‹ Edgar Quinet sa vie et son œuvre CharlesLouis ChassinChapitre 58 sur 66 · LES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES

fBÎ te propoM uft bot matériel, iDdépenfbmmeiil de tout progrès moral, do toute émaneipatîoa tpiritiulle on roligîeme. t

N*avoiuknou8 p&s essaye de ces révolutions^ serviles, et, en en transportant les principes et tes développements dans le monde antique, n'esl-on pas sûr, d'une part, de retrouver le véritable caractère d'un passé assombri, et, d'autrè part, faisant revivre ce passé, de prouver au prè» sent pourquoi la servitude est impuissante à s'affranchir, si du même coup elle ne brise et les chaînes du corps et les chaînes deTâme?

Oui, le drame de l'Esclave est notre propre drame et H. Quinel a bien fait de l'écrire. Que quelques intéressés à mal voir y voient une sanglante satire de la démocratie moderne, peu importe ! Il est utile de considérer la profondeur de Tabime, dans lequel la servitude entraîne fa* talement rhomme. Il est bon de savoir comment l'homme se déforme , se dénature , s anéantit intérieurement au point de re^er incapable de briser ses chaînes d'idées, lors même qu'il a été assez fort pour mettre en pièces ses entraves de fer; comment, rompant le joug, il excelle à le refaire lui-même et ne sait user de sa victoire que pour la livrer i Fennemi vaincu* Morts depuis deux mille ans, les belluaires révoltés ressuscitent afin que leurs descendants rougissent, se reconnaissant en eux. Mais Spartacus Aussi se réveille dans toute la splendeur de Théroîsme, et, par son exemple, on apprend de quelle maniire, « ayant commencé à être moins qu'un homme, d l'esclave « iiiiit par être le premier de tous. »

Les Esclaves ont paru, en 4852, à Bruxelles et à Paris. La critique française n'a pas eu le temps de s'en occuper \

« M. Snat^Reiié ttSIkn^ {Reme daBeux Mosêe», l-* jwHetiaSS), est . le tevl crit^iie, je crois, qui »it ûgaù^ en Fnmoe, rimportiiieeartti*»

m POÊHss.

Il est donc Jiéc8â^air& de dire ici quô^ce drame noajoué est une des osayres les plus importantes, de i'époque actuelle et qu'au point de vue purement artistique, en^e-

hors des écoles jadis rivales, il renou<* le lieu brisé de la ,pure traditiou cornélienne. Dans les Esclaves, en effet, la * ftirmeesl d'une pureté plus égale que dans Napoléon, elle est moins indécise que dans Prométhée, Déliuilivement arrêtés, les vers, souvent brillants, énergiques toujours, ' revéteqt, sans les étouffer, l^s plus nobles pensées. Le poète, qui en ses autres œuvres est notablement inférieur prosateur, ici lui est presque égal. Au moins ne sent-on ,nlus la diiïiculté vaincue: l'harmonie est réalisée entre la parole et Tidée, et rien ne la trouji^le. Sans être comparable, ni à Lamartine, ni surtout à Victor Hugo, Edgar billet prend parmi les poètes de ce siècle une placç assez élevée pour que l'avenir, ne J'oublie pas. Sous iejîapport ^ l'action et des caractères, j'ose affirmer que son drame ne laisse rien à désirer. Antique par le sujet, il devait rester et il est resté antique. Les scènes, se succèdent avec autant de logique que de variété, les, csuraotères bien accusés se développent par grands traits, et, sans violence, l iatrigue conduit au dénoûment. Que I on n'aille pas croire néanmoina que les Esclave soient une tragédie classique dans le mauvais sens du mot. Par la puissance de l'intérêt, par le renouvellement incessant de l'émoi iuii, ce drame est vraiment moderne. Jeté dans le moule, d'hier, il vit de ^ute la vie d'aujourd'hui. Qu^on le représenta sur le théâtre national d'un peuple libre, et l'on verra compient^ cç peuple l'accueillerai . *.

