‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 44 sur 66 · CHRISTIANISME ET CATHOLICISME. SS · texte numérisé non relu

CHRISTIANISME ET CATHOLICISME. SS

lieu des ruines comme un poinl lumineux. Alors même,

l'cvêque de la Ville Eternelle se contente (1(^ ng^r au pairiai'çhe de Coiistantinople le droit de prendre le titre d'é- Yéque universel *. Toute i ancienne société étant ruinée, la papauté romaine « surnage, dit Edgar Quinet, comme un reste d'alliance, âge de iorce, de modestie, admirablement perscmnifié par Grégoire T". C'est lui qui forme ce qne j'appelt^is volontiers Tépoque de sainteté de la papauté. » Mais au neuvième, au dixième siècle, les choses sont bien changées. La papauté ne domine plus les Barbares par la force civilisatrice qu*elle emprunte à ran>cî^ne Rome et par la puissance de sa propre sainteté morale. Elle est devenue barbare ; en élevant les Francs et les Vandales, elle s'est abaissée à leur niveau. Elle se fabrique de faux titres, se bit de busses donations* Les^ Jean XII, les Benoît Vil, les Jean XV, « Héliogabales du saintrsiége )» mettent la tiare aux enchères, donnent à leurs concubines les ci*oix et les calices consacrés, ordonnent lenrs diacres dans leurs écuries. ...

M. Quinet eût pu insister sur ces saturnales de la papauté. Il se hate de passer outre et d arriver ù Grégoire VU, dont il trace le portrait avec un véritable enthousiasme. Qu'aime^t*ii en lui? D'abord sa maxime : «Tout pape élevé sur le saint-siége devient saint;» et si ses successeurs l'avaient perpélueUement pratiquée, il serait prêt k reconnaître la papaaté comité la représentation réelle de Dieu sur la terre. De plus, il admire en Grégoire VII une ambition immense, basée sur une conviction solide. Le voyant aspirer à devenir le roi de la pensée contre la force brutale, il le salue comme a un

* V. les Différends de la lieligion de Marnix, 1. 1, p. 478-206, 254 et sniv. On y irautem le déreloppeinQnt historique des usurpetious de l'épisGçpat ranain.

LES'REUGIONS HODERNES

âiicélro tle la Ki volution française. » Nul, en elïet, avant lui, n'aHiit osé dénoncer à l'univers que les bases du pou-> voir politique sont, selon ses |)ro|)res eipressions, « la

violoncc, l'orgueil, la cupidité sans frein, l ifisolence, la IKirfidie, les homicides, enfin presque tous les genres de scélératesses. » ' '

ff Remontant d*un seul ])ond à Tesprit du christianisme dans sa . force première, ajoute Iljdgar Quinet, Grégoire VU u senti qu'il poiiait en lui la conscience du moyen âge; de h, le droit d'interdit, d^excommuaication, qui enlevait aux Mp^reurs leurs ombres, n*était ^'uae GonséquenoanatHMlle. »

Et riiisturien philosophe reconnaît la vraie grandeur du pontife en ce qu'il osa exercer un véritable terrorisme moral contré tous les pouvoirs qui lui parurent s'écarter du divin idéal. Ce droit suprême de jcler le [)rince, le roi, l'empereur hors du ban de Thumanité, la papauté Ta perdu; c'est le jpéuple qui l'a recueilli, et c'est lui seul qui, au XlF'siècle, peut exécuter la condârânation de Dieu. ' . '

Au jugement, trop favorable peut-être, rendu par H. Quinet, sur le terrible Hikkbrand, il y aurait à faire

une réserve capitale . Le grand i)ape a trop peu pensé aux misères populaires, et il ne foudroya les princes de ses anathèmes que pour leur imposer « la constitution des droits du sacerdoce et la liberté de Thomine d'Église. » De plus, c'est à pardr de (irégoire VII (jue l'Église, délinilivenienl aristocratique et monareltique, tend à réaliser à tout prix son idéal éternel : imité de la croyance, immobilité de la servitude ^

* tire sur ce point la page 183 du Géme des BeUgiom^

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