épouvantable que notre 93, et qui dura non pas quelques mois , mais plus de cinq siècles. Tel fut le pieux système de répression et de police employé contre liiérésie , contre la liberté, de l'intelligence humaine, ad majorem Dei gloriam : au faite, la torture et la condamnation sans défense, à la base, la confession, «un œil ouvert, une feuclre percée sur toute maison et tout foyer, une vue sur l'inté* rieur de Tâme, et cela avec tant de force, que la pensée, corrompue contre elje-méme, devint sou propre espion et son délateur \ »

Cependant l'écrasement des Albigeois n'empêche pas le génie étouffé de la Provence de passer dansTâme italienne et d'y continuer, par Dante, Vélrarque et Boccacc, la guerre contre Home victorieuse. Par bonheur pour Rome, les poètes ne sont point entendus de la foule abrutie, corrompue ou terriGée. Hais d'autres voix s'élèvent en- ' core, celles des maîtres de la science. Les Pierre d'Ailly, les Clémangis, les tierson, avouent tristement que l'Eglise marche à sa ruine et parlent de réforme^' le clergé, sans pouvoir a s'avouer clairement à eux-mêmes, ni ce qu'ils

342 LES HELltilOMS MÛDttitNËS.

repoussenl, ni ce qu'ils désirent, ni ce qu'ils espcrcMil. »

En ce monîent même se produit le grand schisme d'^Occident. L'unité papale est représentée par deux, souvent par trois infaillibles pontifes, qui s'injurienl, se dcnoucent, se foudroient, se dévorent muluellenient. Durant soixantC'dix ans, TËglise entière, et, avec elle, l'Europe sont plongées dans la plus effroyable anarchie; cette anarchie, pénétrant au cu'ur de chaque honinie, sape jusqu'aux fondements du monde moral. Vainement l'Ë*glisé' tente de se réformer par ses propres efforts* Aux cônciles de Pise et de Constance , elle* se décapite elle-même en destituant le pape. Alors lui apparaît dans toute sa profondeur Tabime qu'elle a creusé. Un héros, Jean Huss, ce vrai meàsager dé l'aVenir, proclame le sacerdoce souverain de la conscience individuelle, et nie du même coup et la papauté et le concile. Vainement ou brûle le prophète. Son incombustible négatton lui survit. Oii jette dans le Rhiii ses cendres et celles de son Compagnon Jérôme de Prague. iMais le Uhin, s écrie Edgar Ouinet, a les rejeta sur sa rive ; de ce limon naquit Luther. »

L'Eglise, enToyant les saints du peuple fla bûcheir et n'en produisant plus, il y eut dans toutes les âmes un moment de douleur profonde et d indicible attente. C'est alors que parut un livre unique, le seul du moyen âge qu^Hcceptent , qu'admirent i là fois les catholiques et les protestants, ïlmitation de Jé6Ui^'ChtisU

« J'ai lungteiin»s elierché h mon tour, dit M. Quinet, quel en est Tautt iir; je si'rais malheureux Je Favoir découvert; car il me semble qu'il y a quelque sens dans ce myslèro. Au quinzième siècle, quand TEuropeya se diviser en plusieurs sectes, un livre religieux est jeté dans le monde; on ne sait d'où il vient; mais chacun prétend Tavoir écrit. La France, rAllemagnc, l'Italie y reconnaissent si bien le fond de leur pensée, que toutes déclarent en être l'auteur. Ces peuples vont se poignarder pendant deux siècles pour des Églises dilïérentes ; eu attendant, ils s'at-

Lk FORMATION. 345

tribuent chncnn 1;» composition du même livre, c'ost-îi-tlire le mvnw idéal; ils iJiole.-Unt, an quelque sorte, par là, coiilro Icui-s propres fureurs. L'identité de la conscience moderne peut-i lle ètn* jilu> niaui- Fcste? (!♦' livre est une promesse de réconciliation à la veille de lu

batiitlle N'en cherchez plus Tauteur; ce n'est pas 1 œuvre âo G»t-

son, ni d'A'Kempis, ni de l'Église de Rome ou de lÎNzancc, c'est le i'ruit mystérieux des entrailles dfi Thumanité pouvelle. »