tique des Esclaves. — «c U n'est pas impossible» dit-il, que If. Frédéric Halm se soit inspire <1u GoUuê de M. Quinet pourpeindre le gladiateur de Ravenno. li' rôle do r.inihin, si rinble, si poé tique, apllfblini|rail8^<|a^4|tte8 traits à la ThmnelUa de l'éi^ivain allemaïui. »

lES ESCLAVES. 447

La toile se lève. Lft sctoe représente le vestHMile dti cirque

des gladiateurs. Les esclaves se préparent pour le sanglant spectacle que le tribun offre ce soir à. la plèbe roniaiae* Le Germam Géta accepte son sort eoaime une fatalité ; au lieu de perdre son temps à maudire des dieux sourds, il étudie sou dernier sourire. Le (laulois Gallus a fini par prendre son mal en patience, et il se moque de luimÂme.'Bien plus, jusque, dans la servitude, il irou^ d'âpres plaisirs .-D'aYançe, il s'enivre des rugissements de la foule et de rémotion des belles Romaines, toute une heure énamourées de ce beau gladiateur qui dispute si bravement sa gorge au bourreau I Le Dace Cotys sent plus profondément sa misère, et parfois une menace s c-

chappe. de ses lèvres : Si les esclaves se comptaient

Mais la menàce est vaine. Les esclaves n'ont garde de se compter. Cbacuii d^eux s'ignore, et tous, ils ont cessé àe crôire à l'avenir. * " " ■

Parmi les gladiateurs une iiemme s'est gUssée. La ilamme prophétique jaillit de ses yeux, et de son sein, agité par FhiSpiration divine, s'échappent des paroles étranges. Les esclaves ne comprennent ni les reproches, ni les promesses. 11 n'y a de ciel ^ue pour les maîtres, il n'y a d'espoir que pour les patrons I

Un seul belhiaire est resté dans le vestibule du cirque. Silencieux pendant que les autres parlaient, le front entre ses doigts crispés, à quoi réve-t il? La prêtresse vers lui s'avance. Elle lui dit :

Et Spartactis aussi, renonce-t*il à vivre ?

Spartaeus r^ve la tète. Cette femme, .il la reconnaît.. C'était la sienne^ au temps on il avait le droit de posséder

quelque chose, nue famille, et lui-même. Mais maintenant que lui est-elle 2 D'où .vi6nt;-eUe? que veut^Ue? — - Elle

4i8 ' IM POËMëS

a cpiilté la Tfanice pour suivre son époux, elle vient briser

ses chaînes ou les |)iiita<ier. — Sparlacus est mort, la servitude a glacé sou ànie, il n'est plus rien et ne peut {dus rien être. — Cintbie le reconnaît toujours comme son époux el son maHre. Errante à travers les forêts de la patrie, au ciel elle réclamait un libérateur, et l'écho lui répondait : Spartacus I Sur récorce des chênes, elle a lu lÂerté et ie nom de son roi.\ . ^ Moi,.Kbre I s'écrie Spartacus; moi! Est-ce que chacun ne crierait pas

En le voyant parattfe :

€*«it hu, o>st Spartacufl ; il a volé vm nuitra, (Teit resdave écnappé dn marchMid Lentolus !

Vainement Cînthie a fait appel aux dieux. L'esclave n'a

pas de dieux ! Mais a-t-il un enfant? — Au nom de son fils, le belluaire pousse un cri de rage. A-t-il vu son père enchaîné suivre le char du triomirfiateur? S*il la vu, il le doit mépriser? Hais non,renfant ne prononce le nom de son père qu'avec un pieux respect : grâce à sa mère, il ne connaît que le roi, le héros et le libérateur futur. Spartacus écrasé se relève alors. Il peut prononcer le nom sacré de la liberté; eu le prononçant, il se sent reviyre ;

Le vermisseau rampant redevifiRlrait... Pout-étre!..,

Moi, captif, délier les mains des nations!

Ouvrir d'ici la route à leurs ovations I

Quel jour î... Voici ce jour ! il s'allume, il se lève !

J*euttinds sur|,àr des flots le soleil de mon rêve !

Mais voici le tribun Scrophas, qui vient avec le marchand d'esclaves Lentulus arrêter le prix des gladiateurs qui s*entre4ueront ce soir pour amuser la plèbe romaine. Spartacus régénéré ose les regarder en face el le marché dont il est l'objet ne fait qu'augmenter sa colère, — Que faut-il à ce roi/qui coûte cent mines? des couronnes

LES ËSGUYES,

Non, des glaives! — A sa guise I et qaHI les distribue à Bes compagnons !

