IX. — L ÉGUSË E£iSV£BS£E PAU L ÉGUSfc
Désormais le Midi est silencieux ; les fêtes de l art sont finies ; les créateurs se cacbeoi et se taisent ; nul bruit autour du Saaro ArseMlCy Tinquisition moeiie semble avoir assuré rimmobilité de la pensée. '
Ou'esl-ce que riiujiiisition ? Cliacuu eu conuaissaut l'extérieur, M. Quinet se garde d'étaler une fois de plus les attributs ordinaires et extraordinaires de cette r^tn«(jM iourments. Mais il veut en |>énétrer l'esprit, et c'est ainsi qu'il montre quelle idée le catholicisme se fait du droit.
La Rome des papes ne doute pas en matière de foi ; en matière criminelle, . elle ne doute pas davantage. Donc elle ne doit pas distinguer le |)révL'ini du coupable. Inlaillilde, elle accuse, c'est-à-dire que, persuadée du crime, elle n'a plus qu à en arracher l'aveu. Pour atteindre ce but, elle peut être tendre dans les paroles^ elle est féroce dans les aciions. Les enfanis sont soumis à la (oi lure dès TAge de neuf aus; les païens attendaient cinq ans de plus. L'inqui- ^teur parle toujours avec une extrême douceur au patient pendant que le bourreau lui brôle les pieds ou lui brise
' CHramoiUnuisme, leçon & ; le CUrisliantmc et la liévolutiony Icyun
i'ÉGiiKE BENVERS^ PAR L'ÉGLKS. 365
ks bras. ]/aveu, arraché, doit être librement reuouYelé hors de k chambre des tounnents. ' Si le prévenu se d^ ment abrs, h torture recommenee.
Ce n'est point, à vrai dire, l'Église ([ui a inventé rexa • meii par la torture. Elle l'a trouvé dans le droit romain, mais appIicaUeotias ^eub.etelwes. Elle, ne reconnaissant point d'esclavés devant Skra, eUe rapplique à tous les hommes indislinctement. D'où il suit que « plus matérialiste <|ue k droit romain, elle est, dans riuquisition,.plus univeradlemetit païenne f(ae le paganisme. »
' <3ela dit , on comprend mieux la fameuse page de de Naistre sur le sacerdoce du bourreau. Pendant les trois derniers siècles il est réellement le lien de l'assodê" thn hufnaine ànmhUidi de Tfinrope. Selon la législation du saint office , lui seul agit ; lui seul, en présence des juges, fait crier la chair, les os, les entrailles. Supprimez le boorrean, vous avez' supprimé le droit même de rÉgiisé. Or ce droit, Ta^t-elle aboli ? Non. Il ne Jm a été arraché (ju'liéréliquenient , par TAngleterre, par les philosophes italiens, les Beccaria, les Filangieri, par la France de la Révolution, par l'univers, rebelle à la foi. Mais, de nom et comme idéal, l'inquisition existe toujours. Elle existe si bien qu'hier encore on la surprenait volant à son père vm petitjuif baptisé de force. Sans doute, elle n'élève plus de bôehèrs et secrètement peut-être netortm^e plus, mais (le son onihre elle ahrite la Home d'Alexandre Yl,
dont elle conserve intact le droit idéal ^
Poat-on bien eoinparer f Inquisition à lu Terreur? Combien b Terreur •fl-cllo guillotiné d^lioiiun6s?Sei>ejaiiUe an plus, ce qui est di^jà benucou|) trop. L'Inquisition a égorge*, pendu, rompu, brûlé, pendant des >i('cles et des siècles, des rnllliors d'hommes, des peuples entiers, dont la trate ;i rlr effacée. Bien plus, t uidis que la Révolution inventait une machine pour diminuer la dotdeur, l'Éj^Usc n eu u-l-uUe puà iuveulc de toutes sorte;» pour faire sentir la mrl ?
Ainsi jeté hors 4e rhamanilé , ruttraitientanisBiè ne
cuiupreiul plus rien à tout m qui aTait fait vivre lecalhoiicUuie au moyeu âge. Au pli^ l'ort.de la i»ataille deia.Rébnne, quand jésuites et ifiquisiteura |ie aufljaaieai pas à la i*ésÎ8tanee contre la TÎe nouvelle, sainte Thérèse parle auî cœurs et enllanime le Midi de son inextinguible amour de Dieu; l'Église^ étonnée, reste insensible, elle soupçoniie ({lie rbérésie se caclie sons tant de piété, elle perséeuleia vierge. Tout ce qui sort de la routine, tout ce (jui est clau, héroïsme, sainteté, lui est suspect désormais. Plii^ lippe de Néri, Gbarles. Bqrromée, JeaQ de Ja Groix, Jean de Ribeira, Luis de Léon, somt méconnus. jUi saintetfrdevient étrangère à l'Eglise.
