‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 59 sur 66 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

' On a dit des dernières œmnm d'Edgar Qoinet, des-fl/*

vohitions dllalie, des Esclaves^ de Marnix, de la Philosophie de i histoire de Fraiicet de la Révolution religietL&e: ces œjiyres sont des œuvres d'exil et de désespoir.

Je croi6 aydir prouvé le eoniraire.

Si le patriote souffre hors du pays natal, n'en pouvant apercevoir que de loin le& montagnes couronnées de nuage», si le républicain regrette son grand - rêve évanoui^ le patriote ne lance point l'analhème contre sa patrie ingrate, le républicain ne maudit point l'avenir parce que le présent la rqeté ; il attend, fidèle à sa foi.

Lises les premières pages de VHuinire de vm Idéee^ lisez surtout la préface, par laquelle s'ouvre le dixième volume des Œuvrei complètesj et vous pénétrerez jusqu'au fond de la pensée d'Edgar Quinet. Certes, il' autrait eu le droit de se plaindre^ car ses contemporains ont été

CONGLIÎSIOK.

injustes envers tui el les résultats n*ont pas répondu k ses

efforts, (iependant il ne se plaint pas.

c Aucun objêt de la terre ne nTa manqué» dil^il.... Les fleurs, les parfums, le printemps, la jeunesse, la vié heureuse dans le pays natal, les biens désirés et obtenus, s*étaieni-ils engagés ft être étemete? •

Contre les hommes, il ne murmure pas plus que contre les choses, car si les botnmes l'ont frappé, il s^étatt habitué d'avance à leurs coups, et, « ne s'étant point livré, il n'a point été trahi. »

ff Ce que aimé, 8^écrie*t->îl, je Taî trouré diaque jour plus ah> roable. Chaqu(> jour la justice m'a paru plus sainte, la ?ertu plus belle, la parole plus sacrée, Kart plus réel, la réalité plus artiste, la poésie plus Traie, la vérité plus poétique, la nature plus divuie, le divin phtt naturel. •

Tout ce qu'il attendait de sa yie d'écrivain, il Ta eu pleinement. Admis dans la compagnie « des bons génies

qui ont illustré \o monde, » il a vécu avec eux ses plus beaux jours, et « les mêmes compaguaiis inuuortels » tempêtait, pour lui, ramertume desisiauvais. Vitant aujourd'hui dans une telle solitude qu'il m ignore si sa pensée arrive encore aux oreilles de quelques hommes, » il y trouve au moins, grâce aux lettres, tou|(Hira cultivées pour ellesmêmes, « la paix^ Ifr sérénité, la joie de k conscience, tout ce qu'on dit être le privilège d'une niorl bieiïheureuse. n — a Je- suis libre, ajonte-t-il ; ce que jamais je n'eusse pu gagner par la philosophie, je le dois à la nécessité. » — Et, de « ce beau port de l'exil, oè tout le poussait voiles déployées , » il peut « regarder en face les temps d'orage, » consid^er, avec calme, avec impartialité, sa propre vie et l'ensemble de son œuvre; Sa vie, il la recommencerait qu'il la ferait de même, conforme à sa pensée, rhant^eante en apparence, une en réalité, gage matériel de ses convictions. Quant à ses livres, il n'en a

aucun à rétracter , car il « ignore le supplice d*èlré en désaccord avec soi-même. » Quelle que soit leur valeur, ils sont l'exfH'essioii loyale de la vérité telle qiLÎI Ta conçue. S'il «st en eux quelque chose qui mérite de subsister, si de leur enstrnbie ressort pour le lecteur « une force morale,. une lumière, une vie, une âme, » dont il puisse profiter, qu'Us vivent I « Sinon, il est juste que tout pé* risse d^un seul coup ^ »

M Le temps du jugement» ^t encore IL Qnînet, est verni pour tous; temps de glace, de silenee, oâ il reste peu de choses k espérer. On se -sent dégagé de la eramte par FindiflRërenoe.dn monde. »

Oui, ces temps sont de glace et de silence, et Tindiffé^ ronce est universelle. C'est justement à cause de cela qu'il est lâche de se taire et de rester immobile. Qui sait si. en marchant nous ne montrerons pas le chemin à d'autres? Qui sait si en parlant, nul ne nous entendra? A ses contemporains, à ses coreligioi^naires, Edgar Quinet donne un grand exemple. Sans se bercer d'illusions décevante, sans espérer de récompense immédiate, ni lointaine, sim* plementpour accomplir son devoir, il agit, il parle. Agissons comme lui, et parlons] bien ne se fait de rieu, et 1$8 morts né ressusciteront que si on les réveille.