Les escIaTes accourent en foule , car les spectateurs sont d€}à rassemblés dans le cirque. L'heure de mourir

approciie,

Mourir! Pourquoi plutdt n^essay^Vous de vivre?

s^écrie Spartacus. — Géta craint le regard du maître ét

Gallus les destins contraires. Quant à Parménon l'affranchi, il Uent à mettre en garde ses anciens, compagnons contre les conseils imprudents :

Non ! nooi Tout ce que peut reedave 6érieui, C'est d'apprendre d'abord à ramper avec grâce. Et céder son soleil à tonte ombre qui passe* Courtiser le patron en ses moindres déeirty Partout s'insinuer au fond de ses plaisirs^ Gémir, s'il dort meurtri par le pli d*uiit rose, Cesser d'être homme enfin pour être quelque chose. Voilà comment on plait^ par quel art réfléchi, Eadormi dans ks fers, on s'éveiUe affranchi, .

Palias, le gladiateur grec, approuve fort ce conseil. 11 ne croit plus à la liberté, « vieille déesse à ki vide mamelle. » Mais Cotys et la foule des esclares ont entendu Vappel de

Spartacus. Lorsque le consul Lentulus ouvre la po4e du cirque,

Venez! c'est par ici que l'on retourne eu Thracel

crie le libérateur, et les gladiateurs, glaive en main, se précipitent dans Tarène, franchissent les gradins,^ massacrent, dispersént le peuple assemblé. — L'acte se tmnine par un chœur des esclaves, enivrés déjà de leur victoire :

Vidons la coupe de Tempire !

L^esdave est roi !

450 I£S PûftOS.

Stella, la jeune fille naguère aenre, libre à préseoi, pâlit, rougit, pleure, lorsque tous se réjouissent. Pour-

quoi semblo-t-olle ainsi [lorler le deuil an sein de la fêle? Cinihie l'interroge. Elle hésite, elle ne sait que répondre. Enfin, elle lavoue, elle ré^ette le gynécée où elle est née, la maison du patron, qui était pour elle Vunivers entier, les fers qui lui étaient si douxl Son maître, le tribun Scrophas, et ^n lils le jeune Lucius, la joie du foyer, TiTcanl-ils encore 7 — Os yiyent ! r— Et la pauvre enfant ne sait pas dissimuler un sourire d espou-. — Eh quoi ! lui dit Ciuthie,

Quoi! dans la lûmié, tu pleures Tcsclî^vage ? .

et Stella, en sa naïveté, réplique aussitôt :

Mais toi, qu'appelles-tu de ce mot lii)erlê ?

• A présent, ce n'est plus une jeune fdle qui pleure en silence, c'est un hoBune, Géta, qui déjà s ennuie d'être libre, et tout haut demande : Què faire de la victoire ?

Prendre une ftone royale

répond Sparlacus.— Et Géta croit comprendre qu'il s'agît d'inàiter les patrons, de faire des esclaves des maîtres, et des maîtres des esclaves. — Mais telle n'est pas l'idéedeSpartaeus. Ce qu'il veut, c'est qu'il n'y ait plus d'esclaves, c'est que désormais tout hoiiuiK^, Uomain ou barbare, soit libre. ^ S'il n'y a plus d'esclaves, objecte Gela,

Comment puis-je savoir que c'est moi qui suis liJire?

Jouir! voilà pour lui le but immédiat de la révolution. Spartacus lui parait fou de rêver quelque chose au delà.

Que Gallus iasse amener les vaincus, Géta restera pour

UâS ESCLAVES. 45i •

kimlter à leur. défaite, et Spartaeus* s'éloignera, pkis

pressé d'achever la victoire que d'en respirer Tenccns. H est bien peu impatient à « i'ouler les vaincus », se disent liallus et Géta. « SU voulait trafiquer de sa foi f... »