UeuJk tentatives désesp^écs ont été faites en France )MMir éehapper à 1 influence oectésiistique italienne et sauver de Rome la relira : celle de là Trappe, celle de Portr Koyal. Kdgar Quinet a partaiteiuent marqué le caractère particulier de chacune d'elles. — * Dans les temps primitil», la soUtude était principalement une source d'inspiration. Les Antoine, les Athanase, les Grégoirô de Nazianze, les RasilCi les Jean ChrysosLome, les Augustin, en revenaient, l'àmo pleine, pour ^r à la. tète dii^ clergé militant,. An dix-^tième siècle, tout autres sont les sotitaires* Coaotme
M. de UaïK'é, ils sont dégoûtes de Rome, et, avec les Trappistes, ils s'exilent de l'Eglise, décidés d'avance à n y plus rentrer. Chacun d'eux est accabléd'uneii^uérissable donleur, crie sans cesse è son frire : «c Frère, il iautmourirlu et creuse sa propre ibsse. l']n sonnne, le créateur de cet Ordre du suicide « expie I^yola, )> et semble ouvrir une fosse assez grande « pour contenir, à la fin, toute la vieille société cfue la Révolution françaisè y jettera bientôt \ » — Tort-Royal n'a point le faste d austérité qui distingue la 'Irappe; c'esl.un silencieux asile, sans éclat extérieur^ où
se rassemblent, loin de hi conr rnrronipiic de Loius XIV, pour l'aire pénitence et prier, des hommes tels que Saint- Cyran , Lemaitre , Nicole, Amauld , Pascal , Racine. Le bniit n'est pas leur fait, et ils se contentent de devenir saints à leur aise , sans désirer attirer à eux , heureux plutôt d'être oubliés. Pourquoi donc la papauté les poursnitrelle aYec tant de fiireur 7 C'est qu'ils n'aiment point rÊgiise, c'est qn'ils la fuient, c'est cpie pour s'arracher ( 'irétiennenient au «lespolisine du prêtre, ilsnienl, comme Luther, le libre arbitre de l'homme et se placent direc* tcment sour ie despoitsme de Dieu. L'Église persécute et disperse ces saints qui se défient d'elle ; elle ne vent pas que l'on regarde Dieu eu face ni qu'on le comprenne sans son intervention.
Sur la pente de la négation , — négation de la science, de l'histoire, du droit, de la sainteté, — ruitramonlanisme descend rapidement vers l'abime, et quiconque le suit, boHmw ou jpeupla, est destiné à périr avec lui . Lcwsque cha- * «un BVMl fait son choix entre le ouHe^du moyen âge et la Héforme, la France avait hésité nn moment, puis elle s'était décidée à rester dans le catholicisme, refusant de s'alïranebir, uniasant son sort à celui des nations du Midi, Aussi, eommé eUe était descendue rapidement de la vie du seizième siècle dans la mort du dix-septième ! Sous Louis XIV, la France^ l'idéal de Bossuet réalisé. La Politique tirée 4$ (Èmtwre a logiquement établi l'organisation de Tab* sokitisme sur l'orfianisalion de rKi;lisede Rome. De même que l'univers spii iluel est absorbé par ie pape, de même le -royaome tout entier ne re^re, ne pense, ne vil que dans ia pompeuse abstraction de Versailles. Cependant le Roi* Soh;il s'ennuie »fe voir l'astre du Vatican [)arlager avec lui son ciel. Il veut régner seul, être chez lui l'unique maître i Par sa déoiaratioit de 1682, te clergé français le débar-
7m LES RELIGIONS MODfili.NES.
rasse de tout reste de dépendanœ Bpîf ituelle, el le tftee^
sépare de raulel, « s'estime assez puissant pour ne s'appuyer que sur lui-même. »
« Les libertés de l'Église galiicaoef proclamées au pro*fit de Loaîs XIV, dit M. Quinet, deviennent, dans le fend, le premier acte de la Uévolulioii française. » Voici comment. La France ne tait pas un schisme, comme i Angleterre ; seulement elle sépare le qfârituel du temporel, pour échapper à ce que Saint-Simon appelle le chmm e rongeur (le Rome^ et montre ainsi que, tout en consentant à ne pas changer de religion, elle cesse de Uer sa fortune a celle du catholicisme, cherche evk dehors de Tidéai de son culte l'idéal de sa politique. Tel est, en eiîet, le grand caractère du gallicanisme, vu de soju be^u côté. Mais autrement, ce n'est que contradictiiMis sur cofitradictiens. Toutes les libertés gaHieanes consistent, en denii^ re* cours, à en appeler du pape au futur concile! Qu'est-ce quç ce futur coucUe, dès l'origine, sinon une illusion, un piauonge? A cause de ceU^ le (^licanisme n a jamais été qu'une chimère, que n'a pas eu de peine à réduire «à néant 1 ultramontanisme, qui, lui au moins, est un système, a une base, â un but. On est à cetto heure cette femeuse Église gaHicane iaià Ton a tanl parié, mtoie en ce temps où l'on parle de tout et de rien ? Félicitons-nous de la disparition de ce iaux intermédiaire. La situation c^tplu^ nette. « Désormais le passé et Tayenir sont aux prises sans (pie . personne puisse s abuser ni sur run-nt sur l'antre. »
La vieille société, perdant la tête, dès l'époque de Louis XIV, avait commencé par frapper le pape au moyen du roi« Voici le pape qui frîippe le ebrietianisme. -
Port-Royal, ruiné, se relève dans les âmes. Le jansénisme, comme lui, tend à diminuer l'autorité des prêtres en abandonnant tout à Dieu. Po«r en finir aveo èesineea-