Edgar Quinet tient à deux siècles, au précédent et à celuirci. D une part, il continue, achève, ce qu'oui commencé les philosophes et les révolutionnaires du dix-huitième siècle ; de l'autre, il prépare ce que réaliseront nos (ils ou nous-mêmes, si nous en retrouvons la force. Par conséquent, son œuvre est double, de négation et d aflirmation, et il n'en est pas qui entre mieux dans le plan de

* Cette majestueuse sérénité du proscrit a été parfaitement comprise par M. Emile Mobtégut Lises le très-^remarquabte tnTail publié à propos «le V^Mre de m idée», dins le wamén du 15 janTÎer 1S50 4e bi Hemie deê Dene^M<mde» soi» oetitre : Auêûkiogrsphie penseur.

404 com:lusion.

4a RcRPohition fnnçaiie, paroe -qiKiln'e» eut qui m

contienne, en concilie mieux les trois principes fondâûieu* taux : liberté, égalité, IVatemilé.

Liberté de l'individu, tndépendaiioe . de pairie, égalité des citoyens, fraternité des peuples, unité du genre humain, intime liaison de riiumanité et de la nature, •confondues à l!origine des cboeea, tellea eoiH 1^ idées <}ui forment les bases solides de tout ce qn^Sdgar QuincÀ n écrit. Ces idées, ailleurs hostiles, chez lui ressorteut logiquement les unes des autres et s'unissent pour composer un tout harmonique qui n'est point un système, mais un foyer de lumière.

Le progrès, non pas résultat fatal ou forcé du mouvement génà*al, mais effet naturel du libre arbitre de Thomme, est le point de départ, le tien et le but de sa PlUloàophie de Vhistoire, Tous ses livres et toute sa vie sont Ta démonstration évidente du progrès. D' œuvre en œuvre on sent qu'il a voulu nionter et qu'il monte, et, en récoutant, en le Usant, <$n est entraîné avec lui, |i monter, à'montér toujours vers un idéal infini. A cause de cela, M. Quinet n'est point un de ces chefs d'école qui enrôlent des disd* pies destinés à expliquer, à vulgariser une certaine doctrine immuable, partant condamnés à Vavancè à ne ricfn inventer par eux-mêmes. Au contraire, chacun peut trouver en lui un maître audacieux^ sans cesse à la recherche des voies ignorées' et qui, prêchant surtotft d'exiemple, n'aime que les libres es|)rits et ne se lasse pas de les exciter, non à le suivre, mais à le dépasser. — Écoutez plutôt ce qu'il disait' naguère sous toutes les formes à ses jeunes auditéurs du Collège de France : '

<: Aj^yei-vous, non sur ce ^ les suiros ont ÊiR, mai^ sur ce que TOUS svet mission de faire. Ne traduises . pas, produisec. Souffles sur cette iromenie «rgîle que ks sièdei ont déposée autoar de votre ber-

lîeau, et trouveiovous TomnAmes.... Nous vou^ répétons 1$ moi de Sidney : Regarde dans ton cœur et écris I »

Si maintenant Ton veut mesurer toute la largeur du terrain exploré par une aussi vaillante intelligenee, il faut considérer Edgar Quinet sous don triple aspect d'homme politique, d' historien-philosophe et de poêle.

Homme politique, deux œuvres lui appartiénnent. En 9on amour pour la patrie française, il a pniso Fàmoui; de toutes les patries du monde; il a défendu la cause de toutes les nations opprimées de l'époque contemporaine, il a mieux posé que nul autre la question dea nationalités. A un point de vue plus général encore, il a montré Fincompatibilité absolue qui existe entre la démocratie et la religion ultramontaine; il a crié d'une voix retentissante : Que ceux qui veulent être librea sachent s'affranchir en même temps et des chaînes matérielles et des chaînes morales, qu'ils sauvent la liberté de 1 éternelle ennemie de la li* . bertél

Historien-philosophe, parcourant Thistoire entière, il a affirme l'unité du genre immain dès son point de départ et indiqué le but de son long vojage. à travei^ les ri^cles, le renouvellement fraternel de Tuaité primitive; recueillant l'idée vivante contenue en chacune des religions du passé, il a groupé toutes^ ces conceptions divines de Thu* manité et, de la sorte, préparé le dogme supérieur qui, dansTavenir, pourra dominer et concilier les dogmes ennemis.

Poète, à son inspiration propre ajoutant l'inspiration

universelle, il semble avoir voulu faire de la littérature française la synthèse de toutes les littératures anciennes et modernes ; il a cherché à nous rendre le poëme épique, perdu depuis le moyen âge, il s'est essayé, dans une époquo

m CONCLUSION.

transilion, à tresser par avance la couronne artistique de la Révolution triom pliante.