lei se place une scène d'uiie réalité saisissante, car nous l'avons vn jouer au lendemain de toutes les révolutions. Pendant que les vainqueurs doutent les uns des autres, se divisent, se trahissent, les vaincus se reprochent mu* todlement leur dé&ite, jusqu'à ce qu'ils «'iinisBent pour la réparer, — Le coupable, c'est le tribun, disent eu chœur, le consul et l'augure. Serions-nous prisoiniiers, s'il nVait jeté dans le forimi les mots de liberté et d'égalité, si les antiques coutumes avaient toujours été respectées, si le pouvoir était resté inviolable entre des mains patriciennes, si lès dieux n'avaient pas été li\(rés, au bas peuple, pour descendre logiquement de. là jusqu'au troupeau servile? Scrophas se défend ainsi : Egalité relative, sage lil>€rté, du haut de la tribune il n'entendait pas parler d'autre chose ; jamais, du reste, il ne s'est adressé qn''aui[ hommes, les distinguant avee soin des esclaves; à sa place, qni eut supposé qu'on entendrait dans la foule sans nom des paroles viriles ? — Vous eussiez dû le prévoir, se hâte de ré|)li(|uer l'augure, prophète après révénenienl. — !N'importe î interrompt Scrophas, c'est moi qui vous sauverai; Spartacus ne soutiendra pas mon rëgàrd. Attendez 1 '

Deux motides sont en présence : ilome plAéienne ; l'esclavage romain. Uome, avec dédain, offre à son vainqueur des dépouilles opimes, une retraite oj)ulenie, de belles eourtisanes. Que faut-il de plu&à l'esclave? Voudraitil commander? « C'est un trop grand souci. » Faire des lois? Cela regarde le sénat i Que l'esclave prenne de l'or et que tout rentre dans la route battue 1 — Aux honteuses ,

LbS i>OËMËS.

proposHions de Seropbas , Spartaew rifonà a?6C me én^gie méprisante : '

J*ai Toultt voir jusqu'où le Romain peut descendre.

Je le sais maintenant

Veill donc ce quMIs ont dans le cœnr pour fescbve, Cet Tendeurs de discours plus brâlants que la lavo, Ces tfilimis de mensonge en leurs phrases drapés, Du bien du genre humain nuit et jour occupés !.«.

Et en effet, lorsqu'il criait : Justice ! au milieu du forum, lorsqu'il comptait les blessures faites par le fouet patricien sur le dos p^ulaire, Spartacus ne Ta-lrit pas «entendu? N'esl-ce pas M qui* a armé son bras, aiguisé son couteau? Kt maintenant.... Le tribun, rougissant, pour dissimuler son trouble, jette aussitôt cett^ pbrase :

C'est moi qui fus ton maître.

SrABTAGUS.

Et c*e8t moi qui le 'suis.

SClbNUS.

..... Pottrlanljete réclame^ C*esi moi qui t^adietai cent mines.

SPAIITACCt.

Lesfoicî!

- Tiens, tribun, baiaM-4oi. Je i|ie raobit» âinii.

Et, après avoir jeté de Tor aux {neds du magistrat romara,

il sort, le laissant seul , stupéfait, effrayé « de la majesté de Tesclave. » Rome a été vaincue deux fois, en sa force matérielle, en.^n esprit. Elle n'a plus qu'à implorer la Peur et la Pâleur!

A l'appel de ses prêtres, la Peur et la Pâleur ont répondu. Tous les ehefe des esdaves sont rassemblés, aauf

Spartacus. Lo grec Pallas soupçonne. Qui? Spartacus. Tout d'ahord, Cotvs et Gallus se récrient : un si grand

hûiiune ! — • Un grand homme sans doute^ répète f allas, ^ qui eraiitt d'avoir trop osé.

liais enfin qaVt*il fait qui ne soit votre onmge?

Et chacun de reconnaître qu'après tout il en eût fait au* tant, plus peut-4tre^ si sa pensée n'eût été surprise et

réalisée par un plus habile. Pallas peut alors jeter le grand mol :.Spartacus est un traître. — Il n^y a plus guère que Cotys qui demande des preuves. — « Les acclamations de la foule, Tair soucieux du roi, da douceur à Tégard des prisonniers, tout ne prouve-t-il pas que Sparlacus trame lu perte de ses compagnons ? Nul captif n'est encore sorti de ses mains, les esclaves iimt point d'esclaves I Est-ce qu'ils souffriront que Spartacus-tyran garde pour lui tous les profits de la victoire, tous les moyens de la vendre? Non ! nonl Sur les conseils de Pallas, « ce véritable ami» » les ehefs se révoltent, ils veulent être les maîtres. Qu'on leur auicne donc les prisonniers et qu'ils se les partagent!