Quoique YlmHatian de Jéêus^hmt me semble ètrê

encore un livre monastifjue, trop ciiivlien, ensei^^nant le dédain du monde et le mépris de raction, je ne pui^ m empêcher de reéônnaltre, avec M. Quinet, qa*il ouvrit une ; vie nouvelle en su[j{)rimant rintermédiaire dn prêtre dans ; le dialogue entre Dieu et riiomme. 11 est évident aussi que, fait à 1 insu de l'Église, il prouve que TÉglise avait déjà perdu « latrace des saints livres. » Vers la même époque elle montrait qu'elle avait également perdu a le sens des actions inspirées » en aidant à allumer le bûcher de Jeanne Darc. Placée aipsî hors de la patrie naissante et de l'humanHé, elle semblmt désormails' incapable de régner sur les esprits, et, d'avance, elle légitimait la Uél'urmation.

. La réfonne avait été incessante dans TÉglise elte-méme. De riècle en^sièele, saint Benoit, saint Bernard, saint

François, saint Dominique avaient travaillé « à réparer la vie à mesure qu'elle menaçait de disparaître. » Chacun des Ordres par etix créé^f «vait donné une impulsion ; puis, ne changeant rien au fond des choses, ils s'étaient arrêtés pour tomber eux-mêmes en une rapide décadence, augmentant d'autant la décadence générale. De toute manière rËglise était incapable de guérir ses plaies. Par conséquent, il fallait que la Uéforine s& fit hors d'elle et contre elle.

Edgar Quinet sent, dans Luther, « la nature du vieux GentuAi ise rév^He » ; il l'entend poosser « l'ancien

ÔU LES IlELldiOiNb MODERNES.

cri de guerre des Barbares, » et a la colère suspendoe de*

puis les temps d'Alaric renaît d'elle-même. » — Luther lui paraiLpuissant jusque dans ses mconséqueuces. D'abord le moine croit n'attaquer que les indulgences, « le trafic de l'âme. » La logique le pousse au grand acte de Wittemberg, etbienlôl, après avoir excommunié l'excommimicateur, il se rue sur le culte, sur le célibat des prêtres, sur lés ordres religieux, sur « tout ce qui formait le christia» nisme visible. » Mais, à force de démolir pièce à pièce l'Éylise romaine, où-s anêtera-t-il? pourra-t-il s'arrêter jamais?

« Ln nnliire et l'Eglise étant fr.qipées l'une et Taulrc au nom de riiléal, le passé est vaincu ; la colère tombe; le Luther rebelle disparaît. Il reste de tout ce chaos une âme émue, subjuguée, agenouiiléô sur les ruines du temps, devant un livre ouvert. »

Quoi que l'on ait dit, il ne me semble pas que tl.Quinet ait exagéré la valeur et l'importance du protestantisme. Avec tout le monde, il reconnaît en Lutiier deux hommes : celui qui brise le passé, celui qui nie là liberté humaine en enchaînant l'esprit au texte de la Bible. Tous las réformateurs, de \\ iclef à Calvin, comme Luther, semblent âre doubles, déliant, liaAt en mèitne temps. PourqucH? Parce qu'il impertait qu'ils fussmt tels pour accomplir leur œuvre à l'époque où ils l'entreprirent. Aiin d'ôter toute sanction aux cérémonies, aux solennités, aux sacrements de la vieille Eglise, ils devaient afiirmer leur inutilité et montrer Dieu seul agissant et distribuant sa grâce. Pour arracher l individu à la domination du prêtre, il fallait dépouiller le sacerdoce de son droit d'intervention entre rhomme et la Divinité, et dans ce but dépouiller du même coup homme et prêtre, « remettre directement au Christ tout ce que l'Eglise s'attribuait. »

Envisagée à ce point de vue, la Méform^tion est pure^

U IIÉFUIUATION. 345

ment négative, fille est Affirmative en même temps. Orâce .

h elle, chaque homme « devient son pape et son concUe », \ la conscience de l'individu monte au rang d' a Église in- ! violaMe », le droit du moi est déclaré, reconnu « aussi '% imprescriptible q«e le droit du genre humain et de l'éternité. » .\e nous laissons donc point aller à mépriser l'œuvre de Luther et de Calvin, scellée du sang de tant de. martyrs et de tant de héros. Si nous nous croyons, si nous sommes, sous plus d'un inpport, beaucoup plus avancés que nos aïeux du seizième siècle, gardons-nous^de les ré* pudier, car ils sont nôtres.