Homme pobiique, historien -philosophe, poète, Edgar Qninet a labùwri profond j sdon l'admirable expression d'Adrien Dujiort. La terre a été retournée sur sou sillon. N'importe! le bon grain y germe; il mûrira.

Mais ce qui cafactérise ^inemment Edgar Quinet parmi les hommes d'aujourd'hui, c'est d'avoir, en tout et toujours, ])ravement accepté la responsabilité absolue de ses idées, il a eu ce courage de Tesprit, le plus rare de tous, qui consiste à suivre sa voie jusqu'au bout, sans s'inquiéter si l'on est ou non compris par la foule, soutenu ou abandonné des siens. Voilà pourquoi Edgar Quinet est si longtemps resté seul en avant de son époque. Voilà pourquoi aussi, dans son exil, il se sent Kbre. Il a dd se (lire avec le poëte américain :

te

Ils sont esclaves eeux qui ne veulent pas diofsîr

flatne» Taillerie et outrage,

Phmôt ^ de reculer en «knoe

DevsHit la v^té qui se fait pour eux évidente ;

Ils sont esclaves, ceux qui n*ôsent pas être

Dana le droH avec deux ou trois.

FIH.

Dans le hiclionnaire des contemparahUt on trouve les faits suivants

qui n'ont pas ctc mentionnés dans ce livre : ' '

— M. Quinct ;i donné quelques articles à lu Revue de Paris.

— Le 29 avril 1850, il a été nommé chevalier de l;i Légion d'honneur.

— En 18i7, l opposllioii du collège électoral de Bourg le choisit pour • sou représentant à la Chamhre des députés ; en cette <|uulitéj il prit une

part active à Tagitation véfiMmîsfe.

n a été neminaleaieiit expulsé de France par le décret du 9 janvier 1852.

M* Ouiuel s'est expatrié dix jours aprèa le 2 décoinlire.

Le rédacteur du Dictionnaire des contemporains se trompe loi'scju'il al- Irihuc à M. Quinet un ouvrage sur V Inquisition et les sociétés secrètes en Espagne. \a\ liste exaclc des travaux d Edgar Quinct a élé donnée par les . éditeurs des Œuvres compléter, aux pges du dixième volume.

1». 71, j'ai dit:

« Cela se passait eo mars i9M.

a Depuis Wrs te collège de France est muet; muetti» aussi semble être la jevneMe. »

J'aurais dû mentionner son impuissante inrotestation contre ee qui se fil à la fm de la même année, ainsi que les applaudissements dont elle accueillit le courag'cux appel au droit jeté du haut de la chaire de philosophie de la Sorlvjnne par M. Jules Simon. C'est seuicmcnl à partir de ce Jour, 17 décembre 1851, qu il est vrai de dire: « muette aussi semble être Itt jeunesse. i>

La seule étude d'ensenible, qui ait été publiée avant celle-ct, date de i8l9. Bue porte pour titre t Œuvre philosofiiique et sociale de M. E. Qui^ net. Son auteutt M- Paul Bataillardi l'a d'abord insérée dan» le journal dos

NOTES ET UECTIFICATiUNS.

Hettêêi puis il Ta fait réimprimer séparément. Ce n'est, par malheiir,

qu'une première partie, et Iti seconde n'a jamais paru. V Œuvre phUo90^ phique et sociale de M. E. Quinet n'en reste pas moins utile à consulter, <'^r c'est un Iravail sérieux qui donne une idée de l'effet produit aur U jeune»;>e française par les cours du collège de France.

Page 65, au bas, effacer les guillemets.

r. 158, ligue 7, au lieu^de nombre de titres: lisez : nombre de

litres.

1>. 159, I. 21 et au lieu de: le Quad-Al-quibir, Usai : W Guadalquivir. P. 1f)8, 1. \, au lieu de: tecme de, lisez : terme du.

P. 22i, I. 7 et«, effbeei ces deux fidu dispaftie, et Utetil^ei 10;

tics deux faits disparuf, — au premier coup de canon....

P. 281, 1. dernière, au Ueuêe: dans la figura, : Uàez : soin b iigiii<é.

P. 511, 1% êu lieu4t:^vi ont teot.dàniit» 4ke»: 4111 «ml Uol dé- Irait. . s • ,.

P. 318, J. 9, ON Ifett ée: grke A eette dnilité, dictéé, U flùttUre: didé, ete.t le droit romain.

F. 333, 1. 7, «Il Heu ûe: c'est loi qal forme, U»ez : e'est lui qui ferme.

P. 576, I. 45, fl« lieu dr : Avec plu» de vérité, IbisU^irc, Usez : Avec {Aaa de vérité on i>eut dire que riiisloirc.

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