Les Romains , vaincus , consuls, sénateurs, augures et tribuns, sont rangés devant le^ gladiateurs.. Des sorts sont jetés dans un casque. A chacun échoit son lot. Stella, la chanteuse, selon l'usage, peut choisir. Elle demande ses anciens maîtres. On les lui laisse emmener. Des gardes aitrainent les antres, toujours fiers ^ d'une fierté qui lait honte à leurs vainqueurs :

Ces homttiés ne sûnt paoer comme les-autreç hommés ; ' Les fers pèsent sur eut sans coarborlmâefl^rits.

Un seul prisonnier a été détaché du groupe, Parmcnoii l affranchi : n'est-il pas maître avec les maîtres, escla\e avec les esclaves, placé entre les deux camps, pour sauter de l'un dans l'autre, au gré de la Fortune ? Puisque cet

homme rare n'ignore pas les appétits de l'esclave et sait

m iBsiK>eiiEs.

les secrets du iiinîlre, c'rsl doue à lui qu'on demandera conseil pour « régler les destins. » Qr, selon Parménoii^ il faut on sénat, des patriciens, une plèbe. Mais qui sera plèbe? la unisse coimnuiie î Quant à Pallas, à Gallus, à Géta, à Cotys, esl-ce qu'ils ne se sentit pas palriciéns? Que leur manque-t^il pouF l'ôtre? ils ne peuvent plus, il» ne doivent plus se souvenir de ce qu'ils ont été. — Renier nos aïeux! s'écrie Cotys indigné. — Mais les autres sont déjà livrés d'orgueil, Géta, plus exalté, ^ sent devenir Dieu. Après un accès de foKe , il retombe affaissé. Ce n'était qu'un rêve! — A-t-il vraiment rêvé? se deman-

dent ses compagnons. D'ailleurs, dit Falks,

11 iâut (les dieux au peuple.. — H en faut même aux fous,

ajoute Par jnénon.

Survient la prêtresse. On écarte devant elle le voile de la porte du cirque et elle aperçoit jusqu'aux extrémités de l'horizon des croix nouvellement plantées. Elle recule d iiorrcur. Les anciens gladiateurs l' entraînent sur le trépied. Elle s'écrie, en moutrani les voies romaines couvertes d'instruments de supplice : '

Oà ipèneût ces chemins;?'^ Au triomphe. M supplice,

répli(iuela prêtresse. Et, prophétisant, accompagnée d*^un cliœur de jeunes filles, elle voit deux vipères ramper au fond du vase sacré; sur les glaives qui lui sont présentés, elle reconnaît du sang, -«^ « le leur » — L'oracle m^t ( crie la foule. Mais Cotys s'effraye. Géta le rassure.

• -fih lum ! ne, voifr-tu pas que, inaftres da butlD, Nous sommes désormais Toracle et le destin \

Au quatrième acte, le spectateur est transporté sur un promontoire du dé£mi de Messiiie. Le emp des esdjwes

est assis en iace du camp de Crassus^ dont ou reconnaît les aigles dans le lointain.

ScFophas et Lucias ont compris les soupirs de Stella. Celte nuit, elle limera leurs chaînes, elle leur procurera un guide, et, en récompense, elle saura mourir. Mais voici Spartacas qui vient tenter un dernier effort. 11 offre au tribun du peuple de s'associer h lui pour fonder du même coup la libellé de T esclave et celle du plébéien. Le temps presse.. L'alliance doit être immédiatement scellée par le mariage de Stella avec Lucius. Scrophas ordonn^ à son (ils de répondre.

Épouser une esclave 1 à père ! quelle injure ï . •

Stella, sans doute, c'est la beauté, la vertu. Mais « que sert la vertu chez Tinfame ? i»

Plutôt mourir cent fois captif sur ce rivage, Qu'eu épousant l'esclave épouser Tesclavage !

Les Romains sont incorrigibles. Sans doute les esclaves comprendront mieux? Spartacus leur dévoile les grands projets qui remplissent sa pensée : anéantir ftome, donner la main aux Gaulois, aux Germains, à tous les peuples, et fonder un nouveau monde sur les bases de la Jus* tice. Mais la foule murmure. Elle ne veut pas entendre parler de Tavenir. Elle a trop attendu déjà. Elle veut jouir du présent. — Qu'au moins nous achevions la victoire, essaye de dire Spartacus I Obéissez-moi trois jours encore^ deux jours, un seul 1 .