Suivons immédiatement le mouvement religieux du seizième siècle jusqu'en ses conséquences extrêmes. iSous reviendrons assez vite à la réaction qtii lui fut opposée.

Presque an même moment ou l^ancien monde renouvelait son esprit, un nouveau monde lui était ouvert. (Christophe Colomb lui léguait rAmérique. — làlgar Quinot a compris ee gi^nd homme comme persdhneiie Tavait compris auparavant. Il voit en lui, non point un navigateur poussé * à la découverte par des combinaisons scienliliques, mais un missionnaire, un prophète, qui, lame pleine d'une foi noitvdle, rêva l'unité religieuse du monde ^ En son ' •moffir immense pour Thumanité, ce héros du cosmopoli-lisine italien franchit les bornes du christianisme luimême.

• Du haut (le loutes les Eglises accumulrc.N, il aperçoit veux iliî Tàme, comme tlu haut d'une tour, le Jiou\eau monde à travers iVibimc. Unité, solidarité, indivisibilité morale de ruuivers,cc senlimcnt respire dans la moindre de ses j)aroIes. »

Le nouveau monde découvert, fÊglise du moyen âge

va-t-elle comprendre la sainte pensée de Colomb'* Va-t-elle,

' De la Icyon il« sur le Christianisme ei la liëvoîuUou, ra^^piuchcz le chapitre vn du livre U des HévohtUans tFÎMie.

3W IXS RELIGIONS MilDEIlKES. '

en héritière de *ette pensée «wie, libofàer la terre par tanl d'amour révélée? L'Église ne c.nprend rien à cette revelalion d u.i monde à un monde et «k WénM d amour do Christopl^e CoU^mb devieirt un bapiSedè sang. » Ma.8jese,écuteu«4e8 hautes œuvres catholiques apostoliques et romaines, en ont été punis d'um mlàà^ terrible : « L Amérique vaincue ^p^pw à rfimme et.» Portugallcurs habitants et leur fortune. .»

Si. le combat de la Réforment de i lifflise s'est livré en Europe, c est en Amérique qu'on en ,v«it Je i«i^«,x4e8 e^ h is. - Au Nord, quelques hommes isolés , mta -m», sans passe, amtent m la plage, y fondent une société sur le plan du livre retrouvé p,,. Luther. Cetle société grandit peu a peu pom devenir glu* Urd h fiépublim^ des lilats-lnis. - .Bans le Sud, an «ontnrire, ceWt flottes, désarme^, des cnq^ircs, qui mettent le pied sur le sol mviolé et y implantent le catholicisme par k fer etoar le feu. M. xico, Uio-Janeiro, JJwenos-Ayi;*» ne «nt ouMe nouvelles By8anfie8,etj8i la monarehie s'y cliange en république, ce gouvernement qui émancipe la colonie delà métropole, de troubles en (roui)les,deterre«raen teneur», descend et remonte de servitude en<aervit<lde. — Leprotostantigmedulfard a pu produire Washinçrion. Rosas le docteur Fr»n«ia, voilà les hommes du catholicisme du Alidi.

j no|,..„çl,,nt .•«c, i,> K,lpar Qninol. qui oserait 'dire qw «es dm rel,,',n„H, le rMl,„l,c..sme et la Bcfo,-n,e, ne soieiit n&es aiari^ présence ,,„c ,,o,„- „„ vain spectwie? S cfawane d'eHes il' reéu ainsi tout un rnon.le, n ,.sl-ee pas un si>e qu'annine d'dlcs ne rainera s^ns jortnge. ct (lu-elles sont «lestinécs à se fondw da» une mii»é jilus haute, ou 1 enlliousiasnie <le .s:,i„ie Thérèse poum se concilier avec le raisounen.enl ,1e Calvin, où l» Mte et le «^r g'enjéndiwt de

, ,, , , i:"" l'^'"»» q«e cette grande «ne de Chris-

toi.lie Ulouib, qui contenait tout ensemble, par avance. Rome et Ce-

Digitizeu Ly v^jQOgle

m CONCILE DE TRENTE ET DK L'ULTKAMU.MANISME. 541

nèrc, l ortiiodoxlo et Thérésie, lel^ord et ieMidi,deviendr.) tôt ou tard lu principe vital et la comniimîon du nouveau monde? L'hérésie de Christophe Colomh, phis vraie qne la vieil Iiî orthodoxie, est le grtin de Tic semé dans le sillon de rafeoir ; toi ou tard, ta société, en crois* saut» reesembleia à «on^enne. »

YJ. — iJU qOKCILE DE TllENTE ET DE L'ULTftAMO«TAiSISME *.