Obéisse! ce soiv cL que deioain Je meure I

Mais^ jeté par Pallas, le mot de traliisuii circule de bouche en bouche. — Spartacus en croix I aux crocs 1 hurle la foule ! Vive Géta.l Vive Pallas 1 ^ Et les glaives sortent du fourreau... Spai Lacus reste impassible. — « Comme il

Abij LES l'OËMhS.

sait faien mpurir I » dit une voix ; « Il eai brave . » dit une

autre. — Et la colère populaire s'apaise. La foule tombe à genoux. Spartacus lui ordonne de se retirer.

.Près de lui, Parménon est resté. U a écboué près du tribun. S'il interrogeait raffranchi.

JaDOs ayant diNibleTisagei ' *

' L*iai poor k Ulerté, l'autTs poer Teaclanige»..

Mais Parménon hait et méprise l'esclavOi d'autant phis quil a été esclave lui-même. De ce côté encore rien à espérer. L'affranchi est corrompu au point de renier son .pore. Que reste-t-il à Spartacus 7 L'esclave, et Tesclavc, jusqu'au fond de Fâme asservi, ne sait pàà, ne peutpas savoir ce que c'est que la liberté 1

Au bruit de 1 émeute, Cintliie est accourue,, tenaiii 6oii enfant entre ses bras. Spartacus saisit son fils, fembrasse avec ivresse, le contémple avec orgueil. Puis, brus- (juemenl, il le rend à sa mère et tombe dans un sombre silence. — Cinihie l'interroge : ^

— Dis la pensée, ô roi ! — Je ne puis. — Je la sais; Tu vois ton fils captif. — L'ai-je dit? — Oui. Jamais,

11 n a rien dit, eu effet, mais ses yeux ont parlé. Enfin, ses lèvres s entrouvrent:

— Quand je songe que lui!... Dieux! s'il dtjvail un jour, Ce que j'ai supporté Tendurcr h son lour;

S'il devait atnuser après nous les arènes;

Si ses fragiles mains devaient porter mes chaînes i

Si d'avance flétri... — Cela ne sera pas.

— Ainsi son père moi t?... — L'enfant suivra mes pas.

— Tu sauras raffranchir? — Aussi bien que moi-même.

— Des aiïronts de la croix? —- Du sorvile anathèinc j ■ — Julx^-le . ' *

El Cintliie le jure, par les mers^ Ja terre, ki^ bonneti

m BSCLAYfiS. lèt

iè^Mes-ei la pâle Erinnfs. Seul, Spartacus desccaid jusqu'au foiid dersa toiwcieiice. QuW trouye-t-iï? Le doute.

Il a vu l'esclave refaire l'esclavage. Doit-il, malgré lui, ratïranchir? Oui. Et de quel droit? « Du droit d'une grande âmel » ~ La nuit est venue. Que rêvent les es^ daves? Spartacus écoute si du sommeil quelque prophétie ne sortira point. Cet esclave endormi balbutie : il crie pitié à son maître^ il se croit esclave, esclave encore, es* clave toujours!'

Que dire de cette fin du quatrième acte, sinon qu'elle est sublime ? Elle rappelle les plus belles scènes du Jules César de Shakspeare, et elle ne leur est pas inférieure. Mais hâtons-nous. Au cinquième, le dènoâment se. précipite. Des l'aube, grâce à Stella, guidés par Parménon, Scroplias et Lucius ont fui. Cinthie, éveillée de bonne hisure^ aperçoit à l'horizon les Romains qui se rangent en bataillé. — Aux armes, crie-t-ellel Et de toutes parts les esclaves accourent, ils voient ce qu'elle a vu. — Le tribun, son fds, ou sont-ils, demandent Palias et Géta? — Je les ai délivrés, répond Stella. — Enfuis 1 hurle la foule effrayée; ce n'est pas Stella, c'est Spartacus qui nous u v^dus I ^ Moi seule je suis coupable , dit la jeune fille. ~ On la traîne à la torture. Elle meurt sans rien avouer. — TTimportef le traître, c'est Spartacus, et que Cinthie l'immole ! — Alors apparaît le roi des esclaves. U appelle ses compagnons aux armes. On T accuse. U répon* dra dans la bataille. Qu'on le suive, crie Cotys enthousiasmé I et la foule, avec lui, se précipite contre les Romains. Pallas et Géta suivent, eux aussi, Spartacus, mais c'est pour frapper celui qui gêné leur ambition.

La bataille est engagée. Dans le camp, les femmes, sous la conduite de Cinthie, élèvent des palissades pour fermer la fuite à leurs époux. S'ils meurent, avec eux elles mour-

4» LE6 POÈ&IëS..

roui. S'ik ami vainqueurs» de leui» baisers elles étaache-. ront leurs blessures. — Muis un cri sinistre arrive de la plaine iTraliisoii! Bicnlôl on apporte sur un bouclier- Spartacus mourfinL Son piremier mot à* Cinthie est œ-. lui-d : '

L*eB&nt ! mi^en as-tu fait? — 11 e«t libre !

Gomme son père? Non; Caehé dans la montagne, en

sûreté pour la vengeance... Alors, le héros se retourne vers ceux qui l eatourent. Parmi eux sont ses -meurtriers, PaliaS) tiéta, qui l'iqppelleni tralke et b maudissent. U leur répond ; , ^

Vous pouvez vaioere encor;... notre ganefae est debout. Toi, GomiiDaiide, Géla ; rcmjplace-inbi partont'

J y cours. Gloire à Spartacusl s écrie Géta. Mais Palias ne le suit pas. Le successeur de Spartacus doit être un traître aussi. L'épée à la main, Géla se jette sur Pallas. Ils se battent. Cintbie se précipite entre eux. Voyant arriver les Romains vabiqueurs, elle se frappe de sa ËiuciUe et tombe morte. .

. aussi». * A-tron trouvé reofent couché près de sou pére?

— Non; il s'est échappé du nid de la vipère.

— S''il en reste un tronçon, nous sommes les vaincus* Romains, qu'avons-nous ftit? un autre Spaitacas!

Ainsi se termine le drame., La liberté, Kyrée, tuée par les esclaves, un jour prochain, revivra, et^ sur les ruines de liome, ouvrira l'avenir pour tous, pour les plébéiens comme pour les patriciens et pour les esclaves comme pour les plébéiens.

Telle est la pensée suprême qui ressort de ce drame. Il n^abat pas. Au coutraire, il relève* .i>i la trahison y parait

DigitizcG by C

LES fiSGUYËS. 459

. plus liidouse, la Folie plus triste que dans la vie commune, rhéroïsme aussi y parait plus grand. L ame sublime de Spartacus passe dans i'âme du spectateur. Chacun, — quel qu'ait été son sort, — voudrait a^ir comme a agi le héros. Et c'est là l'idéal auquel doit aspirer tout véritable poète dramatique : émouvoir, non pour corrompre, mats pour réveiller les consciences, si les consciences sont endormies ; pour qu'elles ne s'endorment plus, si elles ont été réveillées,

Ahl certes, les auteurs du jour n'y songent guère I Courtisans de- leur juge, le public, ils ont renoncé à met* tre en scène les vertus d'un autre âge, et ils ne savent que flatter les vices du nôtre. Manquant de souQk pour inventer, entravés, s'ils osaient prendre leur essor , ils regardent et peignent ce qu'ils ont vu. Des escrocs et des filles, des scélérats et des sots, voilà leurs grands personnages. En ces charmants coquins qui parlent la langue de tout le monde, chacun peut se reconnaître, et, se*reconnaîssant, applaudit. Tant mieux pour les auteurs, tant pis pour l'art dramatique!

Edgar Quinet a bien finit de refuser, dès l'abord, son œuvre à la scène. La scène Veût profanée. Si les Esclaves sont représentés jamais, ce sera le jour où le théâtre ré généré aura pris, dans nos démocraties modernes, Vimportance sociale et religieuse qu'il avait dans les démocraties antiques. Ce jou^là, un grand public soutiendra, provoquera les grandes œuvres, et Ton aimera vivre et un moment dans la compagnie des héros, » sans doute parce que Ton aura eu, par hasard, son heure d'héroïsme.

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