. Le ccgiciie de Trente ouvre l'ère moderne du cttiiolir cisme romain. Deuscoalemporains, en deux sens op[)()sés, eu oui raconté i histoiro, le vaillant moine vénitien Sarpi elle jésuite rallaviciui. D'après eux, Edgar Qninet pénètre Fesprit et dénonce le l^ut fiqal delà réaction ultcanum* laine ([iii dure encore.

Jusqu'àia iiévoluliou, dciiiontre riiislorien des religions» le nju^nde ci^l 3 est moulé sur les formes de la société spi* rituelle. D'abord Tévéque est nomme aux acclamations dn

peuple; le roi est élevé sur le pavois. Les évèques Ibrment entre eux une sorte de république léodale ; elle est le tjpe

de k tëodalité des barons. Grégoire VU et ses successoir^, .

appuyés sur la plèbe des ordres mendiants^ -famnilient les ^

évèfpies, fonilent la monarchie spirituelle ; les rois imitent '

les papes, et la uaonarcbie temporelle s'organise ;i h avers !

tonte TEurope catholique. Au quinzième siècle éclate le 1

grand seliisme, la papauté a trois têtes; de môme, on voit, *

pour uo ciUii' qu uu exemple, deux rois eu France , un . .

français, un anglais» Au.soulèvement des conciles deBàlo, j '

de Constance, contre l'autorîté papale, répond Texplosioii < .

des eonmiunes en France, des parlements en Ani^leterre, |

descorlès eu kispague. Les coucUes déposent le sou veram 1 . pontife, les-assemblées ptilitiqiuKS déposent Tempereur et i les rots. '

VCHrmâttktmUmêwL VÉoUie fomkè et iaSâàélémodenief . au léiue U éeêOBmm coKifiléte»

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548 LES HËLIGIONb M0DE1U^ES.

lies deux derniers conciles, celai de Florence, celui de

Tnîiile, ont un caraclùrc dianiclrnlenient opposé. A Florence, la papauté cherchait, annonçait la réconciliationde rOrient avec TOccident. Â Trente, on ne parle plus de réunir le Nord et le Midi. La papauté s*amie pour la bataille, pour la destruclion de l'ennemi. Aussi ii'inviie-t-elle point, comme autrefois , toute la terre à prononcer entre Luther et Rome. L'illustre assemblée n*est universelle (|ue de nom. E!le se compose de cent (piatrevingt-sepl prélats italiens, trente-deux espagnols, vingt-six français, deux allemands; l'Orient et le Nord n'y sont point représentés. A cause de cela, le roi de France a raison de lui refuser le litre de concile. Ce n'est en réalité qu'un conciliabule où le pape réunit ses complices pour tramer un pieux coup d'État catholique. De plus, le medede déKbérations est changé. Jadis l'on ¥^tait par "nation ; ici, Ton vote par ^^le. Or coinplc/ les j)rélats ilalifMis, et voyez, conmient doivent sùri ment éti'e traduites les inspirations de T Esprit-Saint. En Italie, sous l'effort constant- de la papauté, le monde temporel avait disparu sous le spirituel. Appliquer le système italien à TEspagne, à la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'univers, voilà ce qu'entend le eondle de Trente, voilàee que veut Tultramontanisme. En dépit des proleslalions françaises, espagnoles, germaniques, malgré

f les cris des évéques espagnols et la retraite des ambassadeurs français , par ht majorité italienne de l'assemblée soi-disant (écaménique,la nouvelle organisation eccIésias-<

I tique est fondée.

A quoi tend cette organisation ? A paralyser l'aristoc^a*' tie des évéques par la démocratie des ordres mendiants et

celle-ci par la garde prétorienne (pie vient de fonder / Loyola. L'Église du moyen âge, en droit, monarchie tcmi pérée par des conciles, devient, en bit, monarchie absolue.

DU GOMCILË D£ TR£NX£ £1 D£ t'ULTllAMONf ANISU£. 34a

Depuis le seizième siècle, plus de délibérations, plus d'assemblées dans rÊglise; elle est muette, comme la Chine, sous le grand Lama romain.

La nouvelle forme adoptée par le catholicisme se reproduit inuiiédiatemeiit dans les institutions de TEurope méridionale. Philippe 11 oiire la réalisation, dans toute sa rigueur, de l'idéal politique conçu par le concile de Trente. Sur les rumes des cortès, des parlements, des commîmes, immobile, il s'assied, « pape temporel. )> Son caveau de TEscurial est le Vatican, d'où, scribe silencieux^ il dirige la flamme et le fer à travers son immense empire. Le concile de Trente était plein dfe cris de rage et de proscription; de même l'État se remplit de bûchers et d'échafauds. Anathème ! analhème 1 avaient crié les Pères en se séparant. Durant plus de deux siècles, une tieuble inquisition étreint, torture le monde religieux et politique. Sur le double modèle fourni par la royauté espagnole et par la papauté romaine, l'Europe catholique tout entière, Autriche, Piémont, Toscane, Nisiples, France, se constitue. <t L'Étal, c'est moi, » dit Louis XIV, et tout se fait dans l'État par ordonnances souveraines, comme dans l'Église tout se lait par bulles papales. « L'unité de la société est sauvée, grâce k une même servitude. » L a mort partout, voilà Tidéa l et le but de l'ultramontanisme.

nUors ^e iui^ hors de Home, hors de l'Église, s'agite et marché tout ce qui vit. il a beau dire à l'État, tel que h

Révolution eût voulu le constituer : — Tu es alliée, et partant tu n as aucun droit sur les âmes 1 — L'État moderne lui réplique, avec Edgar Quinet : — Je crds, et ma loi dépasse ta croyance; Dieu avec moi à changé de place, voilà tout. Je n'ai pas, comme toi, essayé en vain d'exterminer les protestants et je ne prétends supprimer aucune Église. Je les adopte, je les embràsse, je les domine

3$0 LES BELI6I0NS MODEftHES.

toutes, riacé eu dehors des sectes, j'ai « pris position au foyer mêine de F humanité. » Sans ceise mobile, je comprends en moi et le présent et le passé et Tavenir. Tu regardes on arrière; moi, je regarde en avant, toujours en avant. Tu .essayerais en \aiu d'arrêter mon libre essor vers ridée u'niyerselle, que tu ne comprends plus I

VU. — B^JÊSUIIBS*.

L*ullramontanisme, despotisme et silence sur la terre

comme au ciel, est eonslitué. Vav quelles armes agira-t-il? par 1 laquisitiou et surtout par le jésuitisme. La |)remière ne lait qi|e briser Içs membres et tueries corps; le second est plus fort : il corrompt les consciences et dissout les âmes.

Qu'est-ce que le jésuitisme? — 3Ioralement, M. Miclielet la délim : <c l'esprit de police mis dans les choses de Dieu, une police capable d atteindre jusqu aux pensées, qui insinue la trahison au foyer même et fait la femme espion du mari, 1 entant de la mère... » — Historiquement, c est la grande machine de guerre inventée, dans le combat du seizième siècle, pour assurer Tunité catholique; c'est le foyer de la grande intrigue, qui enveloppe le protestantisme et la philosophie pour les noy.er dans le sang et dans la boue au nom du Dieu de paix et de lu-

Pour montrer ce que c'est que le jésuitisme, M. Quinet ne s'appuie que sur les bulles papales. — En supprimant les jésuites le 21 juillet ^775, à cause des divisions et jalousies dont ils ont troublé le clergé et les États, à cause

des plaintes. uuivevselle.s qui, se sont élevées contre eu;iL çt

' Ia's Œuvres romph^les. t. 1! ik' conUeiiutiiil que Jes si\ lcçoll^ de M. (iuiut'l. Je les piciulrai jtuui Jjast'> de mon résume, mais je uc iiégligem |ius de ni« sqrvir de:» leçuu^ de M. MichclcL, i»cpl fuis ûdilceb avec elles.

DES JÉbUlTËb. 351

leurs doctrines, Cl Q|T;ien t XIV rappelle que ses préclôt esseurs, Urbain VIII, Clément IX, X, XI, Xlï ; Alexandre Vil, VIII; Innocenl X, XI, XII, XUI, et Benoit XIV n'ont pu réformer ni leur scandaleux négoce ni leurs . doctrines, manifestement nuisibles à la règle des mœurs. Expliquant cette bulle, le 16 mai 1774, le cardinal aiid)a88adeur de France les accuse de se livrer au commerce, à r agiotage et à la politique, et déclare leur existence (( incompatible avec le repos de rE<:;lise et des Etals catholiques. » — M. Quinet rapproche les deux dates de la suppression et de la restauration de la Société de Jésus : .1775, ([iiinze ans avant la Révolution ; 1814, dès que la Révolution est prisonnière. Les jésuiles avaient été constitués principalement contre le protestantisme? N'auraient* ' ib pas été restaurés contre la Révolution ?

Si l'on veut connaître les jésuites, il faut connaître avant tout Loyola. De ce soldat bravache, épris d'une galanterie effirénée pour la sainte Vierge, comme dit M. Michelet% Edgar Quinet trace un admirablé portrait. 11 le suit dans toutes ses phases, capitaine mondain, page transformé en ermite et en flagellant, vieil écolier à Barcelone, à Salamanque, à Paris, ébauchant le plan de sa société à Montmartre, la constituant à Venise et dispersant ses disciples à travers le monde. Toute Tàme de ce maniaque de génie est restée dans les Exercices spirittielsy livre fondamental de l'Ordre de Jésus. Les Exercices sont la réduction en corps dé morale des expériences au moyen desquelles Ignace est parvenu à se convertir. C'est un niaïuiel de tactique religieuse, où l'on peut apprendre à monter la mécanique morale de telle sorte que l'âme s*y enraye et, au bout de trente jours, en sorte parfaitement disloquée, sans volonté, sans ressort, très-propre à plier sans rompre,

* Héfifmgf eh. xx.

352 IBS RELIGIONS MODERNES.

h obéir sans résister et à agir sans s^m apercevoir» En un mot, Tes Exerdees gfriritueU fabriquehl de toutes pièces ce

que 31. Quiiiet nomme si bien Y automate cliréHen. L'automate est justement ce dont la société. a besoin; elle n'a que faire de disciples, comme Jésus, elle ne veut que des iiislrumènls. Un autre livre, également fondamental, le Directorium d'Aquaviva, tend exactement au mèuie but que Touvrage d'Ignace« Il enseigne à attirer les âmes, .à les enchaîner par degrés, sans qu'elles s'en doutent, et à les retenir sous le joug. 0»ant aux Constitutions^ Regulœ Societatis, c'est, au total, dit M. Michelet, un <( mélange bâtard de bureaucratie et de acolastique, où Ton trouve plus de police que de politique. » Dès la première page, on y lit inscrit, comme la règle des règles, ceci : Se dénoncer mutuellement. A la seconde,, et toujours, revient la soumission absolue, V obéissance aveugle. Jusqu'où ira-t-elle? Jusqti* au péché morteL « Mort volontaire de la conscience, comme dit M. Quinet, elle dispense de toute vertu ; » « elle reste la seule vertu, comme dit H. Michelet,. et elle enveloppe toute la vie, elle impose toute action, elle impose aussi loute croyance. » D'où il suit que le jésuite, indifférent sur l,e fond, jurant oui le matin et non le soir, sans autre conviction, sans autre idée, sans au^e sentiment que ce qu'on lui commande, est, dans la main du supérieur, le bâton du vieillard, poussé à droile, poussé à gauche, perinde ac cadaver. Très-faible comiue individu, — la Société n'a pa$ produit un grand homme en trois cents ans, — emmailloté par l'éducation, dominé par la prédication, gouverné par la direction, isolé par la délation^ le jésuite en est d'autant plus fort comme agent aveugle, comme rouage de l'Ordre : à^ssant, frappant à laveugle, il iv^li avec la voloîjlé, et frappe avec la vigueur accumulée de tous ses confrères

DES JÉSUITES. ôbô

Tels sont les jésuites chez eux. Au dehors, eommenl se

traduisent-ils? D'abord par leur éducation tant vantée. Dans leurs collèges, leur machine à instruire semble produire les plus merveilleux effets* « En moins de rien, dit îî. Michelel \ vous verrez leurs écoliers, Cicérons improvisés, faire la stupeur de leurs parents; ils jasent, ils latinisent, ils scandent, docteurs à quinze ans et sots 4 i^* mak. » Extérieurement, Véducation jésuitique est parraite; intérieurement, absurde et fatale. Tous les vices des maisons de rOrdre sont transportés dans les collèges : Tenfant ^7 apprend à obéir,, à rapporter, à ne pas penser et a meii- r tir. Mentir d'homme à homme et d'homme à Dieu, c'est i tout le jésuitisme, soit qu'il rende le repentir aisé et le » renouvellement du péché facile par la Utéorie des cas de consdetice; soit qu'il accepte contre le protestantisme le dogme de la Renaissance, le libre arbitre et le salut par les œuvres, sauf à le rejeter plus lard; soit qu'avec le Sacré Cœur il s^ie^ ni^ 1^^ sei^ualisme .â)!^^ , mysticisme, fafre de la prière un chatouillement des ccèftrs blasés, ét de ta dévotion un roman Irès-juopre à couronner tous les autres; soit qu'il applique à la science ce que M. jMirlielet liomme ave.c tant d'esprit a la vaccine de la vérité % j» a Copernik opposant un Costei*, qui enseigne « d'une ifnaniére également instructive et agréable, » et ainsi ajourne Galilée, etc., etc. 31. Quinet a eu raison de nommer les jésuites les a pharisien s du e bristianisme, » et de lancer, au nom du monde moderne, Tanalhème contre « ces sé* pulcresu » -

« Oh le jésuitisme^ dit^il, doit abdir respcit jde la France, on \:\ France doit abolir fe^iit du jésuitisme, t — i Je vois dans le {«nssé, ajouto-t*il plus loin, je vois le jésuitisme s'emparer de ref)]>i it [tour le

* La Ugueêt Setiri /P, p. itn:

«Al.,p. 109.

sa.

554 lES K£UG10MS MOD£KK£S,

matérialifler, deit norftle pour la éémondlser, et je àèàn passionnément que pei-amo n» é^m/pméfi h Utalé pour k tuer. » •

Dès ^origine, la Société de Séms ne liorna pas son but

à la (lestrucliuii ilu protestantisiiie par la ruse et par la force. Elle \oulut du mciue coup, rivalisaul avec les anciens ordres, Domidicains, Franciicainsr,AugU8tinSy étouffer f'idolâtrie dans les pays noùVellementdécouvertsd'Amérii|ue et d'Asie. Mais l<' calliolicisnie, en général, et le jésuitisme eu particulier étaient-ils propres à tenter une œu?re aussi vaste, aussi humaine que celle de la réconcîlialion de l'Orient avec rOccidenl? A la reconnaissance mutuelle et à la fusion des deux catholicismes, le romaia et le bouddhiste^ Tenthousidsine de François Xavier, introducteur de la Société de Jésus dans l'Inde, n*avait pas suffi. Les missionnaires jésuites, ses successeurs, apportant avec eux les ConstUutious^ et remplis de l'esprit de Loyola vieillissant, tentèrent de faire tomber la société orientale dans un piège inouf. PisDr elle/ ils inventèrent un christianisme menteur, qui ne montrait du Christ que ce qui devait plaire aux esprits orientaux , Fincarnation, l'adoration des rois mages, la résurrection triomphante, tonf honnis la passion. De la sorte on gagnait quelques dupes et on les baptisait, sauf à leur dire quelque chose de la vétitéy le baptême reçu. De plus, comme Ton cachait le Christ nu, persécuté, martyr, Tami des humbles et des esclaves, de même on laissait dans le néant les classes déshéritées; on allait jusqu'à leur refuser les sacrements, pour mieut convertir les hautes classes, sauf, sans4Milé, à évangéhser les autres plus tard, en temps opportun ! Quel fut le résultat des missions jésuitiques, entreprises avec une politique si raffinée? Dans Tlnde, comme le montre Edgar Quinet, les jésuites'ont fait repousser FÉvangile par les indigènes; ils ont ouvert la voie aux Anglais,

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